Skip to main content

Full text of "Recueil de voyages"

See other formats


recueil 
DE  VOYAGES 

D E M *- 

THE  VEN  O T, 


DEDIE'  AV  ROT, 


A PARIS, 

Chez  Estienne  Michaliéï 
ruë  S.  jaques  à l’Image  S.  Paul. 


M.  DC,  LXXxiJ. 
Avec  Privilège  die  Roy < 


SUITE  DU  RECUEIL; 

o v 

DEcouverte  dans  l’ Améri- 
que Septentrionale  par  le  P. 
Marquette  Jefuite. 

Carte  de  la  Découverte  de  la  Terre 
de  lèlmer. 

Am  ballade  des  Mofcovites  à Pékin, 
8c  Découverte  des  Pais  qui  font 
entre  la  Mofcovie  8c  la  Chine. 

Carte  de  la  Route  d’Abel  Tafman 
autour  de  la  Terre  Aullrale. 

Nouvelle  maniéré  de  Niveau. 

De  prendre  Hauteur , 

De  mefure  univerfelle. 

Et  autres  Problèmes  > qui  fervent  de 
Suplément  à l’art  de  Navigation. 

Avec  l’Hiltoire  naturelle  de  l’Ephe- 
niere. 


A V I S ; 


’Envïe  de  connoiftre  le  monde 
nous  eft  naturelle  , elle  a efté  du 
goût  de  tous  les  fiecles,  de  elle  a 
fait  l'ambition  de  plufîeurs  de  leurs 
plus  grands  hommes  : Auffi  nous 
voyons  que  prefque  toutes  les  Nations  ont 
eû  des  Géographes  ; les  Perfans  de  les  Ara- 
bes en  ont  eû  autant  que  les  Grecs  ôc  les  La- 
tins ; & la  Géographie  de  la  Chine  eft  aulîï 
exadle  que  celle  que  les  Grecs  & les  Romains 
nous  ont  laiiïee.  Il  y avoit  eû  tant  de  deferi- 
prions  du  monde  au  temps  d’Augufte,  que 
Strabon  commence  la  fienne  par  des  exeufes  de 
ce  qu’il  écrivoit  fur  une  matière  dont  tant  d'ha- 
bHes  gens  qu'ils  nomment  avaient  écrit.  Ptolo- 
mée  trois  ou  quatre  fiecles  après  Strabon  fait 
les  mefines  exeufes  ■ comme  fi  ce  fujet  eût  déjà 
efté  epuifé  dés  ce  temps:  Mais  les  grands  voya- 
ges qui  le  font  faits  depuis  nous  ont  découvert 
une  étendue  du  monde  plus  grande  que  celle 
que  les  Grecs  , les  Romains  &c  les  Orientaux 
nous  ont  décrite.  Nous  fçavons  par  leur 
moyen  que  les  anciens  ont  prefque  toujours  efté 
trompez  dans  ce  qu'ils  nous  ont  rapporté  des 
lieux  où  leurs  Empires  ne  s eftoient  point 
étendus,  de  nous  ne  devrons  pas  moins  de  con- 
noifiànces  & de  découvertes  à ces  voyageurs^ 

â 


2 

qu’à  tous  ceux  qui  les  ont  précédée , fi  nous 
comptons  l’étendue  des  découvertes  qu'ils  ont 
faites  dans  le  monde  8c  dans  l’hiftoire  de  la  na- 
ture , ce  font  ceux  qui  nous  ont  defabufez  de 
1 erreur  où  S.  Auguftin  a efté  avec  beaucoup 
de  grands  8c  de  laints  perfonnages , que  la 
partie  de  la  terre  au  de-là  de  noftre  Tropi- 
que n avoir  pas  pû  eftre  peuplée  apres  le  dé- 
luge univerfel.  C'eft  de  ées  voyageurs  que 
nous  avons  appris  que  la  Zone  Torride  dt 
une  des  plus  déiicieufes  parties  de  la  terre,  & 
des  plus  peuplées  d'hommes  & de  toutes  for- 
tes d animaux.  Beaucoup  de  gens  de  Lettres 
fe  font  exercez  fur  Y autre  difficulté  que  ces 
voyages  ont  fait  naître  , 8c  fur  l'origine 
des  peuples  qu'ils  ont  découverts  dans  l'A~ 
merique.  Mais  il  fe  trouve  que  ceux  qui  y 
ont  travaillé  ne  fe  font  point  fervis  dune 
preuve  qui  eft  peut- eftre  convainquante,  tou- 
jours eft-elle  plus  propre  pour  réfoudre  cette 
difficulté , que  toutes  les  autres  qu'ils  ont  ap- 
portées : Et  c:efl  par  cette  raifon  principale- 
ment que  jay  inféré  dans  le  quatrième  volu- 
me de  ce  recueil  l’Hiftoire  des  Mexicains 
par  figures  , d où  je  la  tire. 

(Dans  ces  figures  ou  Hifloires  les  années  font 
marquées  d'une  maniéré  particulière  aux  peu- 
ples de  la  hante  Afie,auxChinois,aux  Tartares, 
8c  à ceux  du  japon  . Je  ne  fçay  point  d’autres 
peuples  que  ceux-là  qui  ayent  compté  leurs 


années  par  cycles  : Et  comme  cette  manier6 
eft  fubtile  , èc  que  les  Américains  d’aujour- 
d’huy  qui  la  pratiquent  font  fort  greffiers  , iî 
y a beaucoup  de  raifon  de  croire  que  ces 
peuples  font  venus  d’une  autre  nation,  & 
d’un  autre  païs  que  celuy  qu’ils  habitent, 
comme  ces  meffnes  Hiftoires  nous  le  mar- 
quent j/&  apparemment  de  cette  partie  d’A- 
fie  où  on  pratique  cette  manière  fi  fabule  de 
compter  les  années. 

On  me  dira  d’abord  que  l’on  ne  fe  fç au- 
roit  imaginer  comment  ces  peuples  auraient 
pû  traverfer  toute  la  grande  mer  du  Sud,  & 
Faire  une  navigation  fi  longue  : Mais  ceux  à 
qui  cette  obje&ion  fait  peine  ne  fongent  pas 
aux  changemens  qui  peuvent  arriver  au  Glo- 
be de  la  terre  , ni  à la  facilité  du  trajet  de  la 
terre  de  jezo  dans  l'Amérique  Septentriona- 
le, ils  n’ont  peut-eftre  pas  fait  refiedion  que 
la  terre  flotte  dans  un  milieu  fluide , que  l’eau 
qui  fait  une  partie  de  fon  globe  doit  toujours 
eftre  terminée  par  une  furface  fpherique , & 
qu’il  ne  fe  fçauroit  faire  de  fi  petit  change- 
ment à la  pofition  du  centre  de  ce  globe, 
que  le  mefine  changement  n’arrive  à propor- 
tion à la  fiirface  de  î’eaü  qui  fe  doit  tou- 
jours tenir  également  diftante  de  ce  centre, 
Sc  eflre  tantoft  plus  & tantoft  moins  conve- 
xe ou  courbée  félon  que  ce  centre  en  eft  plus 
éloigné  ou  plus  proche.  Si-bien  que  fi  l’on 


fuppofè  que  par  quelqu’un  de  ces  change- 
gemens  qui  arrivent  à la  terre  par  des  trem- 
blemens , par  des  écroulemens  8c  par  des  feux 
fouterrains,ce  centre  approche  d’un  codé  delà 
furface  de  l’eau  de  io  thoifes,la  courbure  de  la 
iurface  de  l’eau  changera  prefque  en  la  mefine 
proportion , 8c  augmentera  du  codé  duquel 
ce  centre  le  fera  rapproché  : tellement  que 
Peau  qui  battoit  auparavant  le  pied  d’une  fa- 
laize  ou  codé  de  mer  haute  de  9 thoifes* 
apres  ce  changement  la  pourra  couvrir  toute 
entière,  8c  les  païs  qui  feront  derrière,  s’ils 
11e  font  pas  plus  hauts  que  la  falaize. 

Ainfi  ces  païs  qui  edoient  auparavant  dix 
thoifes  plus  haut  que  la  mer  , fe  trouve- 
ront inondés  fous  l’eau.  De  femblables 
inondations  peuvent  avoir  feparé  la  par- 
tie Septentrionale  de  l9 Amérique  , de  la 
haute  Àfie,  8c  y avoir  fait  les  détroits  qui 
font  au  Nord  du  Japon,  ils  peuvent  avoir 
abîmé  l’Atlantide  de  Platon  avec  les  païs 
dont  parle  Clement  Alexandrin  , 8c  depuis 
la  Groenknde  que  le  Roy  de  DannemarcK 
cherche  inutilement  il  y a long-temps.  Par  là 
il  fe  fut  des  valçes  ou  il  y a eu  des  monta- 
gnes , 8c  des  montagnes  fe  peuvent  élever 
dans  les  valées  & dans  les  plaines.  Le  moin- 
dre changement  de  ce  centre  peut  faire  ces 
renverfèmens  qui  paroiflènt  fi  grands  aux  hom- 
mes à caufe  de  la  préemption  où  ils  fonta 


ide  régler  le  grand  & le  petit  fur  la  mefq:- 
re  de  ce  qu'ils  peuvent  faire , &c  la  duree  du 
temps  par  la  durée  de  leur  vie  : Ileftvrayque 
ces  changemens  ne  font  rien  en  comparaifon 
de  la  grandeur  du  diamètre  de  la  ' terre  ; car 
il  n'y  a point  de  proportion  de  dix  thoifes  y 
que  nous  avons  prifes  pour  exemple  à tant  de 
pnilliers  de  thoifes , que  la  terre  a de  diamètre. 

Mais  ce  feroit  trahir  la  vérité  que  de  s'en 
tenir  là,  & de  dire  feulement  que  ce  chan- 
gement a pu  arriver.  Il  n’efl:  que  trop  vray 
qu'il  eft  arrivé  plufieurs  fois , & il  y a peu 
de  païs  où  on  ne  trouve  quelques  preuves , 
& ou  Ton  n'en  voye  4es  effets  tres-faciles 
à reçonnoiftre. 

Lucrece,Ovide,  Strabon  & Pline  les  ont 
remarque^ , Ôc  ont  parlé  de  vaillèaux , d'an- 
cres , de  coquillages,  & de  dépoüilles  de  poif- 
fons  marins  que  l'on  a fou  vent  vu  avec  éton- 
nement for  les  montagnes.  Cependant  les  gens 
de  Lettres  en  ont  efté  rechercher  d'autres  caufes 
qui  ne  fatisfont  perfonne,  & qui  ne  les  auraient 
pas  apparamment  fotisfaits  eux-mefines  s'ils 
s'eftoient  donné  la  peine  d'examiner  la  chofê 
fur  les  lieux. 

Mais  fans  renvoyer  fort  loing  ceux  de  nos 
François  qui  voudroient  s’en  éclaircir,  ils  peu- 
vent voir  à une  lieue  de  Paris  au-delfous  deè 
murailles  du  Parc  de  Monfieur  du  Harîay 
Procureur  General  du  Parlement  de  Paris  ^ 


6 

des  effets  fort  evidens  d’un  de  ces  grands 
changemens.  Je  puis  faire  voir  des  lits  de 
toutes  ces  differentes  elpeces  de  coquil- 
les que  la  mer  nourrit  , ôc  beaucoup  de 
ces  dépouilles  , ôc  de  ces  os  de  poi fTons  qui 
ne  fè  trouvent  point  ailleurs  que  dans  l’O- 
cean  ; ce  qui  eft  une  preuve  convaincante 
qüe  la  mer  qui  en  eft  maintenant  éloignée 
d’environ  quarante  lieues  , s’eft  autrefois 
étendue  jufques-Ià , la  Seine  eft  entrée  en  là 
place,  8c  Ton  tient  quelle  a cinq  pieds  de  pen- 
te fur  chaque  lieue  depuis  Paris  jufqu  à la  mer. 

Il  y a bien  des  confèquences  importantes  à 
en  tirer,  non  feulement  pour  la  connoiflànce 
de  la  terre,  mais  auffi  pour  la  Chronologie 
du  monde  : Car  quoy-que  Ton  ne  puiflè  pas 
dire  |uftement  en  quel  temps  fembjables 
lits  & changemens  fe  font  faits , il  eft  cepen- 
dant vray  que  den  trouver  deux  ou  trois  au- 
defiiis  les  uns  des  autres  , comme  on  les  voit, 
fous  les  fondemens  de  quelques  Villes  qui  ont 
efté  pofez  il  y a plus  de  trois  mille  ans , font 
autant  de  bonnes  preuves  qu’il  s’eft  fait  bien 
des  changemens  dans  la  terre  que  fhiftoirc 
n’a  pas  marquez , qu’il  y en  a qu’elle  na  pu 
marquer , ces  grandes  innondations  entraînant 
en  mefine  temps  8c  l’Hiftorien  8c  la  fcene , 
ou  le  theatre  des  aétions  qu’il  doit  décrire. 

Et  fur  tout , que  l’opinion  des  Septantes,  & 
du  Martyrologe  Romain  fur  l’âge  du  mon- 


de  , eft  plus  vray-fêmblabîe  que  celle  des  Ra- 
bins  qui  ne  le  font  pas  fi  vieux  que  les  autres  , 
c'eft  une  grande  matière  à reflexions-,  quanta 
prefent  ce  m’eft  allez  de  faire  voir  la  facilité 
de  la  tranfmigration  des  peuple.s  de  l’Afie  en 
r Amérique, 

Cette  Hiftoire  des  Ameriquains  devoit  eftré 
fuivie  d’une  découverte  faite  dans  F Amérique 
Septentrionale  par  le  Pere  Marquette  Jeluite  f 
8c  le  fieur  Joliet,  curieufe  par  plufieurs  railons, 
mais  principalement  à caufe  qu’elle  nous  donne 
connoiflânce  de  quelques  pais  de  l’Amerique 
Septentrionale  qui  font  depuis  le  41  degré  juC 
quesau  33,  & qu’elle  peut  épargner  à l’avenir 
aux  natios  voilures  duNord  lapeine  d’aller  cher- 
cher par  le  Nord-Oüeft  un  paiïàge  à la  Chine, 
puifque  ces  derniers  voyageurs  ayant  fait  ïèpt  à 
huit  cens  lieues  à travers  les  terres  prefque  tou- 
jours à l’Oüeft  depuis  QuebeKjufques  àla  gran- 
de riviere  où  ils  s’embarquèrent , 8c  la  Baye 
d’Hutfon  eftant  prefque  fous  le  mefme  méridien 
que  Quebeic , quand  il  y auroit  un  paiïàge  au 
bout  de  cette  étendue  de  terre  il  n’y  auroit  pas 
de  prudence  à l’aller  chercher , ni  entrepren- 
dre de  naviger  auffi  long-temps  fous  un  cli- 
mat où  diverfes  tentatives  ne  nous  ont  déjà 
que  trop  appris  que  les  eaux  y font  fort 
long-temps  glacées , fans  que  l’on  puiflè  s’aflù- 
rer  du  temps  auquel  les  glaces  commencent  , 
ni  quand  elles  finilïcnt. 


L’Àmerique  ivavoit  point  efté  connue  , di i 
avoir  efté  oubliée  au  temps  des  Romains,  ils 
ne  fçavoient  rien  de  toute  cette  grande  éten- 
due de  païs  depuis  les  rivières  du  Vezer  tk  du 
Danube , jufques  à la  Chine  , 3c  encore  au- 
jourd'huy  nous  ne  connoiffons  de  ce  cofté-là 
que  jufqùes  à la  Mofcovie,  tout  ce  qui  eft 
depuis  la  Mofcovie  jufques  à l'Amerique  eft 
demeuré  jufques  à cette  heure  iriebnnü.  C’eft 
un  de  ces  vuides  que  les  Géographes  n'ont 
pu  remplir,  3c  ou  pour  couvrir  leur  ignoran- 
ce ils  ont  peint  des  viftons  de  diables  que 
jfon  voit  goffèment  reprefentez  en  cet  endroit 
dans  la  plufpart  de  leurs  cartes. 

Le  voyage  de  l'Ambaiïadeur  dè  Mofcovie 
que  je  donne  icy,  nous  apprend  que  dans 
une  route  de  prés  d'un  an  il  ne  trouva  qu'une 
feule  ville  où  il  ne  vit  que  deux  fnaifons  dè 
brique  ■ cette  relation  nous  apprend  encore 
le  nom  3c  le  cours  du  Fleuve  Irtis,  qui  eft  un 
des  plus  grands  Fleuves  du  monde,  puifqûe 
cet  Ambafladeur  le  fiiivit  toujours  l'efpace 
de  fix  mois  : cependant  il  eft  fi  inconnu , que 
la  plufpart  des  cartes  ne  le  marquent  point , 
& que  celles  qui  le  marquent  le  marquent  mal 

Nous  fçavons  encore  par  le  moyen  de  ce 
Mofcovite,  que  toutes  les  Villes  qui  font  à 
l'Eft  de  la  riviere  de  JeniKlfé  jufques  au  Pro- 
montoire Tabin,  font  toutes  fuppofees  ; mais 
pour  en  détromper  le  monde  envoicy  une  au« 


o 

tre  convidiott.  C'eft  que  ces  mefines  Villes 
dans  les  mefines  cartes  font  encore  employées 
dix  ou  douze  degrez  plus  bas  en  dedans  de 
la  muraille  de  la  Chine , que  ces  Cartes  fup- 
pofent  à 55  degrez,  & que  les  Relations  de  cï 
Recueil  la  mettent  au  42,  & une  mer  au  Nord 
de  la  muraille  qui  couvre  cette  étendue  de 
pais  ; où  l’on  avoit  fuppofë  un  autre  Cathay 
que  la  Chine  : Ainfi  cette  erreur  fi  énor- 
me dans  les  Cartes  , vient  principalement 
de  la  fauiîê  pofition  de  cette  muraille , au 
delà  de  laquelle  il  n’y  a que  des  Hordes’  de 
Tartares  qui  ont  vécu  de  tout  temps  fous  des 
tentes  , & qui  ont  une  fi  grande  averfion  à fe 
renfermer  dans  des  maifons , que  lors  qu’ils 
en  rencontrent  & qu’ils  s’y  arreftent , ils  en 
abbattent  autant  qu  ils  peuvent  les  murailles, 
paice  qu  ils  n en  peuvent  ioufKir  la  contrainte. 

> Avoir  toujours  l’odeur  d’une  cuifine  ou 
dune  écurie  , quelquefois  toutes  les  deux 
enfemble,  demeurer  en  mefme  lieu  auffi  bien 
î’Efté  que  l’Hyver , ne  voir  que  d'un  cofté, 
& cela  par  un  trou  : Il  n’y  a que  des  Barbares 
Iqui  le  puiifent  fouffrir,  me  difoit  un  jour  un 
Ambafladeurd’un  Camdes  Tartares. 

Ce  voyage  nous  aprend  encor  que  la  relation 
qu’on  en  avoir  donnée  auP.Kircher  eft  faufle, 
car  il  en  marque  la  route  le  long  des  bords 
de  la  mer  Cafpienne  par  un  chemin  qui  eft 
en  effet  le  plus  court , mais  tout-à-fait  diffe- 
rent du  véritable.  5 


IO 

La  plufpart  ont  crû  que  la  terré  qui  eft  aü 
Sud  de  l’Ifle  de  Java  eftoit  attachée  aux  autres 
terres  qui  font  vers  le  Pôle  Antarctique , 8C 
qu’on  a découvert  au  Sud  du  détroit  de  Ma- 
gellan : mais  la  route  du  voyage  d’Abel  Taf- 
man,  marquée  par  des  points  dans  la  Carte  en- 
jointe , nous  fait  voir  que  c’eft  une  Ifle  qu’il  a 
tournée  toute  entiefe.J’ay  mefine  quelques  fi- 
gures & veües  de  cette  Ifle  ou  terre  Auflrale 
qu’il  a découverte  , & que  je  donneray  un 
jour  avec  les  autres  Relations  de  cette  partie 
du  monde. 

A ces  connoiiïànces  que  je  tire  des  voyageurs 
j’ay  ajouté,  1°.  La  conftruétion  d’un  Niveau' 
plus  facile  & plus  exaéfc  que  ceux  dont  on  J 
s'eft  lèrvi  jufques  à cette  heure. 

2».  Une  maniéré  de  prendre  hauteur  fur 
mer,  lors  mefine  qu’on  ne  peut  pas  la  pren-: 
dre  avec  les  inftrumens  ordinaires. 

3°.  Une  nouvelle  maniéré  de  réfoudre  le 
Problème  de  la  meflire  de  la  terre. 

4°.  Une  melure  univerlèlle,  & un  nouveau 
moyen  de  la  tranfmettre  à la  pofterité,que  j’ay 
tiré  de  l’ouvrage  des  abeilles , après  avoir  veü 
les  plaintes  que  fait  Villalpandus , de  Filan- 
der , d’Agricola,  & de  quelques  autres  Au- 
theurs  qui  l’avoient  précédé , fur  ce  que  dans 
un  mefine  Traitté  ils  ont  rapporté  diverfement 
une  mefine  mefure , & qu’un  Anglois  fait  la 
mefine  plainte  de  Portius , de  Ciaconius  qui 


Il 

ont  écrit  depuis  Villalpandus  fur  ce  mefine 
fujet  des  mesures , & de  ce  Villalpandus  auffi 
qui  s’eftoit  plaint  le  premier  du  peu  d’exaéti- 
tude  des  autres. 

II  faut  que  j ajoute  icy  à la  defcription  du 
Niveau , qu’il eft  auffi  bon  de  quatre  pou- 
ces , que  s’il  eftoit  beaucoup  plus  long,  com- 
me le  font  prcfque  tous  nos  ouvriers. 

. QH'il  n’eft  point  neceflàire  , comme  h 
plufpart  ont  cru  , que  la  Bulle  d’Air  foit  au 
milieu  ? 8c  que  dans  toutes  ces  pratiques  dé  la 
conduite  des  eaux  8c  d’ Architecture  • toutes 
les  fois  que  la  Bulle  d’Air  eft  en  repos  3 fans 
toucher  aux  extremitez,  l’inftrumenteft  de  nu 
veau , lors  mefme  qu’elle  n’eft  pas  au  milieu. 
Que  le  foin  d’enfermer  le  Niveau  dans  une 
boette  pour  le  mettre  à couvert  du  vent , eft 
inutile  ; car  le  mouvement  que  le  vent  donne 
à la  boette  pafle  auffi  au  Niveau  5 qu’il  faufc 
toujours  mettre  par  cette  mefine  raifon  fur  un 
heu  ftable  , Sc  que  la  lunette  avec  des  filets  à 
fon  foyer,  eft  pour  pointer  plus  j iifte. 

5°.  Une  obfervation  de  la  déclinaifon  d® 
i Ayman  faite  l’année  1269. 

6 ?*  Une  ligne  meridiene  tracée  à Iffy,  8c  fur 
une  roche  qui  eft  au  haut  de  la  bruiere  de 
Bure  où  l’on  devoit  creufer  un  Obfervatoire 
peur  noftre  Aflemblée  ; cette  bruiere  eft 
prefque  dans  une  mefine  ligne  entre  les  tours 
de.  NoftrerDame  de  Paris  ? & de  l’Eglife  de 
la  ville  de  Mante, 


12. 

Relations  de  ce  Recueil  y imprimées 
jujques  a cette  heure. 


PARTIE  PREMIERE. 

Relations . 

TP\  Es  Coiàques , avec  la  vie  de  Kmielnifid, 
tiiee  d un  manulcrit  des  Tartares  du 
Crm«e5  des  Nogais,  des  Circalîès  8c  des 
A ballas  3 par  Jean  de  Luca. 

De  la  Colchide  ou  Mengrelie. 

Irif&rmatione  dellaCieorgia  diPietro  dellaVdle> 
tirée  d’im  manufcrit,  avec  l’Oraifon  fune- 
oie  de  Sitti  Maani  la  femme  , qu’il  recita 
îuy-mefrne. 

Voyage  d’Antoine  Jemqnfon  au  Cachay. 

Extiait  de  la  Relation  de  TAmbaffade  que  les 
Hollandois  envoyèrent  en  i6$6  8c  1657  au 
Tartare , qui  elt  prefentement  Mai  lire  de 
la  Chine, 

Relation  de  laprifè  de  1 Ifle  Formoia  par  les 
Chinois,  le  5 Juillet  1661. 

Relation  de  la  Cour  du  Mogoî  par  le  CapR 
raine  Hauxins. 

Mémoires  de  Thomas  Rhoë  Ambafladeur  du 
Roy  d Angleterre  prés  du  Mogol,  traduits 
du  Recueil  Anglais  de  Purchas. 

f oyage  d'Edouard  Terry  aux  Etats  du  Mogol, 


traduit  du  Recueil  de  Pürchas. 

>efcription  des  Plantes  & des  Animaux  des 
Indes  Orientales , pat  Cofmas,  Monachos, 
autrement  Indopleuftes. 
es  Climats  Alhend  & Allènd  do,  la  Géogra- 
phie d’Abulfeda. 

.dation  des  Antiquitez  de  Perlèpolis  , tra- 
duite d’Herbert. 

ommencement  d’un  Livre  des  Chaldéens  de 
Bailora , autrement  appeliez  les  Chrétiens 
de  S.  Jean,  écrit  en  caraéteres  tres-anciens 
non  encore  vus  en  Europe,  avec  l’alpha- 
bet de  ces  melines  caraéteres , & une  Car- 
te Arabe  du  pais. 

dation  des  Royaumes  de  Golconda,Tannaf- 
fan , Arecan  , par  Wilhem  Methold  Prefi- 
dent  de  la  Compagnie  Angloilè. 
dation  de  Floris  Villiamfon  du  Golfe  de 
Bengale. 

dation  du  Royaume  de  Siam  par  Schouten, 
traduit  de  l’Hollandois. 

•yages  aux  Indes  Orientales  de  Bonteieouë, 

traduit  de  l’Hollandois. 

couverte  de  la  Terre  Auftrale,  traduite  auflî 

'5  * Hollandois  , avec  une  Carte  de  cette 

cinquième  partie  du  Monde. 

utier  des  Indes  Orientales  par  Aleixo  da 

J otta  , traduit  d’un  mamifcrit  Portugais. 

fcription  des  Pyramides  d’Egypte,  par  Jean 
•areaves,  traduite  de  l’Anglois. 


AVis  dun  des  Fadeurs  de  la  Compagni 
Hollandoifefur  le  commerce  des  Indes 
Autre  avis  fur  le  commerce  du  Japon. 

Le  Routier  d’Alaixo  da  Motta,  traduit  du  Poi 
tugais. 

Carte  Portugaife  de  la  Carrera,  ou  Navigatio 
des  Indes  Orientales. 

Veuës  des  principales  coftes  des  Ind^sOriei 
taies. 

Le  Voyage  de  Beaulieu. 

Trois  Relations  des  Ifles  Rhilipines. 
Relation  du  Japon. 

Martyrs  du  Japon. 

Relation  de  la  découverte  de  la  terre  de  Te  o 
Flora  Sinenfis  , ou  defcription  des  Plan; 
& Fleurs  de  la  Chine,  leur  manière  de 
cultiver , avec  les  figures  des  Plantes. 


PARTIE  III. 

AMbaffade  de;  Holîandois  à la  Chine. 
Route  du  Voyage  des  Amballade- 
Holîandois  à la  Chine. 

Grammaire  de  la  Langue  des  Tartarcs  Mog' 
Rapport  que  les  Direfteurs  de  la  Compas 
Hollaudoife  des  Indes  Orientales  ont  fan 
l’état  de  leurs  affaires  aux  Indes, en  l’an  16 


. >2 

PARTIE  IV. 

L'Indien,  ou  Portrait  au  naturel  des  Indiens, 
par  Dom  Joan  de  Palafos  Evêque  de  la 
Puebla  de  los  Angles. 

Relation  des  voyages  du  fleur  Acarete  fur 
la  Riviere  de  la  Plitte , & delà  par  terre 
jufques  au  Pérou  & au  Potofi 
Voyage  à la  Chine  des  Peres  Grueber  & d’Or- 
ville. 

~le  mefine  en  Italien. 

La  Science  morale  des  Chinois , ou  le  fécond 
livre  de  Confulïlus , traduit  de  la  langue 
Chinoife  par  le  Pere  Introcetta. 

Hiftoire  dd  la  Haute  Ethiopie  écrite  fur  les 
lieux  par  le  Pere  Manuel  d’Almeïda  le- 
fuite  , extraite  Sc  traduite  de  la  copie  Por- 
tugaife  du  Pere  Balthazar  Tellez. 
Remarques  fur  les  Relations  d?Ethiopie  de» 
Peres  Jeronimo  Lobo  & de  Balthazar 
Tellez,  Iefuites. 

Relation  du  Pere  Jeronimo  Lobo  de  l’Em- 
pire des  Abyflins,  des  fburces  du  Nil, de 
Licorne,  8c c. 

Découverte  de  quelques  païs  qui  font  entre 
l’Empire  des  Abyffins&la  code  de  Melinde, 

Relation.  du  Voyage  du  tZaïd  ou  de  la  Thebaï-. 

de  fait  en  1 668  par  les  Capucins  Mtffionnau 
naires  en  Egypte. 


1 6 

Hiftoire  de  l’Empire  Mexicain  reprefentée  pat 
figures. 

Relation  du  Mexique  , avec  l’Hiftoire  de  la 
Nouvelle  Efpagne , par  Thomas  Gages. 


VOyage  8c  découverte  du  P.  Marquette  &c 
SrJolliet  dans  T Amérique  Septentrionale. 
Ambaffade  des  Mofcovites  à la  Chine,  ou  voya- 
ge de  Mofxou  à Pequin  par  terre,  traduit  du 
Mofcovite, 

Difcours  fur  l’Art  de  la  Navigation  , avec 
quelques  Problèmes  pour  y fervir  de  fup~ 
plément. 

Supplément  de  l’Hiftoire  naturelle  de  l’Ephe- 
mere. 


Extrait  du  Privilège  du  Roy . 

P A r grâce  & Privilège  du  Roy,  donné  à Paris  îc 
huitième  Juin  1661.  Il  eft  permis  à Girard 
Garnier  de  faire  imprimer  un  Recueil  de  dt , er~ 
[es  Relations  Voyages  curieux  , contenant  > 
en  un  ou  plufieurs  volumes , conjointement  ou  (c paré- 
ment , pendant  le  temps  de  vingt  années  : Avec  deften- 
fès  à tous  autres  d*en  rien  imprimer , vendre  ni  diflri- 
buer  5 ni  aucune  Carte  ni  Figure , fous  quelque  prétexte 
que  ce  foit , (ans  fon  confentement,  fous  les  peines  por 
tées  dans  ledit  Privilège. 

déche-vc  fotiY  h * frcm/cts  Jod» 

le  $ Septembre  tCfli» 
tes  Exemplaires  ont  eflé  fournis. 


"(ro//k 


Otontanta, 


Ahlaficch? 


»99 

Æ monte 


Tahcnla 


Unes 


JHatoi 

Otatcfiassi , 


Nations 


ijs)  AL e te  lu] i 


R . ÆiteAisifM, 


Terres  Jnkabitées 


des  tTLonts 


Mans  vp  cria, 
ils  ont  deS'jùeils  ) 


10  nation, 
fer 


Æanitv 


mines 


■ © Cacha  uachsria, 
! Illinois 


Nlaartcnsac 


* Puons 


ctiutrc. 


CstPTE  de,  la  decouverte, 
te,  l 'an  1673).  d^ens  t 'Ameruju 
<f e-p  ten.tr  ionsblc  . 


Lac  de,  Micklganu  oi  Illinois 


DECOUVERTE 

DE  QUELQUES  PAYS 

ET  NATIONS 

DE 

L’A  M E R I Q U E 

SEPTENTRIONALE. 

E membarquay  avec  îe  Sieur 
jjoîiet,  qui  avoitefté  choi/ipour 
conduire  cette  entreprifè  , le 
treize  ,May  1673.  avec  cinq  au* 
[très  François  fur  deux  Canots 
d'écorce  „ avec  un  peu  de  bîed 
d Inde  & quelques  chairs  boutonnées  pour 
f oute  piovifion.  JL  on  avoir  eu  le  loin  de  tirer 
des  Sauvages  tout  ce  qui  s ’eftoit  nû  tirer  de 
lumières  de  ces  pays  ; Ton  en  avoir  me i mes 
trace  une  Carte  fur  leur  récit  } les  rivières  y 

A 


% T)  e couverte  dans 

eftoient  inarquées  , le  nom  des  Nations  que 
nous  devions  traverfer,  & les  rums  de  vent  que 
nous  devions  iuivre  dans  ce  Voyage, 

La  première  Nation  que  nous  rencontrafmes 
fut  celle  de  la  Folle  Avoine.  Jentray  dans  leur 
tiviere  pour  aller  vifiter  ces  Peuples  , aufquels 
hous  avons  prefehé  l’Evangile  depuis  plufteurs 
années  5 aulïï  s’y  trouvent-ils  plufieurs  bons 
Chrétiens,  La  Folle  Avoine  dont  ils  portent 
le  nom  , parce  quelle  fe  trouve  fur  leur  terre, 
eft  une  forte  d’herbe  qui  croît  naturellement 
dans  les  petites  rivières  dont  le  fond  eft  de 
vale  , & dans  des  lieux  marefeageux  : Elle  eft 
bien  femblable  à celle  qui  croît  parmy  nos 
bleds  , les  épies  font  fur  des  tuyaux  nouez 
d efpace  en  efpace  ; ils  ferrent  de  l’eau  vers  le 
mois  de  juin  , & vont  toûjours  montant  juf- 
qua  ce  qu’ils  furnagent  de  deux  pieds  envi- 
ron , le  grain  n’eft  pas  plus  gros  que  celuy 
de  nos  avoines  , mais  une  fois  plus  long , 
auffi  la  farine  en  eft  - elle  plus  abondante. 
Voicy  comme  les  Sauvages  la  cueillent  & la 
préparent  pour  la  manger.  Dans  le  mois  de 
Septembre , qui  eft  le  mois  de  cette  récolté , 
ils  vont  en  Canot  au  travers  de  Ces  champs  de 
la  Folle  Avoine,  ils  en  fecoüent  les  épies  dans 
le  Canot  à mefure  qu’ils  avancent  le  grain 
tombe  aifément  s’il  eft  meur  , & en  font  leur 
piovifion  : Mais  pour  le  nettoyer  de  la  paille, 
& d une  pellicule  dans  laquelle  il  eft  enferme* 


/ Àmeriqïie  Sëpteütfiotiaïè.  5 
ils  le  mettent  fecher  à la  fumée  fût  un  hril  dé 
bois  fous  lequel  ils  font  un  petit  feu  pendant 
quelques  jours  , & lorfque  l’avoine  eft  bien 
lèiche , ils  la  mettent  dans  une  peau  en  forme 
de  poche  , laquelle  ils  enfoncent  en  terre  dans 
un  trou  fait  à ce  delfein  , puis  ils  la  pillent 
avec  les  pieds  tant  que  le  grain  s’étant  feparé 
de  la  paille  ils  le  vannent  aifément  , apres 
quoy  ils  le  pillent  pour  le  réduire  en  farine  , 
ou  rnefme  fans  eftre  pilé  ils  le  font  cuire  dans 
î eaü  , qu  ils  alîàifonnent  avec  de  la  graille  , 8c 
de  cette  fàçoh  oh  trouve  la  folle  avpihe  prefo 
que  âufîî  bonne  que  le  lis  , quand  on  n’y  met 
point  de  meilleur  alîaifonnement. 

Je  racontay  à ces  Peuples  de  la  Folle  Avoi- 
ne le  delïein  que  j avois  d’aller  découvrir  ces 
Nations  éloignées  pour  les  pouvoir  inftruire 
des  myfteres  de  nôftre  fainte  Religion.  Ils  eri 
furent  extrêmement  furpris  , & firent  tout  leur 
pofilble  pour  m en  dilluader  : Ils  me  reprefen- 
terent  que  je  rencontrerois  des  Nafibns  qui 
ne  pardonnent  jamais  aux  Etrangers,  aufquels 
iis  calïènt  la  telle  fans  aucun  lujet  ; que  la 
guerre  qui  elloit  allumée  entre  divers  Peuples 
qui  elloient  fur  nollre  route  nous  expofoit  à 
un  danger  hlanifelle  d’eflre  enlevez  par  des 
bandes  de  guerriers  qui  font  toûjburs  en  cam- 
pagne  ; qüe  la  grande  nvicre  ell  très  - dan&e-= 
teule  quand  oh  n’en  fçait  pas  les  endroits  j 
qu’elle  elloit  pleine  de  monftres  effroyables 


Decouverte  dans 
qui  deVoroient  les  hommes  & les  Canots  toui 
enfemble  • qu'il  y a mefme  un  Démon  qu  on 
entend  de  loin  qui  en  ferme  le  paffàge  ôc  qui 
abyfme  ceux  qui  oient  s’en  approcher  : enfin 
que  les  chaleurs  font  lî  excefïives  qu’elles  nous 
caùferoient  la  mort  infailliblement. 

Je  les  remerciay  de  ces  bons  avis  , mais  je 
leur  dis  que  je  ne  les  pouvois  pas  fuivre  3 
puifqu’il  s’agiiToit  du falut  des  âmes 3 pour  leD 
quelles  je  ferois  ravi  de  donner  ma  vie  ; que 
je  me  moquois  de  ce  Démon  prétendu  , que 
nous  nous  defïendrions  bien  de  ces  monftres 
marins  , .&  qu'au  refte  nous  nous  tiendrions 
fur  nos  gardes  pour  éviter  les  autres  dangers 
dont  ils  nous  menaçoient.  Apres  les  avoir  fait 
prier  Dieu  ôc  leur  avoir  donné  quelques  in- 
ft  radions , je  me  feparay  d’eux , ôc  nous  e fiant 
embarquez  fur  nos  Canots  , nous  arrivâmes 
où  nos  Peres  travaillent  utilement  à la  con- 
verlîon  de  ces  peuples. 

Cette  Baye  porte  un  nom  qui  n a pas  une  h 
mauvaile  explication  en  la  langue  des  Sauva- 
ges : car  ils  l’appellent  plütoft  la  Baye  Salee* 
que  des  Puans  5 quoy  que  parmi  eux  ce  foxt 
prefque  la  mefme  chofe.  C’eft  auffi  le  nom 
qu’ils  donnent  à la  nier  ; ce  qui  noiis  a ob  ige 
à faire  de  tres-exades  recherches  pour  décou- 
vrir s’il  n’y  avoir  pas  en  ces  quartiers  quel- 
que fontaine  d’eau  falée,  comme  il  y en  a au 
pais des  Iroquois * mais  nous  nen  avons  pomj 


f Amérique  Septentrionale.  f 
îrouvé.  Nous  jugeons  donc  qu’on  luy  a donné 
ce  nom  à caufè  de  quantité  de  vafe  & de 
boue  qui  s’y  rencontre  , d’où  s’élèvent  con- 
tinuellement de  méchantes  vapeurs  qui  y eau- 
fent  les  plus  grands  & les  plus  continuels  ton- 
nerres  que  j’aye  jamais  entendu, 

La  Baye  a environ  trente  lieues  de  profon- 
deur, êc  huit  de  large  en  fon  commencement: 
cette  largeur  va  toujours  fe  retréciflant  juf, 
ques  dans  le  fond  , où  il  eft  aifé  de  remarquer 
la  marée  , qui  a fon  flux  & reflux  réglé  pref- 
que  comme  celuy  de  la  mer.  Ce  n*  eft  pas  icy 
le  lieu  d’examiner  fi  ce  font  des  vrayes  ma- 
rées , fi  elles  font  caufées  par  des  vents  ; s’il 
y a des  vents  qui  font  les  avant-coureurs  de 
la  Lune  ou  à fa  fuite  5 lefquels  par  confequent 
agitent  le  Lac  8c  luy  donnent  comme  fon  flux 
8c  reflux  toutes  les  fois  que  la  Lune  monte  fur 
l’Orifon  ; Ce  que  je  puis  dire  de  certain  eft 
que  quand  l’eau  eft  bien  calme , on  la  voit  ai- 
férnent  monter  8c  defeendre  fuivant  le  cours 
de  la  Lune  , quoy-que  je  ne  nie  pas  que  ce 
mouvement  ne  puifle  eftre  caufé  par  des  vens 
qui  paflànt  fur  îe  milieu  du  Lac  font  que  les 
bords  croiflent  8c  décroiffent  de  la  façon  qu’il 
paroît  à nos  yeux. 

Nous  quittâmes  cette  Baye  pour  entrer  dans 
la  Riviere  qui  s’y  décharge  : Elle  eft  tres- 
belle  en  fon  embouchure , & coule  doucement  * 
elle  @ft  pleine  d’ Outardes , de  Canards  , de 

A iij 


J Oè couverte  dans 

Cercelles  5 & d’autres  oyfeaux  quir  y font  attL 
jrez  par  la  folle  avoine,  dont  ils  font  fort  frians* 
Quand  on  a un  peu  avancé  dans  cette  riviere, 
on  la  trouve  très -difficile, -tant  à caufe  des 
courans  que  des  rochers  qui  coupent  les  Ca- 
nots & les  pieds  de  ceux  qui  les  traînent , fur 
tout  lorfque  les  Cauës  font  balles,  Nousfran« 
chifmes  par  tout  heureufement  ces  rapides;  & 
en  approchant  des  Mafkoutens,  ou  de  la  Nation 
du  Feu  , j’eus  la  çuriofïté  de  boire  des  Eaues 
minérales  de  la  riviere  qui  n’eft  pas  loin  de 
cette  Bourgade.  Je  pris  auffi  le  te  ms  de  recon- 
noître  un  Simple , qu’un  Sauvage  qui  en  fçait 
le  fecret  a enfëigné  au  P,  Alloues  : Sa  racine 
lert  contre  la  morfure  des  Serpens  , Dieu  ayant 
voulu  donner  ce  remede  contre  un  venin  qui 
eft  très  frequent  en  çe  pays.  Cette  racine  eft 
fort  chaude  , & a un  goût  de  poudre  quand  on 
l’écrafe  fous  la  dent.  Il  faut  U mâcher  de  la 
mettre  fur  la  piqueure  du  Serpent  , qui  en  a 
Une  fi  grande  horreur  qu’il  s^enfuit  mefme  de 
celuy  qui  en  a efté  frotté  : Elle  produit  plu- 
fleurs  tiges  hautes  d’un  pied  , dont  la  feuille 
eft  un  peu  longue  de  la  fleur  blanche  , ôc  refl 
ftmble  à la  giroflée.  J’en  mis  dans  mon  Ca- 
not pour  l’examiner. 

C’eft  icy  le  terme  des  découvertes  qu’ont 
faits  les  François , Sc  ils  n’ont  pas  encore  pâl- 
ie plus  avant.  Ce  Bourg  eft  compofé  de  trois 
fl>rte§  de  Natiops  cjui  s’y  font  rapiafïees  ; de$ 


P Amérique  Septentrionale.  j 
Miamis , des  Mafkoutens  , & des  KiKabeux  : 
Les  premiers  font  les  plus  civils  , les  plus 
liberaux  & les  mieux  faits  ; ils  portent  deux 
longues  mouftaches  fur  les  oreilles  qui  leur- 
donnent  bonne  grâce  ; ils  patient  pour  guer- 
riers , & font  rarement  des  partis  fans  fuccez  ; 
ils  font  fort  dociles  & écoutent  tout  ce  qu'on 
veut  leur  dire , & ont  paru  fi  avides  d’enten- 
dre le  P.  Alloues  quand  il  les  inftruifoit , qu’ils 
luy  donnoient  peu  de  repos  mefrne  pendant  la 
nuit.  Les  Mafcoutens  & les  KiKabeux  font 
plus  groflïers,  &femblent  des  payfans  en  com- 
paraifon  des  autres.  Comme  les  écorces  à faire 
des  Cabanes  font  rares  en  ce  pays , ils  fe  fer. 
vent  de  joncs  , qui  leur  tiennent  lieu  de  mu- 
raille & de  couverture.  La  commodité  de  ces 
Cabanes  de  jonc  eft  grande , ils  les  mettent 
en  paquets  & les  portent  où  ils  veulent  pen- 
dant le  temps  de  leurs  chaires. 

Lorfque  je  les  vifitay  je  fus  extrêmement 
confolé  de  voir  une  belle  Croix  plantée  au  mi- 
lieu de  ce  Bourg  , & ornée  de  plufieurs  peaux 
blanches , de  ceintures  rouges , d’arcs  & de  flè- 
ches que  ces  bonnes  gens  avoient  offerts  au 
grand  Manitou  ; c’eft  le  nom  qu’ils  Ruinent  à 
Dieu , pour  le  remercier  de  ce  qu’il  avoir  eu 
pitié  d’eux  pendant  l’hyver  , leur  donnant  une 
chalïè  abondante. 

Je  pris  plaifir  de  voir  la  fituation  de  cette 
fioureade.  Elle  eft  belle  & diverti  liante  ; cas 

A üij 


§ Découverte  dmï 

d'une  éminence  fur  laquelle  elle  ell  placée  ori 
découvre  de  toutes  parts  des  prairies  à perte 
de  veuë  , partagées  par  des  boccages  & bois 
de  haute  fuftaye  • la  terre  y eft  très  bonne  & 
i*end  beaucoup  de  bled  d'Inde  , les  Sauvages 
rama déni  quantité  de  prunes  & de  rai  fin  s. 
Nous  ne  fuîmes  pas  plûtofl:  arrivez  que  nous 
afiemblâmes  les  anciens  Monfieur  Joliet  ôc 
moy.  Je  leur  dis  , qu'il  eftoit  envoyé  de  la 
part  de  Monfieur  nofire  Gouverneur  pour  dé* 
couvrir  de  nouveaux  pays , ôc  ino  nde  la  part 
de  .pieu  pour  les  éclairer  des  lumières  du  laine 
Evangile  ; qu'au  refte  le  Maiftçe  fouverain  de 
nos  vies  vouloir  eftre  connû  de  toutes  les  Na- 
tions, Ôc  que  pour  obéir  à les  volontez  je  ne 
craignois  pas  la  mort , à laquelle  je  m'expofois 
dans  des  voyages  fi  périlleux  ; que  nous  avions 
belbin  de  deux  guides  pour  nous  mettre  dans 
noftre  route  : nous  leur  filmes  un  prelent  en 
les  priant  de  nous  les  accorder  , ce  qu'ils  fi- 
rent très  civilement,  ôc  mefme  voulurent  au® 
lions  parler  par  un  prelent , qui  fut  une  natte 
pour  nous  fervir  de  lit  durant  noftre  voyage. 
Le  lendemain,  qui  fut  le  10  Juin  , deux  Mia~ 
mis  qu'jjgf  nous  donna  pour  guides  s'embar- 
quèrent avec  nous  à la  veuë  d\in  grand  monde, 
qui  ne  pouvoir  allez  s'étonner  de  voir  fept 
François  feuls  en  deux  Canots  oler  entrepren- 
dre une  expédition  fi  extraordinaire  & fi  fia«* 
^rdeufc, 


î Amérique  Septentrionale . f 

Nous  (bavions  qu  a trois  lieues  de  Maficou- 
Cens  eftoit  une  Riviere  qui  fe  décharge  dans 
celle  de  Mifîiffipy.  Nous  fçavions  encore  que 
le  Rum  de  vent  que  nous  devions  tenir  eftoit 
TOüeft-fur  rOiieft;  mais  le  chemin  eft  fi  par- 
tagé de  Marais  & de  petits  Lacs , qu  il  eft  aifé 
de  s'y  égarer  5 dautanc  plus  que  la  riviere  qui 
y mene  eft  fi  chargée  de  folle  avoine  qu’on  a 
peine  à en  reconnoiftre  le  Canal  j c'eft  en  quoy 
nous  avions  befoin  de  nos  deux  Guides  : auffi 
nous  conduifirent-ils  heureufement  jufqu’à  un 
porrage  de  deux  mil  fept  cens  pas  5 3c  nous  ai- 
dèrent à tranfporter  nos  Canots  pour  entrer 
dans  cette  riviere  , apres  quoy  iis  s’en  retour- 
nerenc,  nous  laifTans  feuls  en  ce  pays  inconnu 
entre  les  mains  de  la  Providence, 

Nous  quittons  donc  les  Eaues  qui  vont  jufi- 
qu’à  Qnebec  3 à cinq  ou  fix  cens  lieues  d’icy  , 
pour  prendre  celles  qui  nous  conduiront  défor- 
mais dans  des  Terres  étrangères.  Avant  que  de 
nous  y embarquer  nous  commençâmes  tous 
une  nouvelle  dévotion  à la  Sainte  Vierge  im- 
maculée que  nous  pratiquâmes  tous  les  jours, 
Ipy  adreflans  des  prières  particulières  pour  met- 
tre fous  fa  protedion  3c  nos  perlbnnes  3c  le 
fuccez  de  noftre  voyage  ; 3c  apres  nous  eftrc 
encouragez  les  uns  les  autres  nous  montâmes 
en  Canot. 

La  Riviere  fur  laquelle  nous  nous  embar- 
quâmes s’appelle  Mefcoufin  * elle  eft  fort  lar« 


I o Découverte  dans 

ge,  fbn  fond  eft  du  fable  qui  fait  diverfes  bat- 
tures,  lefquelles  rendent  cette  navigation  tres- 
difficiie  j elle  eft  pleine  d’Ifles  couvertes  de 
vignes.  Sur  le  fond  paroiflènt  de  bonnes  ter- 
res , entremeflées  de  bois , de  prairies , de  co- 
teaux. On  y voit  des  noyers  , des  chefhes , 
des  bois  blancs  , & une  autre  efpece  d’arbres 
dont  les  branches  font  armées  de  longues  épi- 
nes, Nous  n’avons  veu  ny  gibier  ny  poiflbns  9 
mais  des  Chevreuils  & des  Vaches  en  grande 
quantité.  Apres  avoir  navigé  trente  lieuës,nous 
apperçumes  un  endroit  qui  avoir  toutes  les 
apparences  de  Mines  de  fer  : De  fait,  un  de 
nous  qui  en  a veu  autrefois  afleure  que  celles 
que  nous  avons  trouvées  font  fort  bonnes  $ç 
tres-abondantes  • Elles  font  couvertes  de  trois 
pieds  de  bonne  terre  , allez  proche  d’une  chaiD 
ne  de  rochers , dont  le  bas  eft  couvert  de  fort 
beaux  bois.  Apres  une  navigation  de  quarante 
lieues  fur  cette  mefme  route  , nous  arrivâmes 
à lembouchûre  de  noftre  Riviere  , & nous 
nous  trouvâmes  à 42  degrez  & demy  d’éleva-* 
tion  -,  Nous  entrons  heureufement  dans  Miffif. 
fipy  le  17  Juin , avec  une  joye  que  je  ne  puis 
exprimer. 

Nous  voila  donc  fur  cette  Riviere  fi  renom- 
mée dont  j ay  tafehé  de  remarquer  atreiitive- 
ment  toutes  les  fing  laritez.  La  Riviere  de 
Miflîffipy  tire  fon  origine  de  divers  Lacs  qui 
font  dans  les  pays  des  Peuples  du  Nord  $ ello 


r Amérique  Septentrionale . n 

cft.  étroite  à fa  décharge  de  Mificous , fon  cou- 
rant qui  porte  du  collé  du  Sud  eftant  paifible  ; 
à la  droite  on  void  une  grande  chaifne  de 
montagnes  fort  hautes  ? ôc  à la  gauche  de  bel- 
les terres  entrecoupées  d'Ifles  en  divers  en- 
droits. En  fondant  nous  avons  trouvé  dix- neuf 
brades  d'eau  , fa  largeur  eft  fort  égale  , elle  a 
quelquefois  trois  quarts  de  lieuës.  Nous  fui- 
vions  doucement  fon  cours  qui  va  au  Sud  ôc 
au  Sudeft  jufqu  au  41  degré  d'élévation.  C’eft 
icy  que  nous  nous  appercevons  bien  qu'elle  a 
tout  changé  de  face  ; il  n'y  a prefque  plus  de 
bois  ny  de  montagnes  5 les  Ifles  font  couver- 
tes de  plus  beaux  arbres  , nous  ne  voyons  que 
des  Chevreuils  ôc  des  Vaches  , des  Outardes 
& Cygnes  fans  ailles  , parce  qu'ils  quittent 
leurs  plumes  en  ce  pays.  Nous  rencontrons  de 
temps  en  temps  des  poilîons  monflrueux  , un 
defquels  donna  fi  rudement  contre  noftre  Ca- 
not, que  je  crûs  que  ceftoit  un  gros  arbre  qui 
Falloit  mettre  en  pièces  : Un  monftre  qui  avoir 
une  tefte  de  Tygre  , le  nez  pointu  comme  ce- 
luy  d'un  Chat  fauvage  , avec  de  la  barbe  , des 
oreilles  droites  élevées  en  haut  $ la  telle  étoic 
grilè  , le  col  noir.  Nous  n en  vifmes  pas  da- 
vantage. Quand  nous  avons  jetté  nos  rets  à 
Feau,  nous  avons  pris  des  Ellurgeons , ôc  une 
efpece  de  poilfon  extraordinaire  : il  reflcmble 
à la  Truite  , avec  cette  différence  quil  a la 
|tieule  3 les  yeux  ôç  le  fiez  plus  petits  , qu'il 


ïz  Découverte  âdn$ 

a proche  du  nez  une  arrête  faite  comme  uni 
bufque  de  femme  large  de  trois  doigts  , lon- 
gue d’une  coudée  , au  bout  de  laquelle  eft  un 
rond  large  comme  la  main  ; cela  l’oblige  fou- 
vent  en  fautant  hors  Peau  de  tomber  en  ar- 
riéré. Eftant  defcèndus  jufqu  au  41  degré  28 
minutes  5 foivant  le  mefme  rum  , nous  trouvons 
que  les  Ccçqs  d’Inde  ont  pris  la  placé  du  gi- 
bier , & les  PifiKious  , ou  Bœufs  fàuvages , cel- 
les des  autres  beftes. 

Nous  appelions  les  PifiKious  Bœufs  fàuva- 
ges ? parce  qu’ils  font  fort  fèmblables  à nos 
Bœufs  dôme itiques  ils  ne  font  pas  plus  longs,, 
mais  ils  font  plus  d’une  fois  plus  gros  & plus 
corpulens  : nos  gens  en  ayant  tué  un  5 treize 
perfbnnes  avoient  bien  de  la  peine  à le  re- 
muer : ils  ont  la  tefte  fort  greffe  > le  front 
large  & plat  , d’un  pied  & demy  entre  les 
cornes  , qui  font  toutes  fèmblables  à celles  de 
nos  Bœufs,  mais  elles  font  noires  & plus  gran- 
des ; ils  ont  fous  le  col  comme  une  grande  fa- 
le  qui  pend  au  bas  , & fur  le  dos  une  bolïe  af- 
le z élevée  ; toute  la  tefte , le  col  Sc  une  partie 
des  épaules  font  couvertes  d’un  grand  crin  com- 
me celuy  des  Chevaux  , c’eft  une  hure  longue 
d’un  pied  , qui  les  rend  hideux  , & leur  tom- 
bant for  les  yeux  les  empefehent  de  voir  devant 
eux  : le  refte  du  corps  eft  reveftu  d’un  gros 
poil  frifé , à peu  prés  comme  celuy  de  nos  Mou- 
tons * mais  bien  plus  fort  & plus  épais , il  tom- 


T Amérique  Septentrionale.  i) 
î>ê  en  Efté  , & la  peau  devient  douce  comme 
velours  : c’eft  pour  lors  que  les  Sauvages  em- 
ployeur leurs  peaux  pour  leur  faire  des  rcbbes 
qu’ils  peignent  de  diverfes  couleurs.  La  chair 
& la  graille  des  Pifucious  eft  excellente,  & fait 
le  meilleur  mets  de  leurs  feftins  : au  relie  ils 
font  tres-dangereux , il  ne  fe  palTe  point  d’année 
qu’ils  ne  tuent  quelques  Sauvages , quand  on 
vient  les  attaquer  , ils  prennent  s’ils  peuvent 
un  homme  avec  les  cornes  , 1 enlevent  en  1 air, 
puis  ils  le  jettent  contre  terre  , le  foulent  des 
pieds  & le  tuent.  Si  l’on  tire  de  loin  fur  eux 
de  l’arc  ou  du  fnzil , il  faut  fi-toft  apres  le  coup 
fe  jetter  à terre  & fe  cacher  dans  l’herbe  : car 
s’ils  apperçoivent  celuy  qui  a tire  , ils  courent 
apres  & lé  vont  attaquer  : comme  ils  ont  les 
pieds  gros  & allez  courts  iis  ne  vont  pas  bien 
ville , % ce  n’eft  lorfqu’ils  font  irritez  , ils  font 
éparts  dans  des  prairies  comme  des  troupeaux, 
j’en  ay  veu  une  bande  de  quatre  cens. 

ÎSSous  avançons  toûjours  , mais  comme  nous 
ne  f ça  von  s où  nous  allons  , ayant  fait  déjà 
plus  de  cent  lieués  fans  avoir  rien  découvert 
que  des  belles  & des  oyleaux  , nous  nous  te- 
nons bien  fur  nos  gardes  -,  c’eft  pourquoy  nous 
ne  faifons  qu’un  petit  feu  à terre  fur  le  foie 
pour  préparer  noftre  repas  , & apres  fouper 
nous  nous  éloignons  de  terre  le  plus  que  nous 
pouvons  & nous  allons  palier  la  nuit  dans  nos 
Çatjots  , que  nous  tenons  à l’ancre  fur  b ri* 


î4  découverte  dans 

viere  al îèz  loin  des  bords  , ce  qui  n’empefclié 
point  que  quelqu’un  de  nous  ne  foie  toujours 
en  fentinelle  de  peur  de  furprife.  Allant  par  le 
Sud  & Süd-fiir-î’Oüeft,  nous  nous  trouvons  à 
la  hauteur  de  41  degré  & jufqu’à  40  degrez 
quelques  minutes  en  partie  par  le  Sud-Oüeft, 
apres  avoir  avancé  plus  de  foixante  lieues  de- 
puis noftre  entrée  dans  la  riviere  , fans  rien 
découvrir. 

Enfin  le  vingt-cinq  Juin  nous  apperçûrnes 
fur  le  bord  de  l’eau  des  pilles  d’hommes , & 
ün  petit  fentier  allez  battu  qui  entroit  dans 
Une  belle  prairie , nous  nous  arreftâmes  ; Ôt 
jugeant  que  c’eftoit  quelque  chemin  qui  con- 
duiloit  à quelque  Village  de  Sauvages  , nous 

inifmes  refolutiôn  de  l’aller  réconnoiftre.  Nous 
aillons  donc  nos  deux  Canots  fous  la  garde 
de  nos  gens  , leur  recommandant  bien  de  ne  le 
pas  laillèr  furprëhdre  ; aptes  quoy  Mon  fi  eut 
Joliet  & moy  entreptifines  cette  découverte  4 
allez  hazardeufe  pour  deux  hommes  feuls , qui 
s’expoiènt  à la  dilcretion  d’un  peuple  barbare 
& inconnu.  Nous  luivons  en  filence  ce  petit 
lèntier , & apres  avoir  fait  environ  deux  lieues, 
nous  defcctuvrifines  un  Village  lut  le  bord 
d’une  riviere , & deux  autres  fur  un  cofteau , 
écartez  du  premier  d’une  demie  lieüe:  Ce  fut 
pour  lors  que  nous  nous  recommandafines  à 
Dieu  de  bon  cœur  , & ayant  imploré  fon  fe- 
cours , nous  paflàmes  outre  fans  dire  décôuU 


£ Amérique  Septentrîonaîé . îf 

verts  5 & nous  vinfmes  fi  prés  que  nous  en- 
tendions mefine  parler  les  Sauvages.  Nous 
crûmes  donc  qu’il  eftoit  tenas  de  nous  décou- 
vrir par  un  cry  que  nous  pouffâmes  de  toutes 
nos  forces  , en  nous  arreftant  fans  plus  avan- 
cer.  A ce  cry  les  Sauvages  fortent  prompte- 
ment de  leurs  Cabanes,  &c  nous  ayant  proba* 
blement  reconnu  pour  François  , fur  tout 
voyant  une  rojg^e  noire  , ou  du  moins  n’ayant 
aucun  fujet  d’apprehender  , puilque  nous  n é- 
tions  que  deux  hommes  & que  nous  les  avions 
avertis  de  noftre  arrivée  -,  ils  députent  quatre 
Vieillards  pour  nous  venir  parler  , dont  deux 
portoient  des  pipes  à prendre  du  tabac,  bien 
ornées  & bien  empanachées  de  divers  pluma- 
ges ; ils  marchoient  à petit  pas , & élevans  leurs 
pipes  vers  le  Soleil  , ils  fèmbloient  luy  prefen- 
ter  à fumer  , fans  neanmoins  dire  aucun  mot* 
Ils  furent  allez  long-tems  à faire  le  peu  de 
chemin  depuis  leur  V iilage  jufqu’à  nous  : En- 
fin nous  ayant  abordé  , ils  s’arrefterent  pour 
nous  confiderer  avec  attention  : je  me  rafleu- 
ray  voyant  ces  ceremonies  , qui  ne  fe  font  par- 
my  eux  que  pour  les  amis , ôc  bien  plus  quand 
je  les  vis  couverts  d’étoffe  , jugeant  par  là 
qu’ils  eftoient  de  nos  Alliez.  Je  leur  parlay 
donc  le  premier.  Je  leur  demanday  qui  ils  é- 
îoient  : Ils  me  répondirent  qu’ils  eftoient  îli* 
nois , & pour  marque  de  paix  ils  nous  prefen- 
soient  leurs  pipes  pour  périmer*  Enfuite  ils 


lé  Decouverte  dan$ 

Sious  invitèrent  d'entrer  dans  leur  Village,  ou 
tout  le  peuple  nous  attendoit  avec  impatien- 
ce. Ces  pipes  à prendre  du  tabac  s'appellent 
en  ce  pays  des  Calumets.  Ce  mot-Cy  eft  mis 
tellement  en  ufàge , que  pour  eftre  entendu  je 
feray  obligé  de  m'en  fervir  9 ayant  à en  par- 
ler plufieurs  fois. 

A la  porte  de  la  Cabanne  où  nous  devions 
eftre  receu  eftoit  un  Vieillard ^pqui  nous  atten- 
doit dans  une  pofture  allez  furprenante  , qui 
eft  la  ceremonie  qu'ils  gardent  lorsqu'ils  reçoi- 
vent des  Etrangers.  Cet  homme  eftoit  debout 
& tout  nud , tenant  fes  mains  étendues  8c  éle- 
vées vers  le  Soleil  , comme  s'il  eût  voulu  le 
défendre  contre  fes  rayons  , lefquds  nèan^ 
moins  palFoient  fur  fon  vilage  entre  fes  doigts  t 
Quand  nous  fûmes  proche  de  luy,  il  nous  fit 
ce  compliment  ; Que  le  Soleil  eft  beau,  Fran- 
çois, quand  tu  nous  viens  vif  ter  : tout  noftre 
Bourg  t'attend , tu  entreras  en  paix  dans  tou- 
tes nos  Cabanes.  Il  nous  introduifit  dans  là 
fienne  , où  il  y avoit  une  foule  de  monde 
qui  nous  dévorait  des  yeux  , 8c  qui  cependant 
gardoit  un  profond  filence.  On  entendoit  feu- 
lement ces  paroles  , qu'on  nous  adreftoit  de 
tems  en  teins  8c  d'une  voix  balle  , Que  voila 
qui  eft  bien,  mes  Freres,  que  vous  nous  vifi- 
te  z. 

Apres  que  nouseufmes  pris  places , on  nous 
fit  la  civilité  ordinaire  > qui  eft  de  nous  pre- 

fenter 


/’ Amérique  Septentrionale.  t'y 

îênter  des  Calumets.  Il  ne  faut  pas  les  refuler, 
fi  on  ne  veut  palfer  pour  ennemy , ou  du  moins 
pour  incivil  ; pourveu  qu’on  faiîè  femblant  de 
fumer  Ç’eft  allez.  Pendant  qiie  tous  les  An- 
ciens petunoient  apres  nous  pour  nous  hono- 
rer , on  vint  nous  inviter  de  la  part  du  grand 
Capitaine  de  toits  les  Ilinois  , de  nous  tranfi. 
porter  en  la  Bourgade  , où  il  vouloir  tenir 
Confeil  avec  nous.  Nous  y allafines  en  bonne 
compagnie  : car  tous  ces  peuples  qui  n’avoienc 
Jamais  veu  de  François  chez  eux  ne  fe  laf- 
foient  point  de  nous  regarder , ils  fe  couchaient 
fur  l’herbe  le  long  des  chemins  , ils  nous  de- 
vançoient , puis  ils  retournoient  fur  leurs  pas 
pour  nous  revoir  t tout  cela  fe  faifoit  fans 
bruit  & avec  les  marques  d’un  grand  re/peék 
qu’ils  avoient  pour  nous» 

Eftant  arrivez  au  Bourg  du  grand  Capitaine* 
nous  le  vifines  a 1 entrée  de  là  Cabane  au  mi- 
lieu de  deux  Vieillards  , tous  trois  debout  ÔC 
nuds  , tenans  le  Calumet  tourné  vers  le  Soleil, 
il  nous  harangua  en  peu  de  mots  nous  félici- 
tant de  noftre  arrivée  ; il  nous  prefenta  enfui- 
te  Ion  Calumet,  & nous  fi  ft  fumer  en  me  fine 
teins  que  nous  entrions  dans  fit  Cabane  , où 
nous  receufines  tontes  les  carefiès  ordinaires. 

. Voyant  tout  le  monde  afièmb.lé  & dans  le 
filcnce  , je  leur  parlay  par  quatre  prcièns  qüè 
je  leur  fis  : Par  le  premier  je  leur  difois , Que 
tous  marchions  en  paix  pour  vifitex  les  Na- 

B 


ig  Découverte  dans 

lions  qui  eftoient  fur  la  riviere  jufqu’à!  la  mer  ï 
Par  le  fécond , je  leur  declaray  que,  Dieu  qui 
les  a créez  avoir  pitié  d'eux } puis  qu  apres  tant 
de  tems  qu’ils  l'ont  ignoré  il  vouloit  fe  faire 
connoittre  à eux  j que  j’eftois  envoyé  de  fa 
part  à ce  delTein,  que  c’eftoit  à eux  de  le  re- 
connoiftre  & de  luy  obéir  : Parle  troifiéme  , 
Que  le  grand  Capitaine  des  François  leur  fai- 
foit  fçavoir  ,que  c’eftoit  luy  qui  mettoit  la  paix 
par  tout , & qui  avoir  dompté  les  Iroquois; 
Enfin  , par  la  quatrième  nous  les  prions  de 
nous  donner  toutes  les  connoiflances  qu’ils  au- 
roient  de  la  mer , Sc  des  Nations  par  le  {quel* 
les  nous  devions  palier  pour  y arriver  : Enfui- 
te  dequoy  le  Capitaine  mit  le  petit  Efclave 
prés  de  nous  & nous  fit  un  prefent , qui  eftoit 
un  Calumet  tout  myfterieux , dont  ils  font  plus 
d’eftat  que  d’un  Efclave.  Il  nous  témoignoit 
par  ce  prefent  l’eftime  qu  il  faifoit  de  Monfieur 
noftre  Gouverneur  fur  le  récit  que  nous  luy 
en  avions  fait  ; Et  par  le  troifiéme, il  nous  pria 
de  la  part  de  toute  fa  Nation  de  ne  pas  pal- 
fer  outre  , à caufe  des  grands  dangers  où  nous 
nous  expo  fions.  Je  répons  , que  je  ne  craignois 
pas  la  mort',  & que  je  n’eftimois  point  de  plus 
grand  bonheur  que  de  perdre  la  vie  pour  la 
gloire  de  Dieu.  C’eft  ce  que  ces  pauvres  peu- 
ples ne  peuvent  comprendre. 

Le  Confeil  fut  fuivi  d un  grand  feftin  , qui 
confiftoit  en  quatre  mets , qu’il  faloit  prendre 


Septentrionale.  19 
met  tomes  leurs  façons/ Le  premier  fuc  un 
grand  plat  de  bois  plein  de  Sagamité  5 ceft  à 
dire  *de  cette  farine  de  bled  dinde  3 qu’on  fût 
bouillir  avec  de  beau  qu’on  ailàifonne  de  graif 
fc  : Le  Maiftre  des  Ceremonies  tenant  une 
cuilliere  pleine  de  Sagamité  me  la  prefénta  à 
la  bouche  par  trois  ou  quatre  fois  ? ü finie 
mefme  à Monfieur  Joliet.  Enfuiteil  fit  paroi 
tre  un  fécond  plat  où  il  y avoit  trois  poifions* 
il  en  prit  quelques  morceaux  pour  en  o fier  les 
arreftes  3 êc  ayant  foufflé  deiîus  pour  les  ra- 
fraîchir , il  nous  les  mit  à la  bouche  comme 
l’on  donne  la  bequée  à un  oifean*  On  apporte 
pour  troifiéme  fervice  un  grand  Chien  qu’on 
venoit  de  trier  5 niais  ayant  appris  que  nous 
îi’en,  mangions  point  3 on  le  retira  de  devanr 
nous  j Et  le  quatrième  fut  une^piece  de  bœuf 
Fauvage  dont  on  nous  mit  à la  bouche  les  mot» 
ceaux  les  plus  gras. 

Apres  ce  feftin  3 il  fallut  aller  vifiter  tout 
le  Village  5 qui  eft  bien  de  trois  cens  Cabanes. 
Pendant  que  nous  marchions  par  les  rues  , un 
Orateur  haranguoit  Continuellement  3 pour 
obliger  tôut  le  monde  à nous  voir  fins  nous 
eftre  importuns  : on  nous  prefentoit  par  tout 
des  ceintures  3 des  jarretières  & autres  ouvra- 
ges faits  de  poil  d’Ours^ou  de  Bœufs  Etuvages  t 
Ce  font  là  toutes  les  tarerez  qu’ils  ont.  Nous 
conchafines  dans  la  Cabane  du  Capitaine  5 &Ie 
lendemain  nous  prifines  congé  de  îuy , promet- 

B'  ij 


Dkouvèrtt  dans 

tant  de  repaflèr  par  fon  Bourg  dans  quatre  Lu^ 
nés  : il  nous  conduifit  jufques  dans  nos  Ca- 
nots , avec  prés  de  fix  cens  peiTonnes  qui  nous 
virent  embarquer  , nous  donnant  toutes  les 
marques  qu  ils  pouvoient  de  la  joye  que  nôtre 
vifite  leur  avoit  caufée. 

Avant  de  quitter  le  pays  des  Ilinois  , il  eft 
bon  que  je  rapporte  icy  ce  que  j ay  reconnu 
de  leurs  coutumes  & de  leurs  façons  défaire* 

Qui  dit  Ilinois  , c eft  comme  qui  diroit  en 
leur  langage  5 les  hommes  • comme  fi  les  autres 
Sauvages  auprès  d’eux  ne  paiïbient  que  pour 
des  belles  : auffi  faut-il  avoiier  qu  ils  ont  un 
air  d humanité  que  nous  n avons  pas  remar- 
qué dans  les  autres  Nations  que  nous  avons 
veues  fur  noftre  route  ; le  peu  de  lejour  qiie 
j’ay  fait  parmy  eux  ne  m’a  pas  permis  de  pren- 
dre toutes  les  connoiflances  que  j’aurois  fou- 
haitté  de  toutes  leurs  façons  de  faire.  Voicy 
ce  que  j’en  ay  remarqué.  Ils  font  divilèz  ers 
plufieurs  Bourgades  , & quelques-unes  affez 
éloignées  de  celles  dont  nous  parlons  , qui 
s’appellent  Peroüarca,  ; c’eft  ce  qui  met  de  la 
différence  dans  leur  langue  , laquelle  tient  de 
l’Algonquin  , de  forte  que  nous  nous  enten- 
dions bien  les  uns  les  autres  : Leur  naturel  eft 
doux  & traitable  , ils  ont  plufieurs  femmes, 
dont  ils  font  très  jnloux  , ils  les  veillent  avec  un 
orand foin,  ils  leurs  coupent  mefmes  le  nez  ou 
fes  oreilles  quand  elles  ne  font  pas  fages  ; j'eq, 


t Amérique  Septentrionale.  il 

3iy  veu  plufieurs  qui  poitoient  les  marques  de 
leur  infidélité.  Ils  ont  le  corps  bien  fait , ils 
font  leftes  & adroits  à tirer  de  Tare  ; ils  fe 
fervent  auffi  dé  füzils  Y qu’ils  achètent  des  Sau- 
vages nos  alliez  qui  ont  commerce  avec  nos 
François  ; ils  en  ufent  premièrement  pour 
donner  de  répouvante  par  le  bruir  & la  fumée 
à leurs  ennemis  qui  n en  ont  point  l’ufage  8c 
n’en  ont  jamais  veu  , pour  eftre  trop  éloignez 
. vers  le  Couchant,  ils  font  belliqueux  8c  fe  ren- 
dent redoutables  aux  peuples  éloignez  du  Sud 
& de  rOiieft  5 où  ils  vont  faire  desEfclaves^ 
ctefquels  ils  fè  fervent  pour  trafiquer , les  ven- 
dant chèrement  à d'autres  Nations  pour  d’au- 
tres marchandifes.  Ces  Sauvages  fi  éloignez 
chez  qui  ils  vont  en  guerre  n’ont  aucune  con-, 
noifîance  des  Europeans  * ils  né  fçavent  ce 
que  c’eft  ny  de  fer,  ny  de  cuivre  , & nont 
que  des  couteaux  de  pierre, 

Quand  les  llinpis  partent  pour  aller  en 
guerre , il  faut  que  tout  le  Bourg  en  foie  averti 
par  un  grand  cry  qu’ils  font  à la  porte  de  leurs 
Cabanes  le  loir  & le  matin  avant  que  de  par-. 
î]r  5 les  Capitaines  le  diftinguent  des  Soîdrts 
par  des  écharpes  rouges  qu’ils  portent  , elles 
font  faites  de  crin  d’Ôurs , ou  de  poil  de  Bœufs 
fauvages,  avec  allez  d’induftrie  , donc  il  y a 
grande  quantité  à quelques  journées  du  Bourg* 
îls  vivent  de  chafîe  . quLeft  abondante  en  ce 
pays  ^ & de  bled  d inde  5 dont  ils  font  toù- 


%t  Decouverte  dans 

Jours  une  bonne  récolté  ; auffi  n'ont-ils  jamais 
fouffèrt  de  famine  : ils  fement  auffi  des  fèves 
Sc  des  melons  qui  font  exceilens  , fur  tout 
ceux  qui  ont  là  graine  rouge  ; leurs  citrouilles 
ne  font  pas  des  meilleures  , ils  les  font  fecher 
au  Soleil  pour  les  manger  pendant  l'Hyyer  8c 
le  Printemps  ; les  Cabanes  font  fort  grandes , 
elles  font  couvertes  & pavées  de  nattes  faites 
de  joncs  ; ils  trouvent  toute  leurs  vaiflelles 
dans  le  bois  3 8c  leurs  cuillieres:  dans  le  tell 
des  Bœufs  ? dont  ils  fç  a vent  fi  bien  accommo- 
der le  crâne  , qu’ils  s’cn fervent  aifément  pour 
manger  lent  fagamité.  Ils  font  liberaux  dans 
leurs  maladies  , 8c  çroyent  que  les  medicamens 
qu'on  leur  donne  coperent  à proportion  des 
prefens  qu'ils  font  à leurs  Médecins,  Ils  n'ont 
que  des  peaux  pour  habits  : les  femmes  font 
veftpés  fort  modeftement  & dans  une  grande 
bien-féance,  au  lieu  que  les  hommes  ne  fe  met- 
tent pas  en  peine  de  fe  ïkn  Couvrir.  Jenefçay 
par  quelle  fuperftition  quelques  llinois  , auffi 
bien  que  quelques  Nadoüeffis,  citant  encore 
jeunes -prennent  Phabit  de  femme  qu  ils  gar- 
dent toute  leur  vie  : il  y a du  myftere  , ca^ 
ils  ne  fe  marient  jamais  3 8c  font  gloire  de  s.a- 
baiiîit  à faire  tout  ce  que  font  les  femmes  -, 
ils  vont  pourtant  en  guerre  mais  ils  ne  peu- 
vent fe  fèrvir  que  de  la  maifiie  8c  non  pas  de 
Parc  de  la  flèche,  qui  font  les  armes  pro- 
pres pouf  les  hommes  y ils  affilient  à toutes  les 


t 


tdfrnerîqtte  Septentrionale.  25 
Jongleries  & à coures  les  Dances  foîennelles  qui 
fe  [ont  en  l'honneur  du  Calumet  , ils  y chantent, 
mais  ils  n’y  peuvent  pas  dancer  \ ils  font  ap- 
peliez au  Confeil , où  Ton  11e  peut  rien  deci^ 
der  fans  leurs  avis  v enfin  la  ptofeffion  qu’ils 
font  d’une  vie  extraordinaire  les  fait  palier 
pour  des  Manitous  , c’eil  à dire  de  grands  ge^ 
nies,  ou  perfonnes  de  confequence. 

Il  ne  relie  plus  qu  a parler  du  Calumet* 
Il  n’elt  rien  parmy  eux  ni  de  plus  myfterieux 
ni  de  plus  recommandable , on  ne  rend  pas 
tant  d’honneur  aux  fceptres  des  R ois  qu  ils  luy 
en  rendent,  il  femble  ellre  le  Dieu  delà  paix 
& de  la  guerre  , l’arbitre  de  la  vie  Sc  de  la  mortj 
c’eft  allez  de  le  porter  fur  foy  & de  le  faire 
voir  pour  marcher  en  affeuranceau  milieu  des 
ennemis  , qui  dans  le  fort  du  combat  mettent 
bas  les  armes  quand  ils  les  montrent  2 c’eft 
pour  cela  que  les  Ilinois  m’cn  donnèrent  un 
pour  me  lervir  de  fàuvegarde  auprès  des  Na-* 
lions  par  lefqueîles  je  devois  palier  dans  mon 
voyage.  Il  y a un  Calumet  pour  la  paix  & un 
pour  la  guerre  ; ils  s’en  fervent  encore  pont 
terminer  leurs  diffetens  3c  pour  affermir  leurs 
alliances,  ou  pour  parler  aux  Etrangers, 

Il  eft  compofé  d’une  pierre  rouge  polie  com« 
me  du  marbre  , 3c  percée  d’une  telle  façon 
qu’un  bout  fert  à recevoir  le  tabac,  3c  l’autre 
s^enclave  dans  le  manche , qui  eft  un  ballon  de 
deux  pieds  dç  long  , gros  comme  une  canne 
'*  ' B ni'i 


%4  Decouverte  dans 

ordinaire  8c  percé  par  le  milieu  ; il  eft  embeî- 
ly  de  la  telle  8c  du  col  de  divers  oileaux,dont 
le  plumage  eft  tres-beau  ; ils  y ajoutent  auftï 
de  grandes  plumes  ronges,  vertes,  8c  d'autres 
couleurs- , dont  il  eft  tout  empanaché  y ils  en 
font  eftat  particulièrement , parce  qtfils  le  re- 
gardent comme  le  Calumet  du  Soleil  ; 8c  de 
fait , ils  le  luy  prefcntent  pour  fumer  quand  iis 
veulent  obtenir  du  calme  , on  de  la  pkiye,  ou 
du  beau  temps.  Ils  font  fcrqpule  defe  baigner 
au  commencement  de  l'Efté  , ou  de  manger  des 
fruits  nouveaux  qu apres  lavoir  danfé.  En 
voicy  la  façon. 

La  dance  du  Calumet , qui  eft  fort  célébré 
parmy  ces  peuples  5 ne  fe  fait  que  pour  des 
fhjets  confiderables  ^ quelquefois  c'eft  pour  af- 
fermir la  paix , ou  fè  réünir  pour  quelque  gran- 
de guerre ) c'eft  d autres  fois  pour  une  réjouïL 
fanee_  publique  s tantoft  on  en  fait  honneur  à 
une  Nation  qu'on  invite  d y aftïfter  , tantoft 
ils  sen  fervent  à la  réception  de  quelque  per- 
fonne  confiderable , comme  s'ils  youloient  luy 
donner  le  divertilfement  du  Bal  ou  de  la  Co- 
médie y l'Hyver  la  ceremonie  fc  fait  dans  une 
Cabane,  l'Efté  c'eft  en  raze  campagne.  La  place 
étant  choifie, on  l'environne  tout  à l'entour  d'ar- 
bres pour  métré  tout  le  monde  à l'ombre  de  leurs 
feüillages , pour  le  défendre  des  chaleurs  du  So- 
leil ; on  étend  une  grande  natte  de  joncs  peinte 
de  diverfes  couleurs  au  milieu  de  la  place  y elk 


îl Amérique  Septentrionale.  tf 

fett  comme  de  tapis  pour  mettre  deffus  aveô 
honneur  le  Dieu  de  celuy  qui  fait  la  Danfe  j 
car  chacun  a le  fien  , qu'ils  appellent  leur  Ma- 
siitou  j c'elt  un  ferpent , ou  un  oyfeau ou  une 
pierre  , ou  choie  femblable  , qu'ils  ont  relvé 
ên  dormant , & en  qui  ils  mettent  toute  leur 
confiince  pour  le  fuccez  de  leur  guerre  5 de 
leur  perche  & de  leur  chaffé-  prés  de  ce  Ma- 
nitou ,&  à la  droite  , on  met  le  Calumet  en 
l'honneur  de  qui  fe  fait  la  fefte  , 8c  tout  à 
l'entour  on  fait  comme  un  trophée,  & on  étend 
les  armes  dont  fe  fervent  les  guerriers  de  ces 
Nations  , fçavoir  la  malfue  , la  hache  d arme , 
Tare , le  carquois  & les  flèches. 

Les  choies  eftant  ainfi  difpofées  & l’heure 
de  la  Dance  approchant , ceux  qui  font  nom- 
mez pour  chanter  prennent  la  place  la  plus 
honorable  fous  les  feüillages  ; ce  (ont  les  hom- 
mes & les  femmes  qui  ont  les  plus  belles  voix# 
& qui  s’accordent  parfaitement  bien  enlem- 
ble;  tout  le  monde  vient  enfuite  le  placer  en 
rond  fous  les  branches  3 mais  chacun  en  arri- 
vant doit  làluër  le  Manitou  , ce  qu'il  fût  en 
petunant  Sc  jettant  de  fi  bouche  la  fumée  fur 
luy, comme  s'il  luy  prelèntoitde l'encens- chacun 
va  d’abord  avec  refpeéf  prendre  le  Calumet , Sc 
le  foutenant  des  deux  mains , il  le  fait  dancer 
en  cadence  , s’accordant  bien  avec  Pair  des 
chaulons  $ il  luy  fait  faire  des  figures  bie  hf- 
ferentes  ? tantoft  il  le  fait  voir  à toute  1 ~ i-, 


lê  Decouverte  dan i 

blée  Üe  tournant  de  coïté  & d’autre  ; aprei 
cela , c luy  qui  doit  commencer  la  Dance  pa- 
roift  au  milieu  de  l’aflemblée  , & va  d’a*. 
bord  , & tantoft  il  le  prefente  au  Soleil  9 
comme  s’il  le  votiloit  faire  fumer  5 tantoft 
il  l'incline  vers  la  terre  , d’autresfois  il  luy 
étend  les  aides  comme  pour  voler  , d’autres 
fois  il  l’approche  de  la  bouche  des  affiftans  y 
afin  qu’ils  fument,  le  tout  en  cadence  ; Sc  c’efë 
comme  la  première  Scene  du  Balet, 

La  fécondé  confiée  en  un  O ombat  qui  fe 
fait  au  fon  d’une  efpece  de  tambour , qui  lue-* 
cede  aux  chaulons  , ou  mefne  qui  s’y  joi- 
gnant , s’accordant  fort  bien  enfemble  : le 
Danseur  fait  ligne  à quelque  guerrier  devenir 
prendre  les  armes  qui  font  fur  la  natte  , Se 
l’invite  à fe  battre  au  fon  des  tambours;  ce-* 
luy  - cy  $,’a£proche  , prend  l’arc  Sc  la  flèche  5 
avec  la  hache  d’armes  , & commence  le  duel 
contre  l’autre  , qui  n a point  d’autre  défenlè 
que  le  Calumet.  Ce  fpeètacle  eft  fort  agréa- 
ble , fur  tout  le  faifant  toujours  en  cadence  ; 
car  l’un  attaque,  l’autre  fe  deffènd  ; l’un  por- 
te des  coups  , l’autre  les  pare  ; l’un  fuit , l’au- 
tre !e  poiirlliit , Sc  puis  celuy  qui  fuvoit  tourne 
vilage  Sc  fait  fuir  fan  ennemy  ; ce  qui  fe  pafle 
lî  bien  p r mefure  Sc  à pas  comptez  Sc  au 
fon  réglé  d^s  voix  Sc  des  tambours  , que  cela 
pourroit  palier  pour  une  allez  belle  entrée  de 
Ballet  enFrance,  La  troifléme  Scene  confifte 


V Amérique  Septentrionale . 27 

ën  un  grand  Difcours  que  fait  celuy  qui  tient 
le  Calumet  , car  le  Combat  eftant  fini  fans 
lang  répandu  , il  raconte  les  batailles  où  i\ 
s’eft  trouvé,  les  viétoires  qu’il  a remportées  ; 
il  nomme  les  Nations , les  lieux  &:  les  Captifs 
qu'il  a faits  ; & pour  recompenfe  celuy  qui 
préfide  à la  Dance  luy  fait  prefent  dîme  belle 
robe  de  Caftor , ou  de  quelqu’autre  chofe  , 8c 
l’ayant  receu  il  ya  prefenter  le  Calumet  à un 
autre , celui-ci  à un  troifiéme , & ainfi  de  tous 
les  autres  , jufques  à ce  que  tous  ayant  fait 
leur  devoir  , le  Prefident  fait  prefent  du  Ca- 
lumet mefme  à la  Nation  qui  a efté  invitée  à 
çette  Ceremonie , pour  marque  de  la  paix  éter- 
nelle qui  fera  entre  les  deux  peuples. 

Voicy  quelqu’une  des  Chanfons  qu’ils  ont 
coûtume  de  chanter  , ils  leur  donnent  un  cer- 
tain tour  qu’on  ne  peut  allez  exprimer  par  la 
J^otte , qui  neanmoins  en  fait  toute  la  graçe. 


jttfinabani  ,nîrtahanî  ,ninaham  nanl  onge» 

Nous  prenons  congé  de  nos  Ilinois  fiir  la  fin 
de  Juin  , vers  les  trois  heures  apres  midy  , 
nous  nous  embarquons  à la  veuc  dé  tous  ces 
peuples  , qui  admiioient  nos  petits  Canots,, 


*£  Découverte  dans 

naen  ayans  jamais  veii  de  ièmblablês. 

Nous  dépendons  fuivant  le  courant  de  la 
riviere  appellée  Pekitanoni  , qui  fe  décharge 
dans  Mifliffipy  venant  du  Nord-Oüeft  , de 
laquelle  jay  quelque  chofe  de  confiderable  à 
dire  , apres  que  j'auray  raconté  ce  que  j’ay 
Remarqué  fur  cette  rivierè. 

Paflànt  proche  des  rochers  allez  hauts  , j’ y 
apperceus  un  Simple  qui  nra  paru  fort  ex=> 
traordinaire  ; fa  racine  eft  femblable  à de  pe- 
tits naveaux  attachez  les  uns  aux  autres  par 
de  petits  filets  qui  ont  le  goût  de  carottes  , de 
cette  racine  fort  une  feüille  large  comme  la 
main  , épaiffè  d'un  doigt , avec  des  taches  ; au 
milieu  de  cette  feuille  naiflent  dsautres  feüil- 
Jes  toutes  femblables  aux  placques  qui  fervent 
de  flambeaux  dans  nos  fales , &:  chaque  feüille 
porte  cinq  ou  fix  fleurs  jaunes  en  forme  de 
clochettes. 

Nous  trouvâmes  quantité  de  meures  auflï 
grofles  que  celles  de  France  , & un  petit  fruit 
que  nous  prifines  d'abord  pour  des  olives*  mais 
il  avoir  le  goût  d’orange  ; & un  autre  fruit 
gros  comme  un  œuf  de  poule  5 nous  le  fen- 
difmçs  en  deux  , 8ç  il  y parut  deux  feparations  s 
dans  chacune  defquelles  il  y a huit  ou  dix  fruits 
enchafiez  , ils  ont  la  figure  d'amande  & Ibnt 
fort  bons  quand  ils  font  meurs  , l'arbre  nean-\ 
moins  qui  les  porte  a tres-mauvaife  odeur  , Sc 
là  feüille  reflèmble  à celle  du  noyer.  Il 


A • ' 

V Amérique  Septentrionale.  i<-} 

trouve  auffi  dans  les  prairies  un  fruit  fembla- 
bie  à des  noifettes  5 mais  plus  tendres  , les 
feüi  les  font  fort  grandes  &t  viennent  d'une  ti~ 

te , au  bout  de  laquelle  eft  une  telle  fembla- 
le  à celle  d’un  tourne  fol  > dans  laquelle  tou- 
tes ces  noifettes  font  proprement  arrangées  : 
elles  font  fort  bonnes  cuittes  de  crues. 

Comme  nous  eoltoyons  des  rochers  affreux 
pour  leur  hauteur  de  pour  leur  largeur  , nous 
vifmes  fur  un  de  ces  rochers  deux  Monftres  en 
peinture  , qui  nous  firent  peur  d’abord,  de  fur 
lefquels  les  Sauvages  les  plus  hardis  n’ofent  ar~ 
refter  long-temps  les  yeux,  ils  font  gros  com- 
me un  Veau  , ils  ont  des  cornes  à la  telle 
comme  un  Chevreiiil  * un  regard  affreux  ^ des 
yeux  rouges , une  barbe  de  Tygre  5 la  face  a 
quelque  chofe  de  l'homme  , le  corps  couvert 
d’écaille  , la  queue  fi  longue  qu’elle  fait  tout 
le  tour  du  corps , paifant  par-delfus  la  telle , de 
retournant  entre  les  jambes  elle  fe  termine  en 
queue  de  poilîon  y le  verd,  le  rouge  de  le  noir 
font  les  teintes  ou  les  couleurs  qui  le  compofent: 
Au  relie  ces  deux  Monllres  font  fi  bien  peints, 
que  nous  ne  pouvons  pas  croire  qu’aucun  Sau- 
vage en  foit  fauteur  3 puifque  les  bons  Pein- 
tres en  France  auroient  peine  à fi  bien  faire, 
de  d’ailleurs  ils  font  fi  haut  élevez  fur  le  ro- 
cher , qu’il  eft  difficile  d’y  atteindre  commo- 
dément pour  des  Peintres, 

Comme  nous  nous  entretenions  fur  cet 


3 o Ibè couverte  datif 

Monftres , voguans  paifiblement  dans  une  bet 
le  eau  claire  8c  dormante  , nous  entendifmes 
îe  bruit  d’un  rapide  dans  lequel  nous  allions 
tomber  : je  n’ay  rien  veu  de  plus  affreux  • un 
embarras  de  gros  arbres  entiers  , de  branches , 
d’Iletes  flottantes  5 fortoient  de  l’emboucheure 
de  lariviere  de  PeKitanoni  avec  tantd’impetuo- 
iité  * qu’on  ne  pouvoit  s expofer  à palier  au 
travers  fans  grand  danger  ; l’agitation  en  eftoit 
telle  , que  leau  eneftôit  toute  boüeufe  & ne 
pouvoit  s’épurer*  Pekitanoni  eft  une  rivière 
confiderablé  , qui  venant  aiïèz  loin  du  cofté 
du  Nord-Oiieft  fe  décharge  dans  Miffiflipy-, 
plufîeurs  Bourgades  de  Sauvages  font  placées 
le  long  de  cette  rivière  : j’efpere  par  fon  moyen 
Faire  la  découverte  de  la  mer  Vermeille  ou 
Golfe  de  Californie* 

Nous  jugeons  bien  par  îe  Rüm  de  vent  que 
tient  le  Milïïffipy , que  fl  elle  continue  dans  la 
mefine  route, qu'elle  a Fa  décharge  dans  le  Gol- 
fe Mexique* Il  feroit  bien  avantageux  de  trou- 
ver la  rivière  qui  va  à la  mer  du  Sud  vers  la 
Californie  ; & c’eft  , comme  j’ay  dit , ce  que 
i’efpere  de  rencontrer  par  la  Peititaiioni,  fuivant 
le  rapport  que  m’en  ont  fait  les  Sauvages  , 
defquels  j’ay  appris  qu’en  remontant  cette  ri- 
vière pendant  cinq  ou  fix  journées , on  trou- 
ve une  belle  prairie  de  vingt  ou  trente  lieues 
de  long  , il  faut  la  traverfer  allant  au  Nord- 
Oüeft  j elle  fe  termine  à une  petite  riviere  fur 


I ' Amérique  S eptentrionale.  3 1 

laquelle  on  peut  s’embarquer  , mettant  pas  dif- 
ficile de  tranfporter  les  Canots  par  un  auffi 
beau  pais  que  cette  prairie. Cecte  fécondé  riviere 
a fon  cours  vers  le  ôur-Oüeft  pendant  dix  ou 
quinze  lieues  , apres  quoy  elle  entr  dans  un 
petit  Lac  5 qui  eft  la  fource  d’une  autre  nvierè 
profonde  5 laquelle  va  au  couchant , où  elle  le 
jette  dans  la  mer.  Je  ne  doute  point  que  ce  ne 
doit  la  mer  Vermeille  , 5c  je  ne  defèfperepas 
d’en  faire  un  jour  la  découverte  , ii  Dieu  m’en 
fait  la  grâce  5c  me  donne  la  iànté  , afin  de 
pouvoir  publier  l’Evangile  à tous  les  peuples 
de  ce  nouveau  monde , qui  ont  croupy  fi  long- 
temps dàns  les  tenebres  de  l'Infidélité*  Repre- 
nons noftre  route  3 apres  nous  eftre  échapez 
comme  nous  pûmes  du  danger  d’eftre  emportez 
par  ce  rapide  ou  torrent* 

Apres  avoir  fait  environ  vingt  lieuë's  au  Sud* 
& un  peu  moins  au  SuJ-£ft,nous  nous  trouvons 
à une  riviere  apellée  Onaboufidgou,  dont  l’em- 
boucheure  eft  au  36  degré  de  latitude. Avant  que 
d’y  arriver  nous  paftons  par  un  lieu  redouta- 
ble aux  Muvages  3 parce  qu’ils  ettiment  qu’il 
y a un  Manitou  , c’eft  à dire  un  Démon  ? qui 
dévoré  les  paflans  ; 5c  c’eft  dequoy  nous  me- 
naçoient  les  Sauvages  qui  nous  vouloient  dé- 
tourner de  noftre  entreprife.  Voicy  ce  Démon: 
C’eft  une  petite  ance  de  rochers3haute  de  vingt 
pieds  , où  lè  décharge  tout  le  courant  de  la 
$iviere  * lequel  eftant  repouftë  contre  celui  qui 


3*  î)é couver te  dam 

le  fuit  5 Sc  an  elfe  par  une  Ifle  qui  elf  proche^ 

1 eau  elf  contrainte  de  paflèr  par  un  petit  canal* 
ce  qui  ne  le  fait  pas  fans  un  furieux  combat  de 
toutes  ces  eauës  qui  rebroüflènt  les  unes  fut 
les  autres  , & fans  tin  grand  tintamarre  , qui 
donne  la  terreur  aux  Sauvages  qui  craignent 
tout  , mais  cela  n’empefche  pas  de  palier 
arriver  a Ouaboulkigou. Cette  riviere  vieht  des 
Terres  du  Levant  3 où  font  les  peuples  qifoii 
appelle  Chuoüanons  en  li  grand  nombre,  qif  eii 
lin  quartier  on  compte  j niques  à vingt- trois 
Villages  quinze  en  un  autre  , alTez  prés  les 
uns  des  antres;  Us  ne  font  nullement  guer- 
riers  , ce  font  peuples  que  les  ïroquois  vont 
chercher  pour  leur  faire  la  guerre  fans  aucun 
fujet  -y  ôc  parce  que  ces  pauvres  gens  ne  fça- 
vent  pas  fè  défendre  3 ils  le  lailîent  prendre 
& emmener  comme  des  troupeaux  , Sc  tout 
ïnnocens  qu'ils  font , ils  ne  lailïènt  pas  de  refo 
fèntir  la  barbarie  des  ïroquois  * qui  les  brû- 
lent cruellement; 

Un  peu  au-delîhs  de  cette  riviere  dont  je 
viens  de  parler  font  des  Falailès  5 où  nos  Fran* 
ǰis  ont  apperceu  Une  Mine  de  fer  qu'ils  ju<* 
gent  tres-abondante. 

U y en  a plufieurs  veines  5 & Un  lit  d'un  pied 
de  hauteur  : on  en  voit  de  grands  morceaux 
liés  avec  des  cailloux;  Il  s’y  trouve  d’une  ter- 
re gtalîè  de  trois  fortes  de  couleurs  , de  pour- 
prée , violette,  & rouge,  l'eau  dans  laquelle  ëi\  j 

te 


P Amérique  Septentrionale.  33 
îaVe  prend  la  couleur  de  fang.  Il  y a auffi  d’un 
fable  rouge  fort  pefant  3 j’en  mis  fur  un  aviron 
qui  en  prit  la  couleur  ii  fortement  que  l’eau 
he  la  pût  effacer  pendant  quinze  jours  que  je 
m’en  fervois  pour  nager. 

C’eft  iey  où  nous  commençons  à voir  des 
cannes  3 ou  gros  rofeaux  3 qui  font  fur  le  bord 
de  la  riviere  \ elles  ont  un  verd  fort  agréable  > 
tous  les  nœuds  font  couronnez  de  feuilles  lon- 
gues 3 étroites  8c  pointues  : elles  font  fort  hau-u 
tes  5 8c  en  ïî  grande  quantité  que  les  Bœufs 
fauvages  ont  peine  à les  forcer. 

Jufques  à prefent  nous  n’avons  point  efté 
incommodez  des  Maringciiins  3 mais  nous  en- 
trons comme  dans  leur  paï’s  ; voici  ce  que  font 
les  Sauvages  de  ces  quartiers  pour  s’en  dé- 
fendre ï Ils  élevenc  un  échafaut  qui  n’eft  que  dé 
perches5&:  par  confequent  peu  fermé  ôc  à jour* 
afin  que  la  fumée  pafîe  au  travers  faifant  du 
feu  défiais  8c  chaiïe  ces  petits  animaux  qui  né 
la  peuvent  jfbufffir  ; on  fe  couche  fur  les  per- 
ches 3 au  - deffiis  defquellef  font  des  écorces 
étendues  contre  la  pluye  , 8c  réchafaut  leur  fert 
contre  les  chaleurs  exceffives  8c  infupportables 
de  ce  pays  5 car  on  s’y  met  à l’ombre  à l’efta- 
ge  d’embas  5 8c  on  s’y  garantit  des  rayons  du 
Soleil  prenant  le  frais  dû  vent  , qui  palfe  li- 
brement au  travers  de  cet  échafaut. 

Dans  le  rnefme  deffein  nous  fufmes  con- 
tins de  faire  fur  l’eau  une  efpe’ce  de  Cabane 

C 


\ 


Decouverte  dans 

avec  nos  voiles  pour  nous  mettre  à couvert  des 
Maringoüins  de  des  rayons  du  Soleil.  Comme 
nous  nous  huilons  aller  en  cet  eftat  au  gré  de 
Teau , nous  apperceufmes  à terre  des  Sauvages 
armez  de  fuzils  , avec  lefquels  ils  nous  atten- 
doient^je  leur  prefentay  d'abord  mon  Calumet 
empanaché,  pendant  que  nos  François  fè  met- 
tent en  deffènfe , & attendoient  à tirer  que  les 
Sauvages  euffènt  fait  la  première  defeharge  $ je 
leur  parlai  en  Huron,mais  ils  ne  répondirent  pas 
un  mot , ce  qui  me  parut  nous  déclarer  la  guer- 
re y ils  avoient  neantmoins  autant  de  peur  que 
nous , de  ce  que  nous  prenions  pour  lignai  de 
guerre  eftoit  une  invitation  qu’ils  faifoient  de 
4iou s approcher  pour  nous  donner  à manger. 
Nous  débarquons  donc  & nous  entrons  dans 
leurs  cabannes  où  ils  nous  prelentent  du  bœuf 
fauvage  & de  Fhuile  d’Ours , avec  des  pru- 
nes blanches , qui  font  excellentes  -,  ils  ont  des 
fuzils,  des  haches  , & deshoiies*  des  coufteaux, 
de  la  ralàde , des  bouteilles  de  verre  double,  ou 
ils  mettent  leur  poudre  -,  Ils  ont  les  cheveux 
longs  de  fe  marquent  à la  façon  des  Iroquois, 
les  femmes  font  veftuës  de  coiffées  comme  des 
Hurones  ; ils  nous  a fleurent  qu’il  n’y  a plus  que 
dix  journées  jufques  à la  mer  , qu'ils  achetoienr 
les  eftoffes  des  Europeansxjuieftoient  du  cofté 
de  l’Eft  ; que  les  Europeans  avoient  des  Images 
& des  Chapelets,  qu’ils  joüoient  des  inftru- 
ments , qu’il  y en  avoir  de  faits  comme  moy  f 


F Amérique  Septentrionale , 35 

8c  qu’ils  en  eftoient  bien  receus  : cependant 
je  ne  vis  perfonne  qui  me  paruft  avoir  receu 
aucune  inftruétion  pour  la  Foy  5 je  leur  en  don- 
nay  ce  que  je  pus  avec  quelques  Médaillés^ 
Ce$  nouvelles  nous  animèrent  8c  nous  firent 
prendre  1 aviron  avec  une  nouvelle  ardeur^ 
Nous  avançons  donc  8c  nous  ne  voyons  plus 
tant  de  prairies  5 parce  que  les  deux  coftez 
de  la  riviere  font  bordez  de  hauts  bois  ; les 
ormes  5 les  cottonniers  8c  les  bois  blancs  y 
font  admirables  pour  leur  grolTeur  & hauteur  ; 
la  quantité  de  bœufs  fauvages  que  nous  en- 
tendions meugler  nous  fit  croire  que  les  prai- 
ries  font  proches  ; nous  voyons  aufïi  des  Cail- 
les for  le  bord  de  l'eau  5 nous  avons  tué  un  pe- 
tit perroquet  qui avoit  la  moitié  delà  telle  roiu 
ge5lautre  moitié  & le  col  jaune3&:  tout  le  corps 
verd.  Nous  eftions  defcendus  proche  de  $$ 
degrez  d élévation  , allant  prefque  toûjours, 
vers  le  Sud  , quand  nous  apperceufines  un  Vil- 
lage for  le  bord  de  Feau  nommé  M itchigameaj 
Nous  eufmes  recours  à noftre  Patronne  8c  à. 
noflre  Conductrice  la  Sainte  Vierge  immaciu 
lée,  & nous  avions  bien  befoin  de  Ton  affi, 
fiance  ; car  nous  entenailmes  de  loin  les  Sau-, 
vages  qui  s'ammoicnt  au  combat  par  leurs  cris 
continuels  ; ils  eftoient  armez  d arcs , de  flè- 
ches , de  malliies  , de  haches  & de  boucliers  s 
ils  fe  mirent  en  eftat  de  nous  attaquer  par  terre 
& par  eau  , une  partie  s’embarquent  dans 

C i| 


3«-  T)  e couverte  dans 

de  grands  canots  de  bois  5 les  uns  pour  mon-? 
ter  la  riviere,  les  autres  pour  la  defeendre, 
afin  de  nous  couper  chemin  & nous  envelop- 
per  de  toutes  parts  - ceux  qui  ëftoiént  à terre 
alioient  Sc  venoient  comme  pour  commencer 
l’attaque  ; en  effet  deux  jeunes  hommes  fe  jetr 
tent  à l'eau  pour  fe  venir  faifir  de  mon  canot  % 
niais  le  courant  de  beau  les  ayant  contraint 
de  reprendre  terre , Fun  d'eux  nous  jetta  fà 
niafluç  qui  pafla  par  dellus  nous  fans  nous 
toucher  ; j avois  beau  leur  montrer  le  Calumet 
leur  faire  figue  on  gefte*  que  nous  ne  ve- 
nions pas  en  guerre  , baüarme  cpntinuoit  tou- 
jours , & bon  fe  preparoit  déjà  à nous  percer 
de  flèches  de  toutes  parts  a quand  Dieu  tou- 
cha foudainement  les  cœurs  des  Vieillards  qui 
eft oient  fur  le  bord  de  beau  , fans  doute  par 
la  veuë  de  noftre  Calumet  qu'ils  mavoient  pas3 
bien  reconnu  de  loin  , mais  comme  je  ne  cef- 
fjis  de  le  faire  paroiftre  ils  en  furent  toucher 
Sc  arrefterent  l'ardeur  de  leur  jeuneflè , Sc  mef- 
me  deux  de  ces  Anciens  ayant  jetté  dans  noftre 
Canot  comme  à nos  pieds  leurs  arcs  Sc  leurs  car?, 
quois  pour  nous  mettre  en  affurance,ils  y entrè- 
rent & nous  firent  approcher  de  terre,  où  nous 
dcbarquafmes , non  pas  fans  crainte  de  noftre 
part.  Il  fallut  au  commencement  parler  par 
geftes,  parce  que  perfonne  n’entendoit  rien  des 
fix  langues  que  je  fçavois.  Il  fe  trouva  enfin 
un  Vieillard  qui  parlpit  un  peu  llinois  ; Nous 


F Amérique  Septentrionale.  37 
leur  fjfmes  paroi  fixe  par  nos  prefens  que  nous 
allions  à la  mer:  Ils  entendirent  bien  ce  qu® 
nous  leur  voulions  dire  , mais  je  ne  fçay  s'ils 
concourent  ce  que  je  leur  difois  de  Dieu  &des 
choies  de  leur  fàlut , c’efl  une  femence  jettée 
en  terre  qui  fructifiera  en  fon  temps.  Nous 
îfeufraes  point  d’autre  réponfe,  finon  que  nous 
apprendrions  tout  çe  que  nous  demandions  en 
un  grand  Village  nommée  Axamfca,qui  n’eftoit 
qu  â huit  ou  dix  lieues  plus  bas  : Ils  nous 
prefènterent  de  la  (agami té  & du  poiftbn  , & 
nous  pa (Dîmes  la  nuit  chez  eux  ayec  aflez  d’in-, 
quiétudes. 

Nous  nous  embarquâmes  le  lendemain  de 
grand  matin  avec  noftre  Interprète,  un  Canot 
dû  eftoient  dix  Sauvages  alloient  un  peu  de- 
vant nous.  Eftans  arrivez  à une  demie  lieue 
4e  Aicamfca  , nous  vifînes  paroiftre  deux  Ca- 
nots qui  venoient  au  devant  de  nous  : celuy 
qui  y commandoit  eftoit  debout  , tenant  en 
main  le  Calumet  , duquel  il  faifoit  plufieurs 
geftes  félon  la  couftiime  du  pays  ; il  vint  nous 
joindre  en  chantant  agréablement  &nous  don- 
na à fumer  , apres  quoy  il  nous  donna  de  la 
lagamité , & du  pain  Fait  de  bled  d’Inde  , dont 
nous  mangeafïnes  un  peu  , enfuite  il  prit  le 
devant , & nous  ayant  fait  figne  de  venir  dou- 
cement apres  luy.  On  nous  avoit  préparé  une 
place  fur  féchaffaut  du  Chef  des  Guerriers  ; 
il  eftoit  fort  propre  & tapilfé  de  belles  natte» 


3 § Découverte  dans 

de  joncs  fur  lefquelles  on  nous  fit  afleoir  l 
ayant  autour  de  nous  les  Anciens  , qui  eftoient 
les  plus  proches  apres  les  Guerriers,  & enfuiie 
tout  le  peuple  en  foule  : Nous  trouvafmes 
la  par  bonheur  un  jeune  homme  qui  enten- 
doit  l’Ilinois  beaucoup  mieux  que  Flnterprete 
que  nous  avions  amené  de  Mitehigamea  ; ce 
fut  par  fon  moyen  qu«  je  parlay  d abord  à 
toute  cette  allèmblée  par  les  prefens  ordinai- 
res: ils  admiroient  ce  . que  je  leur  difois  de 
Dieu  & des  Myfteres  de  noftre  lainte  Foy , ils, 
faifoient  paroiftre  un  grand  defir  de  nous  rete- 
nir  avec  eux  pour  les  pouvoir  inftruire. 

Nous  leur  demandafmes  enfuite  ce  qu’ils 
fçavoientde  la  mer  ; ils  nous  répondirent,  que 
nous  n'en  eftions  qu'à  dix  journées  : que  nous 
aurions  pû  faire  ce  chemin  en  cinq  jours  : 
qu'ils  ne  connoilïbient  pas  les  Nations  qui 
Thabitoient  , à caufe  que  leurs  Ennemis  les 
empefchoient  d'avoir  commerce  avec  ces  Eu- 
ropeans  ; que  les  haches , coufteaux  5 rafades 
que  nous  voyons  leurs  eftoient  vendus  en  par- 
tie par  des  Nations  de  l’Eft , 8c  en  partie  par 
une  Bourgade  d’Ilinois  placée  à rOiieft  , à 
quatre  journées  de  là  ; que  ces  Sauvages  que 
nous  avons  rencontré  qui  avoient^des  fufils , 
eftoient  leurs  ennemis  , lefquels  leur  fermoient 
le  pafiàge  de  la  mer , 8c  les  empefchoient  d’a- 
voir connoiftance  des  Europeans  , 8c  d’avoir 
aveç  eux  aucun  commerce  ; qu’au  refte  mm 


t Amérique  Septentrionale . 3^ 

fiôtis  expofions  beaucoup  de  palier  plus  outrera 
eau  fe  des  courfès  continuelles  que  leurs  enne- 
mis font  fur  la  riviere  , qu’ils  courent  conti- 
nuellement. 

Pendant  cet  entretien  on  nous  apportoit 
continuellement  à manger  dans  de  grands  plats 
de  bois  , tantoft  de  la  fagamité  , tantoft  du 
bled  entier  , tantoft  d’un  morceau  de  chien  : 
toute  la  journée  fe  palla  en  femblables  feftins. 

Ces  peuples  font  allez  officieux  & liberaux 
de  ce  qu’ils  ont  , mais  ils  font  miferables 
pour  le  vivre  , n’ofans  aller  à la  challè  des 
Bœufs  là uvages  à caufè  de  leurs  ennemis.  U 
eft  vray  qu’ils  ont  le  bled  d’Inde  en  abondan- 
ce , qu’ils  fement  en  toute  làifon  ; nous  en 
vifines  en  melme  temps  qui  eftoient  en  matu- 
rité , d autres  qui  ne  failoient  que  poulïer , 
Sc  d autres  qui  eftoient  en  lait;  de  forte  qu’ils 
fement  trois  fois  1 an  : ils  le  font  cuire  dans 
de  grands  pots  de  terre  qui  font  bien  faits  : 
ils  ont  aufli  des  allie ttes  de  terre  cuite  dont 
ils  fe  fervent  à divers  ulàges.  Les  hommes 
vont  nuds , portent  les  cheveux  courts,  on& 
le  nez  Sc  les  oreilles  percez  pour  y mettre  d$ 
la  raflàde  ; les  femmes  font  veftues  de  mé- 
chantes peaux , no  lient  leurs  cheveux  en  deux 
treflès  qu’elles  jettent'derriere  leurs  oreilles  , 
Sc  n ont  aucune  rareté  pour  le  parer  : Leurs, 
feftins  font  fans  nulle  ceremonie  „ ils  prefèn- 
Cent  aux  invitez  de  grands  plats  dont  chacun 


4°  JbècouverPe  dam 

mange  à diféretion  , & fe  donnent  les  reftes 
les  uns  aux  autres  : leur  langue  eft  extrême» 
ment  difficile  , ôc  je  ne  pou  vois  venir  à bout 
d'en  prononcer  aucun  mot  , quelque  ef- 
fort que  je  puffe  faire  : leurs  Cabanes , qqi 
font  frites  d'écorce  , font  longues  & larges  $ 
ils  couchent  aux  deux  bouts  , élevez  de  deux 
pieds  de  terre  5 ils  y gardent  leur  bled  dans 
de  grands  paniers  faits  de  cannes  , ou  dans 
des  bourdes  greffes  comme  des  demy  ban- 
ques à 

Ils  ne  fçavent  te  que  c'eft  que  le  Caftor5leurs 
irichcffes  confiffent  en  peaux  deBoeufs  fauvagesi 
Ils  ne  voyent  jamais  de  neige  chez  eux  , & ne 
connpifient  fHyver  que  par  les  pluyes,  qui  ÿ 
tombent  plus  fondent  qu'en  Efté  : Nous  n'y 
avons  point  mangé  d'àutres  fruits  que  des  mê- 
lons d eau  -,  s'ils  fçavoient  cultiver  leur  terre,  ils 
en  auroient  de  toute  forte* 

Le  foir  les  Anciens  firent  un  Cônfeil  fecret* 
dans  le  deifein  que  quelques-uns  avoient  de 
nous  caffer  la  telle  polir  nous  piller,  mais  le 
Chef  rompit  toutes  ces  menées  ^ il  nous  en- 
voya quérir  pour  marque  d'une  parfaite  aflu- 
rance , il  danla  le  Calumet  devant  nous  de  la 
façon  que  j'ay  defcrit  cy-deffiis , & pour  nous 
ofter  toute  crainte  il  nf en  fit  prefent. 

Nous  fifmes  Moniteur  joliet  Sc  moy  un  au- 
tre conleil  pour  délibérer  fur  ce  que  nous  aurions 
à faire  5 fi  nous  pafferions  outre , oit  fi  noiir 

nous 


I*  Amérique  Septentrionale.  4* 

nous  contenterions  de  la  delcouverte  que  nouà 
avions  faite. 

Après  avoir  attentivement  confideré  qué 
nous  n’eftionS  pas  loin  du  Golfe  Mexique, 
dont  le  baffin  eftant  à la  hauteur  de  31  de- 
gré ^.o  minuttes , nous  ne  pouvions  pas  en  eftré 
efloignez  plus  de  deux  ou  trois  journées , qu’in- 
dubitablement  la  rivière  de  Miffiffipi  avoit  là 
defcharge  fcans  la  Floride  au  Golfe  Mexique 
8c  non  pas  nu  cofté  de  l’Eft  dans  la  Virginie, 
dont  le  bord  de  la  nier  eft  à 34.  degiez  que 
nous  avons  pafl'é  fins  eftre  encore  néant- 
moins  arrivez  à la  mer,  ny  aufli  du  cofté  de 
rOiieft  à la  Californie , pource  que  nous  de- 
vions pour  cela  avoir  noftre  route  à l’Oüeft: 
ou  à 1 Oüeft-Sud-Oüeft,  & nous  l’avions  toû- 
jours  au  Sud.  Nous  confiderafmes  de  plus, 
que  nous  nous  expoferions  à perdre  le  fruit 
de  noftre  voyage , duquel  nous  ne  pourrions 
donner  aucune  cônnoiflànce , fi  nous  allions 
nous  jetter  entre  les  mains  des  Eipagnols , qui 
fans  doute  nous  auroient  du  moins  retenus*  pri- 
ionniers;  outre  cela  nous  voyions  bien  que  nouà 
n'eftions  pas  en  eftat  de  refifter  à des  Sau- 
vages alliez  des  Eüropeans , nombreux  & ex- 
perts à tirer  du  fuzil , & qui  infeftoient  conti- 
nuellement le  bas  de  cette  tivierejqu’enfin  nous 
avions  pris  toutes  les  connoiftànces  qu’on  petit 
fouhaitter  dans  cette  découverte.  Toutes  ces 
raifons  nous  firent  conclure  pour  le  retour  que 


4i  Decouverte  dans 

nous  declarafmes  aux  Sauvages , & pour  le« 
quel  nous  nous  preparafmes  après  un  jour  de 
repos. 

Après  un  mois  de  navigation , en  defcen- 
Z dant  fur  Miffiffipi  depuis  le  24  degré  jufques 
pzjy& ^ au  34  , 3c  plus  , 3c  après  avoir  publié  1*E- 
vangile  autant  que  j ay  pu  aux  Nations  que 
j’ay  rencontré  , nous  partons  le  dix- fept  Juillet 
du  Village  des  Aicamfca  pour  retourner  fur 
nos  pas.  Nons  remontons  donc  le  Miffiffipi, 
qui  nous  donne  bien  de  la  peine  à remonter 
fes  courans  \ il  eft  vray  que  nous  le  quittons 
vers  le  38  degré  pour  entrer  dans  une  autre 
riviere  qui  nous  abrégé  de  beaucoup  le  che- 
min , & nous  conduit  avec  peu  de  peine  dans 
le  Lac  des  llinois. 

Nous  n'avons  rien  veu  de  femblable  à cet- 
te riviere  011  nous  entrons , pour  la  bonté  des 
terres  , des  prairies  , des  bois  , des  Bœufs,  des 
Cerfs , des  Chevreüils  , des  Chats  Étuvages , 
des  Outardes  , des  Cygnes  , des  Canards , des 
Perroquets  de  mefines  des  Caftors  ; il  y a 
quantité  de  petits  Lacs  3c  de  petites  rivières. 
Celle  fur  laquelle  nous  navigeons  eft  large  3c 
profonde,  paifible  pendant  foixante-cinq  lieües; 
le  Printemps  3c  une  partie  de  l'Efté  on  nefait 
detranfport  que  pendant  une  demie  lieue.  Nous 
y trouvâmes  une  Bourgade  d’Ilinois  nommée 
, KuilKa,compofé  de  foixante  quatorze  Cabanes  ; 

ils  nous  y ont  très  bien  receus , & ils  m'ont 


/'  Amérique  Septentrionale.  43 

obligé  de  leur  promettre  que  j’y  retourneras 
pour  les  inftruire.  Un  des  Chefs  de  cette  Na- 
tion avec  la  jeunellè  nous  eft  venu  conduire 
jufques  au  Lac  des  Ihnois , d’où  enfin  nous 
nous  fommes  rendus  dans  la  Baye  des  Puants 
fur  la  fin  du  mois  de  Septembre  d’où  nous 
eftions  partis,  vers  le  commencement  du  mois 
de  Juin. 

Quand  tout  le  Voyage  n’auroit  valu  que 
le  fiiuc  d’une  ame,  j’eflimerois  toutes  mes  pei- 
nes bien  recompenfées , & c’eft  ce  que  j’ay 
iujet  de  .préfumer  ; car  lorfque  je  retournois 
nous  paflâmes  par  les  Ilinois  de  Peroiiacca , je 
fus  trois  jours  à leur  publier  les  myfteres  de 
noftre  Foy  dans  toutes  leurs  Caktnnes , apres 
quoy  comme  nous  nous  embarquions,  on  m ap- 
porta au  bord  de  l'eau  un  enfant  moribond 
que  je  baptiiay  un  peu  avant  qu'il  mouruft , 
par  une  providence  admirable,  pour  le  falut 
de  cette  ame  innocente. 


F I N. 

f 


/ 


VOYAGE 

D’  U N 

A MB  ASS  A DE  V R 

QJJ  E 

LETZAAR  DE  MOSCOVIE 

ENVOYA  p‘iVR  TERRE 

A LA  CHINE 

A N N I 653. 

Et  * Ambafïadeur  partit  de  la  Villa 
de  Tobol  en  Syberie  au  mois  de 
Mars  1653  ; apres  quatre  femaines 

& trois  jours  de  navigation  fur  la 

nviere  b Irtis > qui  fe  rend  dansl’Obi,  il  arri- 
va à la  Ville  de  Tara  le  ving  feptiéme Juillet: 
11  en  partit  le  premier  Aouft , & arriva  ledix- 
feptiéme  Septembre  à Belou  Woday  , ceft  à di- 
re aux  Eauès  Blanches  5 il  y fut  quatre  femai- 

a B s 'appelloit  Saedor  Iacoyvits  Eoicoof,  b Elle  eftmd 
flam  dans  quelques  Cartes, 


iies  pour  attendre  des  Guides  èc  des  beftes  dé 
Tomme  que  le  Prince  Ablai  luy  dévoie  four- 
nir. Il  en  ^partir  le  quinze  Octobre  avec  cin- 
quante Chevaux  & quarante  Chameaux  que  ce 
Prince  luy  avoit  envoyés  : Aj*es  huit  jours  de 
marche  il  arriva  à un  lieu  nommé  Calbafin  ; il 
n’y  trouva  qu’une  grande  maifon  prefque  rui- 
née ; de  là  il  fut  à LouKaragay , qui  en  eft  à 
deux  journées, il  gagna  après  les  bors  de  la  petite 
riviere  HenKutia, qui  eft  à une  journée  de  Lou- 
Karagay ; elle  vient  d’entre  des  Rochers  , & le 
Va  perdre  dans  l’Irtis.  A main  droite  en  remon- 
tant la  riviere  Irtis,  eft  l’habitation  d’un  c Laba, 
ou  Preftre  Kalmucs  , qui  a quelques  maifons 
de  pierre  lue  l’autre  rive  de  1 Irtis.  Ce  Laba 
vit  de  la  culture  de  la  terre  , il  a à fon  fer- 
vice  des  Buchares  : l’on  cultive  en  cét  en 
droit  du  bled  , de  l’orge , du  millet  8c  d autres 

grains,  . , 

Le  2z  a Novembre  l’Ambaffadeur  arriva  a 
la  réfidence  du  Prince  Ablay  : Ses  Sujets  de- 
meurent fous  des  huttes  bâties  de  brique,ils  ont 
toutes  ferres  de  beftiaux  8c  de  grains.  Ce 
Prince  faifoit  donner  tous  les  mois  a TAm- 
baflàdeur , & à ceux  de  fa  fuite  , pendant  qu’ils 
furent  là , trente  e Kaepen  de  bled  8c  d’orge  , 

« PeM-eftre  Lama . 

â 0if,  ‘J)ecembre  , félon  les  7 \w(fe$.  * 

g jjÇ^acp  eft  fsn  poids  de  quarante  livres* 


1.'  . î; 

cinq  Kaepen  de  farine  de  froment  % vingt 
moutons  & dix  chevreaux. 

- Le  27  le  Prince  envoya  fon  Frere  vers  Y Am* 
baflàdeur  pour  voir  les  prefens  duTzaar  ou 
Grand  Duc  de  Mofeovie* 

Le  27  Décembre  l’Ambafladenr  fut  porter 
au  Prince  Ablai  les  prefens  de  Sa  Majefté 
Tzaarienne  5 il  demeura  deux  jours  à fa  Cour* 
Sc  apres  avoir  paffé  quatre  mois  & dix  jours 
dans  fes  Eftats,il  prit  avec  luy  fon  Ambalfadeur 
Sc  ils  arrivèrent  enfemble  le  troifiéme  Avril  * 
apres  douze  jours  démarché,  à une  petite  ri- 
vière nommée  Befica  , qui  prend  fa  fource  en- 
tre des  rocbers  8c  va  fe  perdre  dans  Finis,  Le 
Prince  Ablai  fait  cultiver  la  terre  proche  de^ 
cette  riviere  , & il  y a mefme  fait  bâtir  quel- 
ques  maifons  de  pierre  par  des  Ouvriers  que 
le  Grand  Cham  luy  a envoyez  du  Cathay* 

Le  trentième  Janvier  FAmbaflàdeur  quitta 
le  Prince  Ablai  pour  continuer  fon  voyage  ^ 
8c  apres  quatorze  jours  de  marche  il  arriva  à 
k réfidence  du  Prince  Kol.  A quatre  jour- 
nées de  là  eft  une  petire  ville  nommée  Kol  % 
ou  il  ne  remarqua  que  deux  maifons  bafties 
de  briques  habitées,  par  des  Preftces.  Kal- 
mucKS. 

A cinq  journées  de  la  Ville  de  Kol  eft  le 
grand  Lac,  nommé  en  langue  Kalmuque , Ki ftU 

Le  P aïs  ftortf  <f$  bleds  dit'  feigle  > des  pois  & autres 
hgumes^  ‘ 


'4  . . 

bas  ; la  riviere  Irtis  le  traverfe.  Âpres  que 
l’AmbalIadeur  eut  marché  huit  jours  au-delà 
de  ce  Lac  , le  long  de  Tlrtis  , il  entra  dans  les 
Terres  d’un  f Taitla  Mogol, 

Deux  jours  apres  il  arriva  au  Pays  duTaitfa 
ïrdeKulu  , qui  demeure  avec  fes  Sujets  fous 
des  tentes  dreflees  le  long  de  llrtis  j Apres 
fèpt  jours  de  marche  3 toujours  entre  des  Ro- 
chers 5 il  entra  dans  le  païs  d’un  Taitià  KaL 
-mucK  appelé  SuruKtaitonh3oi\  la  riviere  Irtis 
prend  fon  origine , à un  lieu  nommé  Bulugan  > 
quieft  la  réfidence  de  ce  Taitfa,  De  là  aux 
Terres  du  Taitla  Sudbiligenia  Mogol , il  y a 
vingt-deux  journées  de  chemin , qui  fe  fait  par 
des  montagnes  fort  hautes.  Le  Païs  qui  dépend 
du  Taitla  Semli , aulîl  Mogol  en  eft  à huit 
journées  de  chemin  ; il  y a trois  autres  journés 
de  là  jufques  aux  Terres  du  dernier  Taitfa  Mo- 
gol 5 nommé  Dobrona  : car  du  Païs  que  pof- 
fede  ce  Prince  , jufques  aux  frontières  du  Ca- 
çhay , il  ne  relie  que  quinze  journées  de  chemin. 

Tous  ces  Princes  Kalmucics  & Mogol  s ha- 
bitent fous  des  tentes  qu’ils  tranfportent  ça  ÔC 
là  quand  ils  veulent  changer  de  demeure. 

L’Ambalfrdeur  employa  deux  mois  à aller 
depuis  les  frontières  du  Cathay  jufques  à la 

f Taitfa  , en  Ifalmnc^  , fignifie  T rince.  Vay  parlé  4 
Mofco  à un  Prince  Kalmnc^  appelle  Taitfa  Aldadois , 
g Dans  P Original  M;ofcon>i  te  larda^la, 

5 Surate  mon  (laps  f original  Mofco  vite , 


5 

ville  de  KoKotam , qui  eft  la  première  des  Villes 
qui  fe  rencontre  de  ce  cofté  là  ; il  fouffrit  dans 
ce  chemin  de  montagnes  très  hantes  , tenues 
par  les  Mogols  & par  les  Kalmucics  , de  gran- 
des incommoditez  ; il  fut  mefme  contraint  de 
s'arrefter  des  deux  ou  trois  femaines  en  quel, 
ques  endroits  faute  de  vivres  & d’eau  qu’il  fah 
loit  porter  pendant  lé  voyage»  Comme  l’ Am. 
baflàdeur  fut  à dix  journées  au  deçà  de  Ko- 
Kotam, il  fit  iç  avoir  ion  arrivée  au  Gou- 
verneur afin  qu’il  luy  envoyait  des  vivres  & des 
chevaux , fuivant  la  coutume  de  la  Chine  ; mais 
le  Gouverneur  s’en  exeufa  , fur  ce  qu’il  n’en 
avoir  aucun  ordre  du  g Grand  Cham  fon  Maî- 
tre j 1 Ambalïàdeur  ne  laiflà  pas  de  paiïèr  ou- 
tre, apres  avoir  demeuré  huit  jours  à KoKotam, 
il  en  partit  le  ii  janvier  avec  deux  Mandarins 
que  le  Gouverneur  luy  donna  pour  le  conduire 
à la  Ville  Capitale  du  Cathay  nommée  Gam- 
ba! u. 

La  Ville  de  KoJcotam  eft  fermée  d’une  mu- 
raille faite  de  terre  & flanquée  de  tours  de 
brique  ; il  y en  a fix  plus  groflès  que  les  au- 
tres , dans  lefquelles  font  percées  les  portes 
de  la  Ville , fermées  chacune  de  deux  battans 
de  bois  de  cheihe , couvers  de  plac  ques  de  fer. 

g Le  Prince  Aldadots  m'a  Ht,  que  le  Grand  Cl,am,qJ 
efi  maintenant  Matflre  de  la  Chine  , eft  appelle  Mural, 
par  tous  les  tartans , & Mogcls,  A 

a iij 


é 

V Ambafïadeur  ne  remarqua  aucune  piece  d ar- 
tillerie fur  ces  tours  ny  aux  coftezdes  fix  portes 
de  la  Ville.  Il  vit  dehors  6c  dedans  la  Ville 
plufieurs  Pagodes  baftis  de  briques  vernies , 
comme  aulïi  quantité  de  boutiques  bafties  de 
pierre  , lur  le  derrière  defquelles  les  marchands 
font  logez.  Tout  le  trafic  fe  fait  en  Lalas  qui 
valent  un  peu  plus  de  trois  onces  d argent  fin  : 
les  petites  denrées  fe  troquent  contre  le  tabac 
& le  thé.  Ces  boutiques  eftoient  fournies  de 
toutes  fortes  d’étoffes  de  loye  ? de  Damas , de 
Sa  tins  5 de  taffetas  3 de  toiles  de  cotton  teintes 
de  diverfes  couleurs , Scc. 

La  terre  y produit  toutes  fortes  de  grains  a 
& les  Forets  les  fourniffent  de  bois. 

L'Ambaffadeur  partit  de  Kokotam  le  u Jan- 
vier pour  aller  à la  Ville  de  Kapty  qui  en  eft 
à douze  journées  5 c’eft  la  féconde  Ville  du 
Cathay  qu’il  rencontra  fur  fa  route.  Plufieurs 
Princes  Mogols  qui  ont  fecoüé  le  joug  d au-** 
très  Princes  de  leur  Nation , & qui  fe  font  en- 
gagez au  fervice  du  Grand  Cham  3 campent 
dans  l’efpace  du  pays  qui  eft  entre  ces  deux 
Villes  j ils  n’ont  point  de  demeure  arreftée,  non 
plus  que  les  autres  Princes  de  leur  Nation. 

L'Ambaffadeur  eftant  donc  arrivé  le  dix 
Février  proche  la  Ville  de  Kapty  , il  fit  fça- 
voirau  Gouverneur  fa  venue  & luy  fit  deman^ 
4er  des  vivres  des  belles  de  Comme  •>  il  s’ex^ 


cufa  fur  ce  qu’il  n’en  avoir  point  d’ordre  du 
Grand  Cham  Ton  Maiftre,  & qn’il  en  écriroir 
à la  Cour, 

La  Ville  deKapty  eft  entre  ces  hautes  ro- 
ches  fur  lefquelles  la  muraille  de  la  Chine  eft 
élevéej  cette  muraille  eft  bâtie  de  pierre,  elle  a 
trois  * braflès  de  haut  & la  moitié  autant  de  lar- 
ge ; elle  eft  défendue  & flanquée  pat  des  tours 
debricque  éloignées  de  plus  de  cent  braflès  les 
uns  des  autres  ; en  quelques  endroits  les  tours 
font  fur  la  muraille,  en  d’autres  il  sien  faut  dix 
braflès  quelles  ne  touchent  à la  muraille  • elle 
S’étend  depuis  la  Ville  de  Suktfey  où  croift 
la  Rhubarbe,  jufques  fur  le  bord  de  la  Mer, 
à ce  que  me  dirent  les  Katayens,  les  Bûchai 
res  , & les  Kalmucks, 

Dix  jours  apres  que  le  Gouverneur  eut  écrie 
au  Grand  Cham  fur  le  fujet  de  l’Ambaflâdeur  , 

1 ordre  vint  de  luy  donner  les  chofes  dont  il 
auroit  befoin.  Il  partit  de  Kapty  le  11  Février 
avec  deux  Mandarins  envoyez  par  le  Grand 
Cham  pour  le  conduire  à * Cambalu,  où  il 
arriva  apres  lèpt  jours  de  marche , dans  cette 
marche  il  paflà  par  dix-huit  Villes  bafties  de 
pierre  ou  de  bricquejil  y vit  peu  d’armes  à feu 
mais  feulement  quelques  petits  canons  de  fer* 
quelques  foldats  avec  des  fuzils  & des  picques  \ 
il  y remarqua  des  ponts  de  pierre  bâtis  fort 
proprement. 

* Vans  la  Vïrfion  Latine  Gaunas, 

i 


Les  gens  de  quelque  confideratibn  ont  uii 
ou  deux  valets  qui  les  fuivent  & qui  leur  por- 
tent un  parafol  ou  un  ballon  doré,  mais  les 
Gouverneurs  , les  Princes  & les  Gens  de  mar- 
que vont  en  litières  portées  par  quatre  ou  par 
huit  porteurs  : l’on  crie  devant  eux  nem  toec , 
c’eft  à dire.  Attendez  un  peu. 

Le  troilîéme  Mars  1 6$6,l’Ambalîàdeur  eftant 
arrivé  à une  Wurft  ou  demie  de  la  Ville 
de  Cambalu  Capitale  du  Cathay , deux  Man- 
darins l’y  vinrent  recevoir , l’un  eftoit  Tartaré 
& l’autre  Chinois , tous  deux  Prefidens  du  pre- 
mier Tribunal  de  ia  Chine.Ils  conduifirent  d’a- 
bord l’AinbalTadear  dans  un  Pagode,  où  ils  luy 
firent  fervir  du  Café  & du  Thé.  Leurs  Pagodes 
font  bâtis  à l’honneur  & à la  mémoire  de  leur 
Talemana,  qui  vivoit  anciennement  dans  ce  Pa- 
gade , & qui  pafle  auprès  d’eux  pour  leur  Dieu. 
Apres  ce  regale  les  deux  Mandarins  comman- 
dèrent à l’Ambaflàdeur  de  fe  mettre  à genoux, 
& d’incliner  la  telle  devant  le  Pagode  , luy  di- 
fant  inclinez-vous  devant  noftre  Roy  ; l’Am- 
ballâdeur  refofa  de  le  faire , & leur  dit  que  ce 
n’eftoit  pas  la  coûtume  en  fon  pais  de  s’in- 
cliner de  la  forte  & de  fe  mettre  à genoux 
ayant  le  bonnet  fur  la  telle.  Ils  prefenterenr  à 
l’Ambafladeur  du  Thé  boiiilly  avec  du  beurre 
du  laid  de  vache,lui  difantque  cette  boiflon  luy 
téoit  envoyée  delà  part  du  Roi;L  Ambafladeur 


^ Q 

ïeür  dit  , qu  il  eftoit  Cafefmé  , <5c  que  félon  la 
Religion  il  ne  pouvoit  pas  boire. 

I.  Ambalîàdeur  remarqua  fous  la  premiers 
porte  de  la  Ville  de  Cambaîu , où  il  pallà,  trois 
petits  Canons  de  fonce  longs  d’une  aune  8t 
demie  : Il  en  vit  encore  deux  autres  de  mefinè 
longueur  un  peu  plüs  aVant  dans  la  Ville. 
Apres  avoir  marché  plus  de  trois  Vfurft  dans 
la  Ville  , il  arriva  à la  maifon  qu’on  lu  y avoie 
préparée  • elle  n’avoit  que  deux  chambres, 
elles  eftoient  tendues  de  tapis  faits  de  racine! 
d’herbes. 

Pendant  que  l’Ambafîadeur  fut  en  la  Ville  de 
Cambahi , l’on  îuy  dônnoit  tous  les  jours  par 
1 ordre  du  grand  Cham  , pour  là  nourritu- 
re , un  mouton,  deüx  poilfons , trois  plats  de 
farine , prés  d’une  livré  de  Thé  , deux  plats  dè 
ris  , & environ  Une  pihte  d’eau  de  vie.  Pour  fes 
gens , ils  avüient  de  la  chair  de  bœuf,  chacun 
du  ns  , & deux  tailles  d'eau  de  vie. 

Le  quatrième  Mars  le  Conlèil  envoya  quérir  • 
les  prefens  du  Tzaar  ; T Ambalîàdeur  refufa  de 
les  donner , & dit  que  l’on  n’en  ufbit  pas  àinfr 
dans  la  Cour  , que  l’on  by  dbnnoit  les  Let- 
tres ny  les  prefens  qu’au  Prince  mefine  . au 
temps  de  l’Audiance  , & que  le  Grand  Chatn 
ne  la  uy  pouvoit  pas  refufet.  Ces  Envoyez 
répondirent,  qtte  fi  cette  coutume  fe  gardon  à 
la  Cour  du  Tzaar , il  n’en  choir  pas  de  incline 
en  celle  du  Gathay  ; qu’un  Prince  ne  pouvoit 


IO 

pas  prétendre  ^ d’établir  des  loix  dans  les  Etats 
des  autres  , & enfin  qu’ils  eftoient  envoyez 
pour  apporter  les  prefens.  Le  refus  que  l’Am- 
baflàdeur  fit  de  les  donner  n’empefçha  pas  que 
ces  gens  ne  les  emportaflent  ; ils  dirent  à l’ Am- 
ballàdeur  3 que  le  Grand  Gham  lui  donnerôit 
audiance , & qu'il  luy  prefenteroit  luy-mefme 
la  Lettre  du  Tzaar.  Quelques  jours  s ’e fiant 
partez  , l’on  vint  quérir  l’Ambafladeur  pour 
aller  prefenter  la  Lettre  du  Tzaar  au  Confeil , 
ce  qu'il  refufa  encore  ; il  ajoûta  , qu’il  eftoit 
envoyé  au  Grand  Chain  , & non  à fon  Confeil. 

L’on  mit  après  l’Ambartàdeur  dans  une  au- 
tre tnaifon  , où  il  y avoit  quatre  chambres 
femblables  à celles  de  fon  premier  logement. 

Le  dixiéme  I on  envoya  quérir  par  diverfes 
fois  l’Ambafladeur  pour  aller  au  Confeil  pre- 
fenter la  Lettre  du  Tzaar  • Il  continua  dans  fon 
premier  refus  ; que  cela  eftoit  contre  fon  or- 
dre 3 ôc  ou’il  ne  s en  pourroit  jamais  jufiifier 
auprès  du  Tzaar  fon  Maiftre.  Quelques  jours 
après  l’on  rapporta  à l’Ambaflàaeur  fes  pre- 
fens , à caitfe  , difoient  - ils , qu’il  ne  s’eftoit 
pas  voulu  mettre  à genoux  , & qui!  n’avoit 
pas  voulu  prefenter  au  Confeil  la  Lettre  du 
Tzaar  : Us  ajoûterent , que  non  feulement  les 
Ambaflàdeurs  étrangers  ne  voyoient  point 
TEmpereur  de  la  Chine  , mais  que  les  Chi- 
nois  mûmes  fes  Sujets  ne  le  voyoient  point , 
,§c  qu’il  n’y  avoir  que  les  principaux  Seigneurs 


ïf 

iu  païs  qui  le  pûflent  voir. 

Je  ne  fçaurois  dire  au  jufle  comment  la  Ville 
de  Cambalu  eft  grande , parce  que  1 on  ne  nous 

{)ermit  pas  k de  fortir  de  noftre  Logis  durant 
efejour  que  nous  y filmes  ; je  n’en  fçay  que  ce 
que  ni  en  ont  dit  les  Mogols  & les  Cathayens, 
qui  tiennent  quelle  a quarante  wurfts  ou  huit 
lieues  de  large  , &c  autant  de  long. 

Les  principales  marchandilès  qui  fè  trou- 
vent à Cambalu  font  des  brocards  relevez  d’or 
& de  toutes  fortes  de  figures  , comme  fleurs,, 
dragons  , ftrpens  & autres  ; Von  y fait  aufli 
des  fatins  3 des  veloux  3 des  tapis  & d’autres 
étoffes  de  Soye  ; L’argent  ? les  pierreries  & les 
perles  y font  apportées  du  païs 5 de  Karatfei  5 
autrement  nommé  le  vieux  Cathay  par  ceux 
du  païs  : Il  y a de  Cambalu  au  païs  de  Karatfei 
deux  mois  de  chemin  ; ils  dilent  qu’il  eft  bien 
plus  grand  que  le  nouveau  Cathay,  & que 
Ton  trouve  beaucoup  de  fourrures  de  M arrhes 
Zibelines,  de  Renards,de  Caftors  & de  Tygres» 
Leurs  maifbns  font  bâties  de  pierre  & cou- 
vertes de  tuiles  colorées  < fort  petites  & fort 
bafles  , fi  ce neft  le  Palais  du  Grand  Cham  2 
U eft  forr  élevé  , fpacieux  5 de  peint  de  diver- 
fe$  couleurs  , le  haut  du  toiét  eft  doré  V ce 

1 ’Mieu-bofm'a  dit  que  l'on  ne  dormoit  pas  aux  Mo  fia - 
vite*  la  liberté  de  finir  du  logis,  à çaufi  de  leurman* 
vaife  conduite. 

Feut-ejlre  $<jïsfikdteia 


U 

Palais  eft  fcnné  d'une  muraille  de  brigue  * 
où  font  percées  cinq  portes  qui  ne  s’ou- 
vrent  que  très  rarement  y Sc  font  toujours 
bien  gardées  par  des  foldats.  Il  eft  fermé 
d un  foffé  plein  d’eau  5 reveftu  de  greffes  pier- 
res  , avec  un  pont  auffi  de  pierre  à chaque 
porte,  Proche  de  chacun  de  ces  ponts  eft  drefl- 
Fée  une  haute  colonne  'de  pierre  blanche  hau- 
te  de  fix  braffès  , fur  laquelle  font  graves  des 
caractères  Chinois.  Il  y a une  grande  place 
devant  le  Palais  5 ou  les  courtiians  s'affèmblent 
trois  fois  tous  les  mois  pour  faire  la  reverem? 
ce  au  Prince. 

Les  Cathayens  feftent  toutes  les  nouvelles 
îunes5  Sc  arborent  ce  jour- là  dans  les  rues  plu^ 
fleurs  étendards  & Banderolles,  Ce  jour-là  tous 
les  grands  Seigneurs  & Officiers  de  l’Empire 
viennent  richement  vêtus  dans  la  place  qui  eft 
devant  le  Palais;  oû  ils  s’affifent  chacun  fèlonforç 
rang:  Apres  avoir  eftéalïïsune  heure  ou  envi- 
ron^! fort  du  Palais  un  Officier  du  Grand  Cham, 
qui  leur  commande  à tous  de  s'incliner  verd- 
ie Palais  5 ce  qu'ayant  fait  ils  fe  raffifent,  en^ 
viron  une  heure  après  le  mefine  O fficier  re- 
vient & tous  les  autres  s’inclinent  derechef, 
l’Officier  retpurne  une  antre  fois,  ils  s'incli- 
nent pour  une  troifiéme  fois  ; cét  Officier  leur 
donne  à chacun  un  billet  écrit  qu’ils  reçoivent 
avec  grande  fpûmiffion  ; ces  Seigneurs  oftent 
apçes  les  habits  magnifiques  dqnt  ils  eftoieii!| 


pare^&  s'en  retournent  chez  eux  : Le  Grand 
Çham  a auffi  yingt-fix  Eiephans  que  Ton  a 
accoutumez  à s’incliner  devant  luy. 

Les  Cathayens  affrètent  de  mettre  fur  leurs 
habits, fur  les  toiéls  de  leurs  maifons,  leurs  Pa- 
godes,& enfin  par  tout  des  reprçfentarions  de 
Serpens  St  de  Dragons, 

Leur  païs  produit  toutes  fortes  de  fruits  en 
grande  abondance  • ils  ont  du  poivre  , du  cloud 
de  girofle , de  la  mufcade  , du  gingembre  9 
du  benjoim  ,du  thé  St  des  * Badianes, 

La  terre  y porte  a ffi  de  toutes  fortes  de  grains, 
il  y en  a mefrne  d’une  efpece  que  Ton  recueille 
deux  fois  Tannée  -,  pour  du  feigle  je  n’y  en  vis 
point:  Les  rues  des  Villes  du  Cathay  font  pa- 
vées de  grandes  pierres  , & ont  des  deux  collez 
dçs  conduits  où  tombent  les  immondices  des 
maifons. 

Dans  le  Caçhay  à ce  que  me  dirent  les  Ca- 
thayeris , il  n’y  a point  d’autre  grande  riviere 
que  çelle  nommée  Chatul  qui  vient  de  la  Bu^ 
charie  Sc  (h  perd  dans  la  mer.  Ils  ajoûtent  que 
cette  riviere  rie  paiïè  pas  loin  de  la  Ville  de 
Cambalu,  que  les  Hollandois  remontent  de  la 
mer  avec  leurs  vaifleaux  cette  riviere  , St  -que 
fon  embouchure  efl  fort  dangereufe  pour  les  vaiC 
féaux.  Les  gens  du  païs  nous  dirent  auffi  qu’il  y 
avpità  Cambalu.  un  étang  dont  l’eau  eft  rouge, 

* C *efi  m efpece  de  fruit  qui  a eflê  décrit  d$ns  U 4 


& que  Ton  y pefche  du  poilïbn  qui  paroift  de  la 
mefine  me  fine  couleur,  mais  que  la  chair  n'en 
eft  pas  ronge.  Sur  le  fujet  du  Grand  Cham  qui 
gouvernoit  pour  lors  la  Chine,  ils  me  dirent 
qu'il  eftoit  Tartare  de  Nation  , qu’ancienne^ 
ment  la  Chine  eftoit  gouvernée  par  un  Roy 
Chinois,  que  depuis  trente  ans  les  Tartares 
avbient  conquis  la  Chine,  que  Dai-Beghamy 
regnoit  lors  que  les  Tartares  s'en  rendirent  les 
maiftres  , qu'il  le  pendit  de  defefpqir , que  fon 
petit-fils  luy  furvecut,  qu'il  fut  tranfporté  par 
les  confi  lens  du  Roy  fon  grand-pere  dansl'an- 
cien  Cathay  : Le  pais  ainfi  abandonné  demeu-* 
ra  en  proyc  aux  Tartares  qui  l'ont  toujours 
gouverné  depuis  j il  eft  refté  fort  peu  de  Ca- 
thayens  naturels  en  la  Ville  de  Cambalu , 5c 
ceux  qui  y demeurent  font  tenus  dans  un  grand 
efclavage. 

Tous  les  Officiers  du  Grand  Cham  font  Taiv 
tares  de  Nation  , tous  bien  armez  ; les  armes 
au  contraire  font  défendues  aux  Cathayens , 
fpus  de  grandes  peines. 

Les  Cathayens,  auffi  bien  les  hommes  que  les 
femmes  , font  dune  ftature  5c  d'une  beauté 
médiocre.  Celle  des  femmes  confifte  à avoir 
le  pied  petit  , elles  (e  les  forment  de  la  forte 
dés  leur  jeunelîè  ; elles  portent  des  habits 
courts  avec  des  manches  fort  larges , ils  ont  les 
cheveux  épais.  L'habit  des  hommes  eft  une 
vefte  fort  longue  , ils  la  ferment  par  deflfou§ 


le  bras  gauche  avec  deux  boutons.  Les  habits 
du  commun  peuple  four  de  couleur  obfcure  , 
mais  les  personnes  de  qualité  en  ont  de  diver- 
fes  couleurs  très- vives.  Ils  fe  couvrent  la  telle 
d’un  petit  bonnet  à l’extremité  duquel  eft  une 
houppe  de  foye  , en  efté  ils  ont  de  petits  cha- 
peaux ; les  femmes  Cathayennes  portent  leurs 
cheveux  comme  les  Tartares  ; les  Carhayens 
adorent  des  Idoles  flites  de  terre , de  bois  &c 
d’autres  matières,  les  unes  dorées , les  autres  ar- 
gentées , ou  peintes  de  diverfes  couleurs  ; ils 
les  gardent  dans  leurs  Pagodes,  où  ils  vont 
la  nuit  les  adorer , & font  brûler  devant  des 
chandelles  de  cire  ou  de  fuif  ; leurs  cloches 
dont  ils  ont  - très  peu  , font  de  fonte  & de 
fer.  , 

Ils  mangent  de  tout  indifféremment  , des 
grenouilles' , des  tortues  & des  chiens  , dont 
la  chair  fe  vend  publiquement  dans  les  bouti- 
ques. 

Les  Tartares  font  belles , ont  le  pied  de  la 
grandeur  ordinaire , & font  habillées  de  mef- 
me  que  les  femmes  Kalmuques , leur  habit 
traifne  jufqu’à  terre , les  hommes  y font  en  ge- 
neral vêtus  de  noir  ou  de  quelque  autre  cou- 
leur brune , ils  ont  la  mefine  croyance  & la 
melme  Religion  que  les  Cathayens. 

Les  grands  Seigneurs  quand  ils  marchent 
par  les  rués  fe  font  porter  un  parafol , on  les 
voit  accompagnez  de  plufieurs  valets  qui  ont 


1$ 


une  centaine  d'autres , plus  ou  moins  . félon  là 
qualité  de  la  perfonne  s le  fuivent , & quand  il 
paSè  dans  une  rue  tous  ceux  qui  s'y  reneonJ 
trent  à cheval  doivent  mettre  pied  à terre,  8t 
ne  remonter  que  quand  ils  l’ont  perdu  de  veue. 

Le  bois  eft  fï  rare  au  Cathay,  qu'il  en  faut 
pour  neuf  ou  dix  fols  toutes  les  fois  que  Ton 
veut  faire  cuire  à manger* 

Il  vient  en  ce  païs-là  diverfes  Nations  è- 
trangeres  que  le  traficque  ÿ attiré  s François  * 
Holkndois,  Efpagnols , Italiens  & autres,  el- 
les y ont  l’exercice  de  leur  Religion  libre  ; jé 
Vis  mefmes  dans  les  inaifons  de  quelques  uns 
de  ces  étrangers  des  Images  de  N.S  JefusChrift, 
de  la  Vierge  , 8c  des  Saints  • ces  gens  - là 
ont  converti  uir  grand  nombre  de  Cathayens 
à la  Foy  Catholique  ; ils  ibnt  établis  dans  lê 
Cathay  depuis  plufieurs  années,  mais  les  Ca- 
thayens nefçavent  pourtant  pas  quand  ils  y font 
entre!  8c  d’oil  ils  font  venus  ; il  y a auffi  au 
Cathay  plufieurs  Ferfans  qui  y exercent  libre- 
ment la  Loy  Mahometane  ; on  tient  qu’ils  y font 
entrez  avec  Tamerlan  , comme  on  le  voit 
par  leurs  livres. 

Du  temps  qüe  nous  eftiohs  là,ie  grand  Chani 
faifoic  la  b guerre  avec  le  fils  de  l’Empereur  dit 

3 TC ota  le  croy  que  c eft  plutoft  ïnquarrt  , auquel  les 
Tartarcs  faifoient  la  guerre  pour  lors . 


Cathay , dernier  mort  ; mais  nous  ne  pûmes 
fçavoir  s'il  gouvernoit  le  vieux  Cathay  , quel- 
ques uns  en  doutent. 

' L'année  1655  le  7. Juillet  il  arriva  à Cambalu 
une  Troupe  de  18.  Hollandois  qui  eftoient 
partis,  à ce  que  Ton  nous  dit,  de  leurs  pa  s 
avec  trois  vailfeaux  fur  chacun  defquels  il  y 
avoir  cent  perfonnes , l'on  adjoûtoit  qu'il  s'en 
eftoit  perdu  deux  en  chemin , & que  des  trois 
cens  hommes  qui  eftoient  fur  ces  vaifleaux  il 
ne  s'en  eftoit  fauvé  que  foixante  & quinze , 
dont  ces  vingt-huit  eftoient  venus  en  Ambaflàde 
vers  le  grand  Cham  , que  les  autres  eftoient 
demeurez  fur  lé  vailfeau  ; l'on  ne  leur  permit 
pas  de  fortir  de  leur  logis  pendant  qu’ils  fu- 
rent a Cambalu  ; c'eft  pourquoy  nous  ne  leur 
pûmes  parler.  Ges  Hollandois  envoyèrent  à 
FAmbâiladeur  > comme  il  eftoit  fur  le  point 
defon  retour,  deux  lettres  pour  Mofcou,â  l'u- 
ne cachetée , l'autre  ouverte. 

Enfin  nous  partîmes  de  la  Ville  de  Cam- 
balu pour  retourner  en  Mofcovie  , le  qua- 
trième Septembre  1 6 $6*  * nous  allafines  d’a- 
bord à la  Ville  de  Kapty  & nous  eufines  en- 
cores  plus  à fouffrir  au  retour  qu'en  ve- 
nant , parce  que  l'hyver  approchoit  Sc  que  nous 
trouvions  fort  peu  de  vivres  de  de  fourrages 

a tthuhoffm  parle  dans  fa  Relation  de  l' Ambaffade  des 
Hollandais  a la  Chine  > qui  ejl  dans  la  trotfiéme  Partie 
du  %'ïueil. 

* ( année  che%  les  %uffes  commence  au  mois  de  Septem* 
hre%  'Dans  la  TraduCHon  Latine  716 f. 


fur  les  chemins  ; la  pîufpart  de  nos  chameaui 
3c  de  nos  chevaux  moururent  de  faim  & de 
foif , ou  demeurèrent  enlèvelis  dans  la  neige  > 
de  forte  que  nous  fumes  contraints  d’en  achep- 
ter  d'autres  fort  chèrement.  Les  Catayens 
nous  avoient  marqué  un  autre  chemin  que  ce-* 
luy  que  nous  avions  fuivi  en  venant  , entre  le 
pais  des  Mogols  3c  celuy  des  Bucares  : Enfin 
apres  avoir  fouffèrt  mille  incommoditez  , nous 
arrivafines  au  pais  du  Prince  Ablay  après  fix 
mois  de  marche  le  trente*uniéme  Juin  de  1 an- 
née 1656  , 3c  de  là  à la  Ville  de  Tobol-  Nous 
avons  employé  trois  ans  & cinq  mois  dans 
noftre  voyage, 

F I N, 


Extrait  du  Privilège  du 

PA  r grâce  & Privilège  du  Roy  , donné  a Paris  le 
huitième  juin  1661,  Il  eft  permis  a G ira  RB 
Garnier  de  faire  imprimer  un  %ecuetl  de  dtverfes 
Relattcns  Vojages  curteux,  contenant^ c.  en  un  OU 
plufîeurs  volumes,  conjointement  ou  feparement , pen- 
dant le  temps  de  vingt  années  : Avec  deffenfès  a tous 
autres  d’en  rien  imprimer  , vendre  ny  diftribuèr  • ny 
aucune  Carte , ny  Figure,  (bus  quelque  prétexte  que^ce 
foi t , fans  fon  confentement  , fous  les  peines  porter 
dans  ledit  Privilège, 


EXPLICATION  DE  LA  CARTE  DE  LA]  dPCOWERTE  DE  LA  TERRE  D'IELMER , 
au  de -U  de  la  Nouvelle  Zemble  , & des  routes  pour  paffer  pur  le  Nort 
au  Japen , à la  chine,  & aux  Indes  Orientales.  ' . 


o” 


Ut  ut  les  deux  routes  de  la  Navigation  des  ïndes  Orientales  par  le  Cap  détonné  Efperanee  , ou  pat  les 

Détroits  qui  font  au  bout  de  l'Amérique  Méridionale,  les  Hollandois  ont  tenté  celle  de  Waygats  , Sc  de 

la  nouvelle  Zemble,  par  le  Nort;  & les  Anglois  celle  des  Détroits  de  Davis  , & d’Hudfon  par  le  Nordoed.  Les 
Hollandois  eftoient  rebutez  de  leur  collé , lorfque  Cornelis  Ielmerlèn  Koïc  , ayant  trouvé  la  mer  ouverte  au  delà 
■de  la  pointe  la  plus  Orientale  de  la  nouvelle  Zemble  marquée  L , il  s’hazarda  d’y  naviger  , & reconnut  la  code 
de  la  Terre-ferme  , qui  refuyoit  au  Sureft  jufques  au  73.  degré  , marquée  M,  qu’il  nomma  Terre  d’ielmer. 

Les  Entrepreneurs  de  cette  Découverte  y envoyerrent  d’autres  Vailîeaux  l’année,  1669.  üs  uie  parlèrent  de 
leur  deflein  de  pafler  par  là  au  Nort  des  Terres  d’Iezo  , que  j’ay  décrites  dans  mon  premier  Volume,  & qui 
font  marquées  dans  cette  Carte  par  lés  lettres  D,  B , G , I ; & d’encrer  par  le  Détroit  de  UriesI  , dans  les 
Mers  du  Japon  & de  la  Chine. 

Feu  Moniteur  de  Wit  Peniîonnaire  d’Hollande  eftoit  perfuadë , que  le  partage  feroit  plus  facile  en  s’élèvent 
jufques  fous  le  Pôle  ; fa  raifon  eftoit,  que  par  le8i,  & S),  degré  P on  avoir  vû  des  lietbes  & des  animaux  , 
qui  paifiènt  fur  les  codes  de  Spitzbergne , Sc  que  ces  quartiers  edans  plus  temperez  que  les  codes  de  la  nouvelle 
Zemble , on  pourroit  éviter  par  là  les  glaces  , qui  fonc  caufes  des  grands  froids  quel’on  y foudre  , & qui  ont  toû- 
„ .jours  empêché  le  bon  fuccez  de  ces  entfeprifes  : mais  je  n’ay  jamais  pû  fçavoiL'  de  luy  comment  il  prétendoit  que 
l’on  s’y  pût  fervir  de  la  Bouffolle  : car  fous  le  Pôle  la  Bouiïollc  ne  marque  que  le  Sud  & le  Nord  , Sc  la  ma- 
niéré de  fçavoir  l’Ed  Sc  l’Oed  par  les  horloges  , Sc  laveuë  du  Soleil  edtrop  incertaine  pour  y hazarder  la  vie 
de  tout  un  équipage,  Sc  le , fuccez  d’une  femblable  entreprife. 


DISCOURS 

SW  .L'ART  . 


■'  De  la  U 

N A V I G A T I G K 

Avec  quelques  Problèmes 
peuvent  iùppîéer  en  partie 
qui  manque  à un  Arc  G né 
cd Taire», 


PROBLEMES. 

I-  Donne t la  confîrucHm  d’un  Niveau 
fins  portatif, , plus  facile  à faire  & à 
employer  3 & plus  exact  que  tous 
ceux  dont  on  s'efi  fervi  jttfqu’ù,  cette 
heure , 

A*  Prendre  hauteur  plus  exactement  fur 


'Mer,  Ion  mefmêque  l'on  ne  voit  pdf 
l'Horizon  3 & que  le  vent  empêche 
de  fe  fervir  des  Jnftrumens  ordinai- 
res. 

III.  Rendre  plue  exactement  la  valeur  d'un 
Degré  en  nos  lieues  ou  mefures  , & 
par  la  refondre  le  Problème  de  la 
me f ire  de  la  Terre.. 

I V.  Fixer  la  valeur  de  ces  lieues  ou  me- 
' fur  es , en  forte  que  les  autres  Hâtions 

(f  la  pofieritè  les  puiffent  entendre. 
Faciliter  l obfervation  des  Longitu- 
des. 

œsn’ESÏ  avec  beaucoup  de  juftice, 
ce  me  femble , que  l’on  fe  plaint 
< de  la  plulpart  des  Gens  de  Lettres 

, ïb  i =1111  des  fiecles  pailèz , & du  mauvais 
■*  ufage  qu’ils  ont  prefque  toujours 

fait  de  leur  temps.  Peut- on  s’empêcher  de 
s’en  plaindre  toutes  les  fois  que  l’on  fè  trouve 
dans  les  lieux  où  l'on  conferve  le  fruit  de  leurs 
veilles , & que  l'on  voit  dans  nos  plus  grandes 
Bibliothèques  des  faces  entières  occupées  par  un 
nombre  infini  de  Commentaires  fur  Ariftote,  un 
pareil  nombre  de  Sommes,de  queftions  deT heo- 
logie  fcholaftique,&  de  réfolutions  de  Cafiiiftes, 
autant  de  livres  de  Droit,  trois  ou  quatre  mille 


Chymiftes,  une  fois  autant  dé  Médecins  ? Ne 
faut-il  pas  avoüer  que  de  tous  les  hommes 
des  fiecles  paflèz  , il  n’y  en  a point  qui 
ayent  plus  mal  employé  leur  temps  que  ceux 
qui  ont  fait  profelÊon  des  Sciences.  Ils  ont 
voulu  faire  croire  qu’ils  l'employaient  tout 
entier  à la  recherche  de  la  vérité,  à met- 
tre le  repos  dans  l’elprit  des  hommes , à leur 
rendre  la  polfellion  de  leurs  biens  plus  tran- 
quille, & aies  guérir  de  leurs  maladies  : Cepen- 
dant il  fo  trouve  qu’il  n’y  a point  de  nations 
plus  tranquilles  que  celles  qui  n’ont  point,  de 
livres  de  chicane , ni  de  peuples  qui  joüiftènt 
d’une  plus  grande  fanté , & qui  ayent  des  re- 
mèdes plus  feurs  contre  les  maladies,  que  ceux 
qui  n’ont  point  de  Médecins. 

Mais  lî  nous  avons  tant  de  fojet  de  nous 
plaindre  de  ceux  qui  fe  font  appliquez  avec 
il  peu  de  fruit  à ces  Sciences  ou  à ces  Etudes, 
il  n’en  eft  pas  de  même  de  ceux  qui  onr  *ulci- 
ve  les  Arts  ; car  il  eft  confiant  qu’ils  y om  fait 
de  grands  progrès , 8c  qu’ils  les  ont  portez  à 
un  degré  de  perfection  fort  élevé  au-deflus  de 
ce  qu’ils  eftoient  dans  leurs  commencemens. 

L’Art  de  la  Navigation  qui  en  doit  eftre  ici 
l’exemple , a toujours  efté  pratiqué  par  des 
gens  aulïï  groffiers  que  nos  Sçavans  de  pro- 
fefîïon  ont  crû  eftre  iubtils  : cependant  ces 
gens  de  Mer , ces  gens  de  peu  de  difcours , & 
©acore  moins  d’application  à l’étude , font 

A ijj 


4 

parvenus  à un  degré  d exactitude  qui  les  a 
fait  admirer  de  tout  le  mondé  : & les  Navi- 
gateurs  de  noftre  fiecle  doivent  eftre  fort  fiu 
tisfaits  de  leurs  anceftres  5 6e  compter  pour 
bon  lemploy  quJiis  ont  fait  de  leur  temps 
toutes  les  fois  qu'ils’  entreront  en  compte  fur 
ce  qu  ils  ont  trouvé  dans  leur  fucceffion  d’ex- 
periences  & d'enfèigncmens. 

-a  Nous  voyons  que  les  anciens  Navigateurs 
n ofoient  perdre  de  veuë  les  côtes  5 &c  que  lors 
qu  il  falloir  faire  canal , c'eft  à dire  perdre  la 
terre  de  veue  , ils  ont  efté  réduis  quelquefois 
à fè  fervir  de  moyens  auffi  grollîers  3 que  ce- 
lui de  mettre  dans  leurs  vaifleaux  des  pigeons 
& de  les  laifter  aller  pour  regler  leur  naviga- 
tion félon  leur  vol  5 & trouver  par  là  les 
terres  d'où  les  pigeons  avoient  efté  apportez. 
Dans  ces  premiers  temps  fun  de  ces  anciens 
Pilotes  pour  avoir  ofé  faire  canal,  & ayoir  navi- 
gé  par  un  mouflon  ou  vent  fixe  qu'il  avoit 
obfervé  jufques  à un  port  des  Indes  où  ce  vent 
le  portoit  5 paflà  pour  un  des  plus  grands  hom- 
mes de  fon  temps.  Ce  vent  mdfne  fut  connu 
depuis  fous  le  nom  de  ce  Pilote.  Cependant 
cette  entreprifè  qui  pafla  alors  pour  la  plus 
grande  & la  plus  difficile  que  l’on  eût  encore 
hazardée , eft  aujourd'hui  une  des  plus  faciles 
qui  fè  rencontrent  dans  l'Art  de  la  Navigation. 
Ce  Recueil  de  voyages  en  donne  foüvent 
des  exemples , principalement  dans  le  Routier 


d Amotta,&  dans  l'TnftruCHon  pour  la  route  des 
Indes  Orientales  ; car  Tune  3c  l'autre  de  ces  piè- 
ces nous  apprennent  que  lors  qu'on  a rencontré 
ces  -mouflons,  c'eft  k dire  ces  vents  fixes  qui  du- 
rent toute  une  fiiifpn  entre  les  deux  Tropiques, 
la  route  fe  fait  fans  que  l'on  change  les  voiles. 
Les  obfervations  des  Pilotes  ont  efté  bien  plus 
loin , elles  nous  apprennent  le  lieu  où  l'on  doit 
trouver  ces  vents  félon  les  différais  temps  de 
1 annee , 3c  nous  connoiflons  fbuvent  le  lieu  de 
la  terre  où  nous  fommes  par  la  veüe  de  ce 
que  la  fonde  nous  a apporté  du  fond  de  la  Mer, 
Les  décbnaifons  de  l'Annan  dont  ils  ont  tenu 
régi  lire , nous  marquent  en  beaucoup  de  ren- 
contres la  longitude  ; & il  efl  vray  de  dire  que 
ces  gens  nous  ont  donné  aujourd’hui  des  routiers 
& des  inftru&ions  fi  exa6tes?que  ion  fait  le  tour 
de  la  terre  avec  moins  de  danger  qu'il  n'y  en 
avoit  autrefois  à traverfer  la  Mer  Mediterra- 
née. Nous  devons  ces  connoiflàncës  & ces 
avantages  aux  écrits  utiles,  & aux  obfervations 
exactes  des  Navigateurs  des  fîecles  paffez. 
La  Géographie  & beaucoup  d'autres  Arts  fe 
font  perfectionnez  de  même,  & on  auroit  fait 
un  femblable  progrès  dans  les  Sciences  fi  on  y 
voit  employé  de  la  mefme  forte  les  expérien- 
ces & les  obferavations. 

Mais  la  plùfpart  des  Sciences, comme  nous  les 
avons  maintenant,  & leurs  fy  fie  mes , ne  font 
qu  un  pur  jeu  de  1 efpnt  de  l'homme  qui  natu- 

A üj 


tellement  fuit  la  peine  de  raîfbnner  jufte  de 
/trouver  de  véritables  préceptes , & d en  tirer  les 
confequenccs  de  mefine,  toujours  prefl  d'admi- 
rer fon  ouvrage,  ôc  de  foutenir  avec  beaucoup 
d'opiniâtreté  ce  qu'il  a avancé  fans  fondement. 

JDans  les  Arts  au  contraire  , lors  que  l'ou- 
vrier a mal  raifonné , & qu'il  vient  à mettre 
en  pratique  un  faux  raifonnement , il  en  eft 
convaincu  auffi-toft  par  le  mauvais  fuccés  de 
ïà  bcfbg  ne,  Sc  corrigé  par  le  dommage  qu'il 
tn  a fouffërt.  Si  les  Navigateurs  enflent  imi- 
té les  Médecins  & les  Philofophes,  & qu'ils 
îc  fuflent  arreftez  à ces  raifonnemeiys  qu'ils 
font  il  y a fi  longtemps  , nous  fèrions  encore 
tous  d accord  de  l'impoffibilité  de  traverfèr  la 
Zone  Torride  , nous  condamnerions  comme 
herctiques  ceux  qui  aflureroient  le  contraire , 
& qu'il  pût  y avoir  des  hommes  au-delà  de 
la  ligne.  Semblables  raifonnemens  nous  au^ 
roient  privez  de  toutes  ces  belles  & utiles  con- 
noillances  du  nouveau  monde  plus  grand  que 
celui  que  les  anciens  ont  connu  ; ainfMa  moi- 
tié de  la  terre  feroit  encore  dans  le  cahos  où 
1 ignorance  des  fiecles  paiïèz  l’avoit  laiflee. 

Si  les  Médecins  avoient  imité  les  Naviga- 
teurs, 6c  qu'ils  euflent  continiié  les  remarques 
Sc  les  obfervations  que  leurs  premiers  fonda- 
teurs avoient  commencé  de  faire  , nous  au- 
rions une  fiiite  d'hiftoire  des  maladies  déplus 
de  deux  mil  ^n$ , & les  remedes  de  trente. 


fïeclcs  , car  il y à autant  de  temps  que  Ion  a 
commencé  à confacrer  dans  un  Temple  les 
inferiptions  des  remedes  dont  on  avoir  tiré 
du  fccours  dans  les  maladies , & fondé  ainfi 
cette  Medeeine  experimentale  que  les  dogmes 
mal  établis  , & la  foulle  éloquence  des  Mé- 
decins qui  font  venus  après,  nous  ont  fait 
perdre  j tellement  qu’ils  font  encore  aujour- 
d huy  dans  l’état  où  ils  fe  plaignoient  d’eftre 
vers  le  temps  d’Augufte.  * D’avoir  trop  de  pa- 
roles , & point  de  Remedes. 

Ceux  qui  ont  parlé  de  bonne  foy  de  la  Phy- 
sique ou  de  4a  Medeeine,  ont  confeffé  cette 
ncceffité  de  faire  des  expériences  & des  ob- 
fervations  pour  y fçavoir  quelque  chofe.  Def- 
cartes  l’avoüe  par  tout  où  il  a occafion  d’etj 
parler , tout  le  monde  en  eft  maintenant  per- 
fuadé  , St  c’eft  à quoi  devroient  s'occuper 
principalement  le  grand  nombre  de  Gens  dû 
Lettres  qui  fuivent  aujourd’hui  fa  Philofophie* 
autrement  il  ne  nous  fera  pas  plus  utile  d’a- 
voir beaucoup  de  Commentateurs  de  Défi 
cartes  & de  GâSeady  , qu’il  nous  a peu  lervi 
julqu  à cette  heure  d’avoir  employé  tant  da 
fiecles  à commenter  les  fyftemes  d’Epicure  , 
de  Platon  & d Ariftote  : Enfin  douze  ou  quinze 
cent  Traitez  fur  la  caufe  de  la  fièvre  & fur 
ia  méthode  de  la  guérir,  n’ont  fèrvi  julques 
à cette  heure  cju’à  faire  craindre  cette  ma- 
ladie , que  le  Chinchinna  des  Indiens , & mjg 

| yiit  vérin,  fuperejje  , deejfe  medeud^fcienMm. 


méthode  contraire  à celle  des  Médecins  , gue~ 
rit  prefque  toujours. 

Ce  fut  fur  de  femblables  réflexions  que 
plufieurs  perfonnes  unies  enfemble  par  l’a- 
mour de  la  vérité  , & par  le  deflèin  de  tra- 
vailler à l'avancement  des  Sciences  & des 
Arts , quittèrent  la- méthode  des  anciens  dé 
leurs  fy ftemes , pour  s’appliquer  entièrement 
à faire  des  obfervations  & des  expériences, 
comme  à Tunique  moyen -de  réüfïïr  dans  un 
û bon  ddfeim 

C'eft  fur  ce  fondement  que  TA  ITemblée 
qui  s'eftoit  formée  chez  Moniteur  de  Mont- 
mort,  a travaillé  les  deux  dernieres  années 
quelle  s’eft  teniie  chez  moi  $ ce  temps  fera 
conté  un  jour  pour  bien  employé  lors  que  les 
obfervations  & les  expériences  qui  ssy  font 
faites  feront  données  au  public* 

Après  avoir  fait  uü  recueil  & ün  efpece 
d'inventaire  de  ce  que  nous  trouvons  de  biens 
effectifs 'dans  îa  ftccefïïon  des  Gens  de  Let- 
tres des  fiecies  paflez , & dans  les  écrits  des 
autres  nations , après  avoir  veu  par  là  com- 
bien Ton  a avancé  dans  chaqqe  Art , TAlïèm- 
blée  devoir  s'appliquer  à poufler  plus  avant 
fès  connoiflànces , à fuppîéer  ce  que  l’on 
trouverait  manquer  à la  perfection  des  Arts. 

. Les  Navigateurs  n’ont  point  trouvé  juf. 
ques  ici  de  moyens  de  prendre  exactement 
hauteur  lors  que  T Horion  n’eft  pas  libre,  ou 

que 


que  le  vent  les  empêche  de  fe  fervir  de  leufs 
îmtrumens,  car  leurs  inftrumens  fuppofentla 
veue  de  1 Horizon  3>  & que  le  grand  vent 
n en  empeche  point  1 uiàge. 

Je  propoferay  ici  une  Machine  nouvelle  que 
J ay  trouvée  il  y a quatorze  ou  quinze  ans 
avec  laquelle  on  remedie  aflurément  à ces 
inconveniens  OÜ  tombent  tres-fouvent  les 
Pilotes  , principalement  lors  qu’ils  navieent 
entre  les  Tropiques  & les  Pôles  ; car  avec 
cette  Machine  qui  eft  fort  fimple  l’on  pein 
prendre  hauteur  lors  même  que  les  broüiüa 
empêchent  la  veiie  de  l’Horizon,  & que  îes 
plus  glands  vents  leur  oftent  la  liberté  de  fe 
lervir  de  la  Baleftrille  & des  autres  Inftru 

rrïrr  ï? donnay  dans  ce 

Afehrrï  h defcnP«°n,  lors  que  nolTre 

avTc  ouel  fUbfift°U  encore>  & je  l’inlereray  ici 
Cvf  '^  remarques  que  les  fautes  que 
j ay  vu  fane  quelquefois  à ceux  qui  s’en  fer 
vent  ont  rendu  noires,  q l“ 


B 


ÏO 


PROBLE'ME  PREMIER. 

Donner  la  conftruBion  d'un  Niveau  plus 
portatif  , pln-s  facile  à faire  & d em- 
ployer , dr  plu*  exaB  que  tou s ceux 
dont  on  $ efi  fervi  jufqud  cette  heure . 

IL  s’eft  fait  quelques  nouvelles  découver- 
tes dans  l’Allemblée  pour  l’avancement  des 
Arts,  qui  seft  tenue  chez  Monfieur  Thevenot, 
qui  peuvent  eftre  d’un  grand  ufage,  principa- 
lement pour  les  Bâtimens , pour  la  conduite 
des  Eaux , & pour  la  Navigation.  L’armement 
des  Flottes  des  Indes, la  jon&ion  des  Riviè- 
res & les  grands  bâtimens  que  l’on  entre- 
prend maintenant  , ont  fait  croire  que  c eftoit 
le  temps  de  rendre  publique  une  choie  qui 
peut  eftre  utile  à ces  entreprifes  , & qui  avoit 
efté  propofée  dans  cette  Ailèmblée  il  y a 
déjà  quelque  temps  , Sc  depui;  à la  Société 
Royale  d’Angleterre,  & à l’Academie  del 
Ciment o de  Toicane. 

C’eft  un  Inftrument  où  l’air  enfermé  avec 
quelque  liqueur  fait  un  Niveau,  mais  qui  a 
ces  avantages  fur  tous  ceux  dont  on  s’eft  fervi 
iufques  à cette  heure. 

i.  On  le  trouve  plus  juftc  que  les  autres, 
car  il  n’y  a point  de  Ci  petite  inclination  qu’il 
ne  faife  connoiftre. 


Iî 

2.  Il  e(t  d’ailleurs  d autant  plus  feur  pour 
la  pratique,  que  les  changemens  de  l’air,  le 
fec , l’humide  & le  vent  qui  altèrent  les  au- 
très  Niveaux , ne  peuvent  en  façon  du  mon- 
de corrompre  fa  juftefle. 

3.  La  main  de  l’ouvrier  n’eft  point  occu- 
pée  à le  tenir  lors  qu’il  s’en  feit. 

4.  L’on  employé  moins  de  temps  à s’en 
fèrvir,  qu’à  fe  fervir  des  Niveaux  ordinaires  ; 
ce  qui  eft  fort  confiderable  dans  une  pratique 
que  les  ouvriers  font  obligez  de  recommen, 
cer  fi  fouvent. 

La  conftrudfcion  en  eft  auffi  plus  aifée 
que  celle  des  autres  Niveaux.  On  choifit  un 
tuyau  de  quelque  matière  tranfparante  ; un 
canon  de  verre  par  exemple,  dont  les  CGftez 
foient  parallèles  ; d’un  diamettre  qui  puiflè  re- 
cevoir le  petit  doigt , & qui  foit  environ  fept 
ou  huit  fois  plus  long  que  large.  On  le  fer- 
me par  un  bout,  & on  y met  quelque  liqueur. 
L’efprit  de  vin  y eft  fort  propre,  parce  qu’i! 
ne  fait  point  de  fediment , 5c  qu’il  ne  g le  ja- 
mais. On  laifie  du  tuyau  environ  un  peu 
moins  de  vuidc  qu’il  11’a  de  diamètre  ; on  le 
bouche  après  , ou  on  le  feelîe  par  le  feu. 

Lors  qu’on  s’en  fert  6c  qu’on  l’applique 
fur  le  plan  que  l’on  veut  examiner , Pair  oui 
y eft  enfermé  monte  aufli-toft  vers  la  partie 
du  plan  la  plus  élevée,  & demeure  fans  mou- 
vement 1ers  que  le  plan  eft  horizontal,  & 

B ij 


n 

cela  toujours  avec  la  mefmc  juftefle,  quelque 
temps  qu  il  falîè. 

Ce  Niveau  d'air  qui  donne  Fhorizon  avec 
tant  de  juftefle,  donnera  par-confequent  la 
perpendiculaire  fur  l'Horizon  , & tous  les 
difïèrens  angles , fi  vous  y ajoutez  les  divi* 
irons  fur  lefquelles  il  les  puillè  marquer. 


f 


PROBLEME  IL 

Prendre  hauteur  plus  exactement  fur  Mer y 
lors  mefne  que  l’on  ne  voit  pas  /' Hori- 
zon , & que  le  vent  empêche  de  fe  fer- 
yir  des  lnjlrumens  ordinaires . 

C'E  s T robfervation  de  la  hauteur  du 

Pôle  qu’eft  principalement  fondé  l'Art 
de  la  Navigation,  & le  plus  admirable  Pro- 
blème que  Pefpric  humain  ait  réfolu , qui  eft 
de  pouvoir  conduire  un  Vailïeau  en  tel  lieu 
du  monde  où  l'on  puiife  naviger  fans  avoir 
jamais  fait  le  voyage. 

Les  Nations  les  plus  fçavantes  dans  PArt 
de  la  Navigation  fe  fervent  pour  prendre 
hauteur  , d’Inftrumens  avec  iefquels  il  faut 
voir  en  même  temps  l'Horizon  8c  FAftre , 
ou  fon  ombre  : Lors  qu'ils  ne  voyent  point 
i!  Horizon,  ils  ne  s'en  peuvent  fervir  , ce  qui 


arrive  fort  fouvent  : & quand  ils  le  voyent , 
îa  réfradion  les  trompe  toujours,  & fait  pa- 
raître l’Horizon  plus  haut  qu’il  n^eft  en  effet. 
On  fçait  trop  ee  que  peut  la  réfradion , pour 
s’arrefter  à le  prouver  par  les  témoignages 
des  Hollandois  dans  la  nouvelle  Zembla,  des 
Anglois  dans  leurs  découvertes  vers  le  Nord- 
Oeft , 8c  par  celui  de  nos  François  qui  ont  veu 
fouvent  fur  terre  le  mefme  objet , tanroft  plus 
haut , tantoft  plus  bas , 8c  qui  ont  l’experience 
que  les  refradions  font  encores  plus  grandes 
fur  mer  que  fur  terre , & qu  elles  changent  fi 
fi  diverfement , félon  les  différons  temps  & 
les  différons  lieux , qu’on  n’en  fçauroit  don- 
ner de  réglé.  L’Arbaléte  commune , le  Quar- 
tier dont  fe  fervent  les  Anglois , & enfin  tous 
les  Inftrumens  qui  fuppofent  la  veuc  de  l’Ho- 
rizon, font  fujets  à ces  deux  défauts , aufquels 
on  n’a  pu  trouver  jufques  ici  de  remede  : car 
lors  qu’on  voit  l’Horizon  ils  le  fuppofent  plus 
haut  qu’il  n’eft  en  effet,  comme  je  viens  de 
dire,&ils  font  inutiles  quand  on  ne  le  voit  pas. 

Le  Niveau  d’air  nous  donne  une  maniéré 
de  fuppléer  ce  qui  manque  de  ce  cofté-là  à 
un  Art  fi  neceflaire  , puifqu’eftant  appliqué 
fur  les  Inftrumens  des  Mariniers , ou  ce  qui 
eft  encores  mieux , fur  une  équaire  dont  une 
des  branches  foit  divifée  en  45  degrez , foit  que 
le  Ciel  foit  fèrein  ou  couvert , il  marque  toi*î 
jours  exadement  l’Horizon, 


Car  avec  un  Tnftrumcnt  d’une  conftrudtîon 
fi  fimple  & fi  aifée  Ton  évite  le  changement 
des  Marteaux , de  le  doute  ou  on  eft  toujours 
qu’ils  foient  à angles  droits.  Et  pour  les  Di- 
vifions , on  a crû  à propos  de  les  faire  avec 
du  fil  de  fer  ou  de  quelqif  autre  métal  pafle  par 
«ne  même  filiere  ; car  ces  fils  font  égaux  par 
leur  conftru&ion , & étant  tournez  fur  une 
aiguille  comme  on  fait  la  cannetille , ils  don- 
neront les  Divifions  plus  petites  & plus  juftes 
qu'aucun  Divifèur  d’Inftrumens  de  Mathéma- 
tique le  puiffè  faire  -,  & cela  avec  une  grande 
épargne  de  temps  & de  dépenfe.  Il  y a enco- 
re cet  avantage,  que  par  le  moyen  de  ces  Di- 
vifions que  l’on  peut  mettre  dans  un  afîèz  petit 
volume,  un  Navigateur  peut  porter  de  très- 
grands  Inftrumens  par  tout,  & s’en  fervir  dans 
des  occafions  de  neccffité  ,dont  on  ne  voit  que 
trop  d’exemples  dans  les  voyages  de  long 
cours  : car  foit  qu’on  étende  ces  fils  ou  can- 
netilles  fiir  une  Réglé  ou  fur  un  Cercle , elles 
les  divifent  de  même  en  partie  fi  égales , & 
fi  Ion  veut  fi  petites  & fi  juftes , que  je  ne 
crains  point  d’avancer  5 que  fi  l’on  fait  jamais 
en  Europe  des  Inftrumens  pour  les  Oblerva- 
tions  Agronomiques  aufïï  grands  que  ceux 
qui  ont  efté  faits  en  A fie,  cette  maniéré  de 
Divifion  ne  doive  eftre  preferée  à toutes  les 
autres  qui  ont  efté  pratiquées  j triques  à pre~ 
fent. 


tl  y d’autres  maniérés  encores  plus  juftes  de 
prendre  hauteur  & de  faire  la  plufpart  des  au- 
tres obfervaticns  celeftes , en  le  lavant  d’une 
lunette  avec  de  s filets  à fon  foyer  5 car  fi  vous 
la  pointez  au  Zenit  par  le  moyen  du  Niveau, 
elle  vous  peut  faire  voir  prefques  à toutes  les 
heures  de  la  nuit  quelque  Etoille  qui  en  apro- 
ehera  ; & connoillànr  la  declinaifon  de  cette 
Etodle  par  les  T ables , & là  diftance  du  Ze- 
nit par  le  moyen  des  filets  de  la  lunette , vous 
avez  la  hauteur  lans  autre  calcul  ; & quand 
mefine  une  petite  diftance  comme  celle-là  Ce 
prendroit  par  eftimation , elle  ne  li  ra  jamais 
fi  fautive  que  les  înftrumens  des  Mariniers, 
qui  ne  leur  donnent  point  la  Hauteur  de  nuie 
à une  précifion  plus  grande  que  de  vingt-cinq 
à trente  minutes. 

La  Hauteur  fe  peut  encore  prendre  par 
deux  Etoilles  veuës  à l’Horizon  ou  fous  le 
mefine  Azimut , ou  lors  qu’elles  font  au  Mé- 
ridien & proche  de  l’Horizon  ; mais  comme 
ces  maniérés  Irppofent  une  plus  grande  con- 
noiflànce  du  Ciel  que  celle  des  Mariniers  or- 
dinaires , ce  n’eft  pas  ici  le  lieu  de  s’y  éten- 
dre , la  choie  eftant  d’ailleurs  allez  claire  à 
ceux  qui  connoilfent  le  Ciel  pour  l’entendre 
fur  la  feule  propofition  que  j’en  fais  ici. 

Ce  peu  de  lignes  avec  la  figure  fuffiront 
fins  doute  au  deftèin  qui  les  a fait  écrite,  qui 
eft  d’enftigner  feulement  la  pratique  de  ce 


lé 

Niveau  & de  ces  Divifions  : Les  exemples 
que  l’on  en  a donnez  ici  pour  Ja  Navigation 
Sc  pour  la  conduite  des  Eaux , s’étendront  ai- 
fément  à l’Architeéfcure  & aux  autres  Arts. 

Pour  ce  qui  eft  de  la  théorie  & de  l’effet  de 
l’air  enfermé  avec  l’eau  dans  un  même  tuyau, 
il  a efté  examiné  ailleurs  pat  la  même  per- 
forine à l’occafion  de  l’eau  qui  monte  dans 
la  branche  étroite  du  fiphon.  Et  l’on  fe  re- 
met à la  donner  au  public , lors  que  beaucoup 
d’autres  pièces  faites  dans  cette  même  AfTem- 
blée  feront  en  état  d’y  paroiftre. 


PROBLE' ME  III. 

Rendre  plus  exactement  la  valeur  d’un 
Degré  en  nos  lieues  ou  me fur es , & par- 
là  rè foudre  le  Problème  de  la  mefure 
de  la  Terre. 

LA  latitude  ou  hauteur  prilè  avec  l’Inftru- 
ment  que  je  viens  de  dire , ou  obfervée  lans 
Infiniment  dans  le  Ciel  par  le  moyen  des  Etoi- 
les ou  des  Planètes  fait  connoiftre  combien 
Ton  a avancé  vers  l’un  ou  l’autre  Pôle  du 
monde  ; mais  le  Navigateur  devroit  fçavoir  en-* 
cores  combien  un  degré  du  Ciel  luy  vaut  de 
lieues  fur  la  Terre,  c’eft  à dire  fçavoir  la  gran- 
deur de  la  Terre.  L'Antiquité  s’eft  fer  vie  de 

diverfes 


17 

diverfes  obfervations  pour  venir  à bout  de  ce 
Problème:  la  plus  fameufe  eft  celle  du  Cali- 
phe  Almamoun  de  la  maiTon  des  Abailydes , je 
îa  rapporteray  icy  comme  je  l’ay  traduite  *dü 
texte  Arabe  des  Prolegomenes  de  la  Géogra- 
phie d’AbuIfeda;  car  la  tradudion  que  j’en  ay 
faite,  Sc  que  l’on  a veuë  à la  telle  du  difcours 
de  la  meliire  de  la  Terre,  n’eft  pas  entière. 

Les  grands  Cercles  de  la  Terre  font  divifez 
en  trois  cent  ioixante  parties , comme  ceux 
que  nous  imaginons  dans  le  Ciel.  Ptolomée 
auteur  de  l’Almagefte , avec  plufieurs  autres 
des  Anciens }a  obier ve  qu’une  de  ces  trois  cens 
foixante  parties  ou  degré,  vaut  foixante-huic 
milles  & deux  tiers  de  mille  fur  terre.  Ceux 
qui  font  venus  depuis  eux  ont  voulu  s’en 
éclaircir  par  leur  propre  expérience  ; car  s’é- 
tant aflemblez  par  1 ordre  d’Almamoun  dans 
les  Plaines  de  Seniar,  ils  prirent  enfemble  la 
hauteur  du  Pôle,  fe  féparerent  après  en 
deux  troupes,  l’une  s’avança  vers  le  Septen- 
tnon , & l’autre  vers  Midy,  allant  le  plus  droit 
qu  il  leur  fut  poffible , julques  à ce  que  l’une 
des  troupes  eût  obfervé  le  Pôle  Septentrional 
plus  elevé  d un  degré , & que  l’autre  au  con- 
traire l’eût  trouvé  abaiilé  d’un  degré.  Ils  (b 
railèmblerent  enfuite  à leur  première  ftation 
pour  confronter  leurs  obfervations  ; il  parut 
que  l’une  des  troupes  avoir  Compté  <6  mil- 
les deux  tiers  pour  un  degré  , & l’autre  feu- 


i8 

lement  $ G milles  : Ils  convinrent  de  pren- 
dre la  plus  grande  mefure  de  5 6 milles  deux 
tiers.  T ellement  qu’entre  cette  obfervation  & 
celle  des  anciens  il  y a dix  milles  de  différen- 
ce ; car  les  anciens  faifoient  le  degré  plus  grand 
de  dix  mille*  que  les  modernes  ne  le  font  ; 
cependant  il  y en  a encore  qui  aiment  mieux 
fuivre  le  calcul  des  anciens. 

Mais  il  faut  auffi  remarquer  que  les  cou- 
dées , les  milles  8c  les  parafantes  des  anciens 
font  des  mefures  differentes  de  celle  d aujour- 
d’huy  , & que  le  pouce  eft  une  mefure  commu- 
ne aux  uns  &aux  autres,  car  ils  conviennent 
fur  le  fujet  du  pouce,  8c  îuy  donnent  la  lon- 
gueur de  fix  grains  d’orge  mis  à cofté  iïin  de 
f autre  ; mais  les  anciens  ont  fait  la  coudée  de 
32  pouces, que  les  modernes  ne  content  que 
pour  24  ; ainfi  le  mille  des  anciens  qui  vaut 
trois  mil  coudées  de  32  pouces  chaque  coudee, 
eft  égal  à celuy  des  modernes  qui  contient 
quatre  milles  coudées  de  24  pouces  chacu- 
ne ; & la  différence  que  Tony  trouve  n eft  que 
dans  le  nombre  des  coudées  que  l’antiquité 
a confiderées  autrement  que  ceux  de  noftre 
iîecle.  CefUà  le  fens  des  paroles  d’Albufeda. 

Le  peu  de  fuccés  des  entreprifes  que  les  an- 
ciens ont  fait  pour  venir  à bout  de  ce  Problè- 
me, 8c  le  fouhait  de  tous  les  Mathémati- 
ciens , mefme  de  nos  François  qui  y ont  tra- 
vaillé depuis  peu  5 8c  avec  plus  d’exafti- 


*9 

tude  que  les  autres  nations , m’ont  fait  cher- 
cher une  plaine  plus  étendue  que  celle  de 
Seniar,  de  Paris  à Amiens  , de  Londres  à 
Yorcx:,  de  Bergenpfom  àLeyden,  ôc  que  toutes 
les  autres  diftanc'es  dont  on  s’eft  fervi  jufques 
à cette  heure  pour  ce  deflèin.  Je  crois  en  avoir 
trouvé  une  qui  y eft  fort  propre  , car  Ton  y 
pourra  mefiirer  la  diftance  de  plufteurs  degrez 
Nord  3c  Sud  , Sc  fans  que  le  haut  3c  le 
bas  du  terrain  où  la  rencontre  des  bâtimens 
Sc  des  forefts  empêchent  Implication  d’une 
mefure  a&uelle.  C’eft  fur  le  Botenzée,  Golfe 
que  fait  la  mer  Baltique  en  s’avançant  dans 
les  terres  vers  le  Nord,  & cela  dans  le 
temps  que  fes  eaux  font  glacées  , puifqu’iî 
eft  des  années  où  Ton  pourra  traverfer  depuis 
Torn  ville  fituée  au  fonds  de  ce  Golfe,  juf- 
ques  au  ddïous  du  Parage  de  StoKolm , & 
quelquefois  encore  plus  bas  en  fiiivant  les 
côtes  Orientales  de  la  mer  Baltique,  jufques 
en  Prude , 3c  jufques  à la  Ville  de  Labio  qui  eft 
au  Sud  du  Curish  HafF,  étendue  qui  fait  une 
partie  confiderable  de  la  circonferance  de  la 
terre,  3c  qui  donne  une  plaine  de  quatorze  ou 
quinze  degrez , mais  une  plaine  que  Y on  peut 
mefurer  fans  obftacles , 3c  une  ftuface  dont 
on  peut  connoiftre  la  courbure.  Il  y a plus 
de  quinze  ans  que  j’ay  communiqué  cette 
penfée , 3c  que  j’aÿ  excité  un  de  mes  amis 
qui  eftpit  alors  en  Spede  de  l’çxecuter  ^ la 

C ij 


choCe  m’a  paru  toujours  tres-facile.  Elle  le 
paroiftra  de  mefme  à tout  le  monde , fi  l’on 
jette  les  yeux  fur  le  plan  que  l’on  a fait  d’une 
partie  de  cette  plaine  pour  repreiènter  la  mar- 
che des  Troupes  du  Marquis  de  Brandebourg , 
qui  partirent  des  environs  de  la  Ville  de 
Labio , & marchèrent  Cavallerie , Infanterie , 
■Artillerie  & Bagage , firent  en  un  jour  douze 
grandes  lieues  d’Allemagne  fur  la  glace , & 
fùrprirent  les  Suédois  dans  leurs  quartiers. 

Ce  plan  qui  eft  public  confirme  encore  la 
facilité  que  je  fiippofe  ; pour  moy  ce  m’eft 
allez  d’avoir  donné  cette  veuc  Sc  la  maniéré 
de  réfbudre  un  Problème  qui  a exercé  tant 
d habiles  gens  ; pour  ce  qui  eft  de  l’executer , 
êc  de  faire  mefurer  cette  grande  étendue  ; ce 
font  de  ces  foins  que  les  Romains  appellent 
curas  Regum. 

Ainfi  en  fe  fèryant  d’une  aulïï  grande  bafe 
de  treize  ou  quatorze  degrez  , ou  d’environ 
798840  thoifès  Françoifes,  l’on  pourra  venir  à 
une  plus  grande  précifion  touchant  la  mefure 
de  la  terre , que  l’on  n’a  pû  faire  jufques  à 
cette  heure,  à caufe  de  la  petiteflè  des  bafès 
fur  laquelle  on  a établi  jufques  ici  la  réfolu- 
tipn  de  ce  Problème.  Par  là  nous  pourrons 
déterminer  le  diamètre  & la  grandeur  de  la  ter- 
re que  les  hommes  habitent  il  y a fi  long- 
temps fans  la  connoiftre,  & nous  fçaurons  aflez 
exactement  par  cet  ufige  ce  qu’un  degré  vaut 


II 

de  nos  lieues.  La  glace  a encores  d’autres 
avantages  pour  l’obfervation , comme  je  l’a- 
vois  marqué  avec  beaucoup  d’autres  circon- 
ftances  dans  le  mémoire  que  j’en  envoyay  il 
y a quelques  années  à un  de  mes  amis  en 
Suede  à qui  j’avois  propofé  de  faire  cette  ob- 
lèrvation. 


PROBLEME  IV. 

Fixer  la  valeur  de  ces  lieues  ou  mefures, 
en  forte  que  les  autres  Nations  & la 
ÿofieritè  les  fuiffent  entendre . 

CE  ne  fera  pas  allez  d’avoir  appris  par 
cette  obier vation  combien  un  degré  dans 
le  Ciel  vaut  de  lieùës  ou  d’autres  menues  fur 
la  terre  ; il  faut  encore  fonger  aux  moyens  de 
faire  entendre  quelles  font  ces  indurés  aux 
autres  nations  , & trouver  quelque  méthode 
aifée  pour  en  tranfmettre  la  connoiflànce  à 
la  pofterité , afin  qu’on  ne  tombe  plus  dans  la 
melme  ignorance  où  nous  fommes  mainte- 
nant des  mefures  de  ceux  qui  nous  ont  pré- 
cédé ; & auffi  de  leurs  poids , car  la  connoifla»- 
ce  des  poids  peut  dire  tirée  en  quelque  façon 
de  celle  des  mefures. 

Ces  gens  de  Lettres  qui  ont  pris  tant  de 
foin  de  nous  lailfer  des  penlées  & des  raifon- 


nemens  inutiles , n’ont  jamais  travaillé  férieu- 
fèment  à nous  tranfmettre  une  connoiflànce 
auffi  necefïàire  que  celle  des  poids  de  des 
mefures  : fi- bien  que  prefque  par  tout  ou  il 
eft  parlé  dans  leurs  livres  de  poids  ou  de  ine- 
fùres  5 nous  ne  les  fçaurions  entendre.  Les 
grains  d’orge  & les  crins  de  cheval  dont  ils 
le  font  voulu  fervir  pour  nous  faire  entendre 
leurs  mefures  (ont  inégaux  , Sc  d’autant  plus 
impropres  à cet  ufage  , qu’ils  font  plus  petits , 
qui  eft  cependant  la  raifon  pour  laquelle  il$ 
s’en  /ont  voulu  fervir. 

Gravius  3 comme  on  le  voit  dans  la  premiè- 
re partie  de  ce  Recueil  5 a fait  un  voyage  ex- 
près d’Angleterre  en  Egypte  pour  graver  fur 
le  tombeau  de  la  plus  grande  des  pyramides 
le  pied  de  f©n  païs  ? perfuadé  qu’il  réfoudroit 
ainfi  en  mefine  temps  deux  problèmes  5 celuy 
d’établir  une  mefure  commune  à ceux  de  fon 
fiecle  5 Sc  de  la  tranfmettre  à la  pofterité. 
Il  confideroit  que  ce  tombeau  ayant  déjà  du- 
ré plus  de  trois  mil  ans , Sc  eftant  encore  fort 
entier , il  pourroit  conferver  très  long-temps 
ces  mefures  , & qu’ayant  rapporté  à cette 
mefiire  ainfi  gravée  furie  tombeau  de  cette 
pyramide  , les  mefures  qui  font  aujourd’huy  le 
plus  en  ufiige  chez  les  autres  nations  ; comme 
il  a fait  dans  un  Traité  particulier  , par  là 
il  en  conferveroit  la  connoiflance5les  rendroit 
intelligibles  à ceux  de  fon  fiecle , & à toust  les 


fiecles  qui  les  doivent  ftnvre,auffi  long-temps 
au  moins  que  dureroit  le  tombeau  de  la  py- 
ramide. Sa  penfée  peut  eftre  utile  5 princi- 
palement aux  Egyptiens  tant  que  ce  tombeau 
fera  dans  fon  entier.  Snellius  avoit  eu  de- 
vant luy  une  femblable  penfée  3 car  il  vou- 
loir établir  cette  mefure  commune  fur  les  rui- 
nes d’un  fort  que  les  Romains  ont  baty  à 
l’ancienne  embouchure  du  Rhin  $ mais  ces 
méthodes  ne  font  pas  generales  5 leur  durée 
eft  attachée  à celle  de  ces  ruines  9 de  il  faut 
que  ceux  des  autres  nations  fortent  de  leur 
païs  pour  les  apprendre. 

D’autres  ont  crû  pouvoir  faire  la  mefme 
chofe  plus  exa&ement  par  le  moyen  de  la 
longueur  d’un  pendule , la  différence  de  l’air 
y peut  apporter  du  changement  ; un  pen- 
dule de  mefme  longueur  va  plus  vifte  en 
Hyver  qu’en  Efté  5 èc  peut  eftre  autrement 
aux  lieux  qui  font  proche  la  ligne  , qu’en 
ceux  qui  font  avancez  vers  les  Pôles  , outre 
que  cette  méthode  eft  impliquée  avec  une 
pbfervation  celefte  5 de  que  hors  de  l’Europe 
il  y a fort  peu  de  gens  capables  de  faire 
femblables  obiervations  avec  la  juftellè  ne- 
ceflaire  5 de  que  les  plus  habils  s’y  peuvent 
tromper , comme  il  eft  arrivé  à nos  voifins , 
de  comme  on  le  voit  dans  l’obfèrvation  d’Al! 
mamoun. 

Dans  une  entreprife  que  tan t d’efforts  inutile 


2+ 

ont  rendue  comme  delèfperée,  il  m’eft  venu 
dans  l’efprit  ? que  peut-eftre  l’on  y réiilïïroit 
mieux  en  le  fervant  de  quelqu’un  de  ces  ou- 
vrages  que  nous  d lions  que  les  belles  font  par 
inftind;  nous  pouvons  ce  me  femble  fuppofer 
avec  raifon  que  cet  inftinéfc  leur  venant 
d’une  caufe  eternelle,  il  doit  eftre  toujours  le 
melme  & exempt  de  toutes  ces  varietez  qui 
diftinguent  tout  ce  qui  vient  des  hommes. 
Entr  autres  exemples  je  trouvay  que  les  cellu- 
les des  abeilles  de  melme  efpece , indurées 
dans  le  temps  que  les  abeilles  les  bâtilïènt , 
font  égales  entre  elles , & ayant  depuis  me- 
furé  celles  des  environs  de  Paris , de  la  Ville 
de  Leyden,  de  Florence,  je  n’y  trouva^  au- 
cune différence  ; & que  fi  l’on  fuit  les  rangs 
lèlon  lefquels  les  fonds,  ou  baies  de  ces  cellu- 
les lônt  dilpofées , l’on  trouvera  qu’un  mef- 
me  nombre  de  cellules  donne  toûjours  la  met 
me  mefiire.  Ainfi  rapportant  toutes  les  me- 
fures  dont  on  le  fert  maintenant  dans  le  mon- 
de , à celle  des  cellules  des  abeilles , la  pofte- 
rité  pourra  par  ce  moyen  les  connoiftre  tou- 
tes : Et  cette  mefure  que  je  propolè  icy  lèra 
d’autant  plus  generale , qu’il  y a des  abeilles 
dans  tous  les  endroits  de  la  terre , auffi-bien 
aux  lieux  qui  approchent  des  Pôles , qu’en 
ceux  qui  lont  plus  avancez  vers  la  ligne  : Et 
quoy-que  je  l’établiflè  fur  de  la  cire , rien 
ne  m'empêche  de  croire  qu’elle  ne  puilTe  du- 


ret  autant  que  ie  monde,  & qu’elle  ne  lois 
plus  propre  à ce  delTein  que  le  diafpre 
du  tombeau  fur  lequel  Gravius  a marqué  le 
pied  Anglois,  & plus  ailée  à entendre  & à 
pratiquer  que  celle  qui  le  peut  tirer  des  vi- 
brations du  pendule,  jointes  à une  oblèrvation 
celefte,  comme  on  la  voulu  faire  en  France 
& en  Pologne.  Mais  auparavant  que  de  l’é- 
tablir 5 je  voudrais  avoir  pu  comparer  les  ou- 
vrages des  abeilles  de  lieux  éloignez , du  Cap 
de  Bonne  F.lperance  & d’Egypte;  par  exem- 
ple, avec  celles  de  la  Molcovie  & du  Mexique, 
&c.  Et  fi  elles  fe  trouvent  par  tout  égales , cette 
mefiire  lé  pourra  rendre  commune  à toutes 
les  nations , 8c  par  Ion  moyen  l’on  pourra 
tranlmettre  la  connoiflànce  des  mefures  de 
hoftre  fiecle,  a la  pofterité,  qui  eft  ce  que  l’on 
cherche.  Ce  Problème  s’étend  aulîî  à la  con- 
soilïànce  des  poids , ce  qui  eft  trop  connu  à 
ceux  qui  ont  étudié  cette  matière  pour  l’expli- 
quer ici  davantage. 

Je  ne  puis  retenir  dans  la  plume  quelqües- 
ines  des  autres  oblérvations  que  j’ay  faites 
ur  les  abeilles , que  la  main  de  Dieu  ne  lé 
mit  point  mieux  ailleurs  que  dans  ces  ou- 
vrages qui  font  faits  par  inftinét  , que  la 
Iruélüre  des  cellules  des  abeilles , qui  eft 
:e  qu’il  y a de  plus  admirable  dans  tout 
:e  que  nous  voyons  de  l’ouvrage  des  ani- 
naux,  eft  juftement  ce  qui  n’a  point  elle  te- 

O 


%6 

marqué  par  Àldrouandus  , par  Mouffet  5 ni  j 
par  tous  ces  autres  perfonnages  de  grande 
leéture  5 qui  ont  crû  avoir  traitté  à fonds  Fhi-  j 
ftoire  des  abeilles  , à caufe  qu’ils  ont  ramaffé  * 
tout  ce  que  les  anciens  & les  modernes  en 
ont  écrit, 

, Il  eft  confiant  qu’il  n y a que  trois  figures, 
régulières  qui  peuvent  remplir  l’efpace  , c’eft  j 
à dire  pour  parler  plus  intelligiblement,  qui  ] 
puiflent  paver  un  efpace  fans  laiflèr  de  vuide 
entr’elles  : Ces  figures  font  le  triangle  qui  a les 
collez  égaux , le  quarré  & Fexagone  : Les  , 
abeilles  pour  bâtir  leurs  cellules , ont  choifï  : 
une  de  ces  figures  qui  ne  laifle  point  d’efpa- 
ce  vuide  &c  inutile  dans  leur  plan , mais  ce 
n’efloit  pas  allez  d’avoir  cet  égard  pour  ren~  J 
dre  leur  ouvrage  parfait  : Entre  ces  trois  fi»  J 
gures  qui  remplirent  tout  l’efpace,  il  y en  a 
une  qui  contient  avec  cela  plus  d’efpace  que  1 
les  autres , fans  qu’il  y ait  plus  de  travail,  c’eft  | 
Fexagone  ; qui  n’ayant  qu’autant  de  tour  qu’un  I 
triangle  ou  qu’un  quarré  , ne  laifïè  pas  de  j 
contenir  plus  d’efpace  que  l’un  ou  l’autre  de  I 
ces  figures  ; les  cellules  qu’elles  élevent  fur  ce  1 
plan  fi-bien  ménagé,  ont  la  mefine  perfeétion  I 
de  remplir  exaélement  Fefpace  folide  , &1 
cTeflre  de  la  figure  qui  contient  le  plus.  Et  j 
ainfi  l’on  peut  démontrer  que  pour  ces  deux! 
égards  de  ne  point  perdre  de  place  & d’eni^i 
pïoyer  bien  leur  travail  & leur  terrain,  elles  fl 


47 

ont  fait  tout  ce  que  l’étude  de  la  Geometrie 
suroit  pû  enfeigner  aux  plus  habiles  ; & qu’il 
ne  fe  peut  rien  faire  de  plus  parfait , en  ce 
genre  que  ce  qu’elles  font. 

Il  fe  rencontre  fort  à propos  pour  confon- 
dre l’orgueil  des  Philofophes,quefur  ce  fait  des 
figures  folides  qui  remplilfent  l’efpace  folide 
où  les  abeilles  ont  fi-bien  réiiflî , tous  les 
Commentateurs  d’Ariftote , auffi-bien  les  La- 
tins que  les  Grecs , fe  font  trompez , quoy 
qu’entre  ces  derniers  il  y ait  eu  des  Mathé- 
maticiens. Ainfi  l’on  peut  appliquer  à ces 
ouvrières  les  vers  que  le  Poète  s’appliquoit 
à luy-mefme , & dire  à leur  honneur, 

ln  terni  Ubor , at  ternis  non  gloria. 
Ou  bien  fouffrir  qu’un  Poète  Perfàn  s’écrie 
avec  une  licence  ordinaire  aux  Poètes  de  fora 
païs  , Que  fi  Archimede  avoit  examiné  un 
ouvrage  fi  lurprenant , il  fe  ferok  mordu  les 
doigts  d'admiration  avec  les  dents  de  l’envie. 


problème  v, 

faciliter  l'obfervation  des  Longitudes  , 
& de  la  dèclinaifon  de  l'Ayman. 

CE  n’eft  point  aflez  d’avoir  perfeftionné 
la  Navigation  dans  les  quatre  Problèmes 
préce.dens  ; il  ne  fuffic  pas  à un  navigateur  d® 

D ii 


âS 

connoiftre  tres-e*aâ:emetjt  combien  il  a avait- 
cé  de  degrez  lous  un  Méridien , ce  que  val- 
lent  ces  degrez  en  nos  lieues  terreftres  ; i’en- 
tens  combien  la  circonférence  de  la  Terre  con- 
tient de  ces  lieues,  & combien  ces  lieues 
tnefmes  contiennent  de  nos  thoifes  & de  nos 
pieds.  Il  manque  encore  de  connoiftre  la  Lon- 
gitude , c eft  a dire  combien  l’on  a avancé  de 
• Prient  à l’Occident  : Problème  que  l’on  cher- 
che il  y a long- temps , & dans  la  folution  du- 
quel toutes  les  nations  du  monde  font  inte- 
reftees  ; car  il  eft  vray  de  dire  qu’une  grande 
partie  des  Vaifïèaux  qui  fè  perdent  contre  les 
cotes , ç’y  perdent  par  l’ignorance  de  ce  Pro- 
blème. Et  un  de  ces  habiles  Pilotes  Hollan- 
dois  de  la  carrière  des  Indes  Orientalles , me 
difoit  il  y a quelques  temps  à Amfterdam , 
que  dans  cette  grande  courte  Eft  & O eft  que 
l’on  feit  depuis  le  Cap  de  Bonne  Efperance 
j niques  à Batavia.  L’on  fè  tromperait  très-fou- 
vent  déplus  de  deux  cent  lieues, dans  Peftime 
que  1 on  fait  de  la  Longitude , fi  on  ne  corri- 
geoit  Peftime  de  cette  courte  par  les  obier- 
Tâtions  de  la  déclinaifon  de  PAyman. 

En  effet  nous  navons  point  jufqu’à  cette  I 
heure  d’autre  tecours  plus  propre  pour  pren- 
dre la  Longitude  fur  mer,  que  celuy  d’obfer-  ! 
ver  la  déclinaifon  de  PAyman,  Les  Routiers  ; 
de  Tellier , Damotta , & tous  ces  autres  voya- 
ges  que  J'ay  donnez  dans  les  quatre  parties  : 


§■  ...  29 

de  ce  Recueil  3 font  remplis  de  ces  obferva- 

dons  : Mais  la  déclinaifon  de  l’Ayman  a en- 
core  bien  des  difficultez.  L’on  ne  connoift 
pas  encore  afïèz  les  périodes  de  ce  mouve- 
ment de  l’Ayman  qui  s’éloigne  de  la  ligne 
Meridiene  , tantoft  du  cofté  de  TEft , tantofl 
le  celuy  de  l’Oeft,  & qui  dans  un  autre  temps 
fen  approche  : L’on  ne  fçait  point  aufîi 
pelle  eft  la  pins  grande  déclinaifon  en  cha- 
pe lieu  ; ainfi  il  eft  prefque  impoffibîe  de 
aire  un  fyfteme  de  ce  mouvement.  Et  fi  je 
ne  hazardois  à en  faire  un  fur  le  peu  d’ob- 
ervations  que  nous  en  avons  , ce  feroit  tom- 
>er  dans  le  defaut  dans  lequel  l’on  fe  plaint 
jue  l’on  tombe  il  y a fi  long- temps  de  fe 
ier  trop  à fbn  raifbnnement , & de  décider 
ans  avoir  autant  d’experiences  qu'il  en  faut 
>our  le  pouvoir  faire  à propos  : Mais  la  po- 
larité & ceux  qui  auront  ramaflé  d'autres  ob- 
brvations  pour  établir  les  périodes  de  ces 
hangemens,  me  fçauront  peut-eftre  un  jour 
[uelque  gré  des  deux  ob (ervations  qui  fui- 
ent, à caufè  qu  elles  peuvent  fèrvir  à la  con- 
Loilïance  des  périodes  de  la  variation  de  l’Ay- 
nan  pour  les  Longitudes  , & a l’avancement 
le  TArt  de  la  Navigation. 

On  a crû  jufques  à cette  heure,  que  la  dé- 
linaifon  de  l’ Ayman  n’a  commencé  d’eftre  ob- 
brvée  que  vers  le  commencement  du  dernier 
ecle : Cependant  j’ay  trouvé  quelle  variait 


|o 

de  5 degrez  Tan  né?  , ceft dans  un  manuferic 
qui  m’eft  tombé  entre  les  mains , avec  ce  ti- 
tre, Epijtola  Pétri  Adfigerii  in  fuper  ratio - 
ttibns  nature  Magnetis.  Il  y a une  remarque 
dans  cette  Lettre  que  la  pointe  de  Teguille 
que  Ton  fuppofe  marquer  exactement  le  Nord, 
décline  vers  TQrient , & que  par  pluiieurs  ob- 
fèrvations  cette  déclinaifon  s'eft  trouvée  de  5 
degrez.  L’on  voit  encore  que  la  plufpart  des 
ehofes  que  Ton  attribue  à Gilbert , 8c  qui  luy 
ont  donné  la  réputation  de  pere  de  la  philo- 
fbphie  de  TAyman  , eftoient  fçeu’cs  dés  le 
treiziéme  fiecle , cet  Epoque  de  la  déclinaifon 
de  TAyman,  qui  avoir  efté  oubliée  jufques  à 
cette  heure  , fera  fuivie  d’une  ©bfervation 
qui  meriteroit  bien  d avoir  efté  faite  dés  ce 
premier  temps  , auquel  Ion  s’apperçeut  que 
Teguille  ne  marquoit  point  precifément  le 
Nord. 

Au  Solftiee  d'Efté  de  Tannée  1 66$  je  tra 
çay  une  ligne  Meridiene  fur  un  plan  fixe 
afin  de  fçavoir  quelle  eftoit  alors  la  déclinai- 
fbn  de  TAyman  , 8c  eftre  plus  ailiiré  à Tave 
nir  de  fes  changemens.  j’avois  choifi  pour  ce 
dellein  une  maifon  de  campagne  dans  Ilîy,  vil 
lage  qui  a Paris  au  Nord,  8c  qui  en  eft  éloigm 
dune  bonne  lieue  : Cela  fut  fait  par  le  moye; 
des  ombres  prifes  le  matin,  &Taprés  midy  di 
jour  du  Solftiee  d'Efté  ; mais  avec  une  circon- 
ftance  remarquable,  J en  traeay  une  par  cens 


nethode , & Moniteur  Frenieîe  une  autre  fur 
:ette  mefme  pierre  : Elles  fe  trouvèrent  toutes 
leux  fi  exactement  paralelles  5 que  nos  autres 
Mathématiciens  n’y  remarquèrent  aucune 
lifFerence.  Ainiî  nous  demeurâmes  perfuadez 
jue  nous  nous  pouvions  fier  à cette  obfer- 
^ation  , 3c  tenir  cette  ligne  Meridiene  pour 
3ien  tirée. 

Ayant  enfuite  appliqué  diverfes  BouflToles  à ^ 
:ette  ligne  Meridiene  pour  trouver  la  déchu 
laifon  de  l'éguille  5 nous  vîmes  qu'elle  ne  dé- 
:linoit  point  en  ce  tempslà.  J'y  ay  appliqué 
depuis  d'année  en  année  les  melmes  Bouffb- 
es,  & j'ay  trouvé  qu'en  l'année  1664  l'c- 
guille  déclinoit  de  plus  d'un  degré  vers  l'Oeil  ; 
m 1667  plus  de  deux  degrez  ; en  1671  de 
deux  3c  demi;  &c  l'année  fuivante  1675  j’ob« 
fervay  la  déclinaifon  d'environ  deux  de- 
grez 3c  cinquante  minutes  , ou  je  l'obier- 
vay  encore  l’année  1677  fans  y avoir  remar- 
qué de  changement  ; en  1678  le  mefme.  Ce- 
la donna  lieu  à nos  Mathématiciens  de  croi- 
re qu'aprés  avoir  efté  ftationaire  de  la  forte  5 
elle  retourneroit  vers  l'Eft  : Cependant  en 
l'année  \68o  je  l’a  trouvé  au  Solftice  d'Efté 
de  trois  degrez  3>c  demy  , 6c  la  preiente  année 
1681  je  n'y  vois  point  de  changement. 

Je  communiquay  cette  obfervation  dés  l'an- 
née 1663.  à nos  Mathématiciens , à l'Aca^ 
demie  del  Ciment©  de  Florence.  Je  l'écrivis 


32- 

à Meilleurs  de  Rawnlay  & Oldenbourg , qui 
après  s’eftre  trouvez  plufieurs  fois  à nos  Af- 
femblez  avoient  établi  en  Angleterre  celle  qui 
fubfifte  aujourd’huy  fous  le  nom  de  la  Société 
Royalle.  Je  trouve  dans  leurs  réponles  : 
Cependant  il  efl  k obferver  que  voflre  varia- 
tion de  8 degrés  ( je  crois  qu’ils  parlent  de 
robfervation  faite  par  O ronce)  dans  l'efpace 
d' environ  130  ans  eft  venue  à rien  3 au  lieu 
que  la  noflre  qui  ejloit  de  deux  degrez  > s* efl 
perdue  dans  l'efface  d’environ  80  feulement , 
Jbfonfîeur  Bourrough  ayant  trouve  l'an  1580 
la  déclinai]  on  de  2 degrez  15  minutes  3 
jMfonfeur  Gonter  l'an  1622  de  6 degrez  30  mi- 
nutes , & Adonfieur  Ellibrand  l'an  1633-  de 
4 degrez  16  minutes . l'efpere  que  nos  Aief- 
fieurs  feront  auffi  dans  peu  de  temps  une  oh - 
fervation  pour  voir  comment  la  variation  fe 
trouve  icy  k prefent , la  faifon  eftant  k cette 
heure  propre  pour  cela . 

Ces  obfervations  font  du  nombre  de  celles 
qu’il  nous  importeroit  fort  que  Ton  eût  faite 
iî  y a long-temps  ,*  (k  que  ces  gens  de  Lettres 
qui  ont  perdu  tant  de  loifir  à nous  écrire 
leurs  penfées  5 en  euflent  donné  quelques 
momens  à une  étude  fi  neceflàire. 


F I N. 


LES  HISTOIRES 

NATURELLES 

DE  L’EPHEMERE 
ET  DU  CANCELLUS 

O U 

BERNARD  L’H  ERMITE 

Décrites  8c  reprefentées  par  Figures  par 
Mr  Swammerdam  , pour  fervir  de 
Suplément  à ce  qu’Ariftote  8c 
les  autres  en  ont  écrit } 

Tirées  avec  les  Voyages  freccdens  du 
Recueil  des  Ouvrages  de  l’ Ajjem- 
blée  y qui  s'efl  tenue  citez 
Mr  T H EVE  N O T. 


ERRATA. 


AVIS, 

PAg * 9.  li g,  6.  cette  étendue , adj.  imaginaire. 
Découverte  de  T Amérique  Pag.  4X-  ^ f*  14  • ^feK, 42* 
ÂmbafTadedes  Mofcovites  fag.  6 lakas  qui  valent  ef- 
facez h . 

P^g-,  /ijr  trois  brafïees  de  haut , ‘verfion  Latine  5 
lifez.  uînas  plus  minus  I X , IV  latus. 

Pag,  13,  à la  fin  dans  la  Préface  ajoâtez,  dç  la  verfion 
latine 

Pag,  14,  à la  fin  ils  ont , Ufe^  elles  ont. 

Df cours  % Problèmes . 

Pag.\,  l.i6.  Médecins ,adj.  je  laiffe  aux  Théologiens  à 
parler  de  la  Scholaflique  , pour  les  Cafuilies  un  inqui- 
fiteur  de  Madrid  refufoit  de  nos  jours  la  permiffion  d’en 
impiimerjils  enfeignent,  difoit-il , Part  de  Pleytar  centra 
U l.y  de  DUs , & la  feule  maxime  de  ne  rien  faire  , ubifit 
fufhitiâ  latentis  malt,  bien  établie  , eft  plus  feure  & meil- 
leure pour  la  focieté  civile  , que  tous  leurs  Livres. 

Pag.  g fin  , de  la  mefme  force  v li fez , de  me 
P.  6,  l z préceptes  * Ufi^  principes. 

P»  \j.  I.  4>  & bergen  opzoèm , L & de, 

P.  18  l.  Albufeda  ,lif.  Abulfeda. 
p.  30.  L oubliée  , Hf.  ignorée. 

P.  31.  /.  17.  l’année  fuivante , ajoute^  Xé'jz. 

P.  31.  1 . 10.  de  deux  degrez  , Uf.  onze. 

P. 31,*/.  U.  Elibrand  , Uf.  Gelibrand. 
pin  , à une  étude  , l â nous  aprendre  des  faits  , & â 
laider  à la  pofterité  des  obfer varions  fi  neceffaires. 
VEphemere . 

P.  /.  9,  la  vafe  , lif  de  fa  nourriture. 

C l,  . à eau  Ce,  Uf  par  cette  raifon  peut  eflre. 
p.10  / Siramefdam  , Uf  Svvam  rnerdam. 

p.  io. obfervatiQn3^yiparticulantez. 


histoire 

NJ TVRELLE 

D £ 

L’EPHEMERE: 

"Ephémère  qu’Ariftote  a dé- 
crit , &:  qu’il  nomme  ainfî  à-caufè 
du  peu  de  durée  de  ia  vie  , com- 
mence ordinairement  à paroiftre 
aùx  emboucheures  du  Rhin  5 & fur  les  eaux  de 
la  Meule,  du  Waal  & du  Lech  , vers  la  Saint 
Jeam 

Mais  quoÿ-que  fôus  cette  figure  d’un  infe- 
été  qui  vole,  fa  vie  ne  paflè  point  quatre  ou 
cinq  heures , & qu’il  meure  fur  les  onze  heures 
du  foir  après  avoir  pris  cette  figure  environ  à 
fix  heures  apres  midi  ; il  eft  vrai  cependant 
qu  avant  d’eftte  en  eftat  de  prendre  cette  figu- 
re , il  a vécu  trois  ans  fous  celle  d’un  ver  qui 
fe  tient  toûjours  aux  bords  de  l’eau , dans  des 
trous  qu’il  s’y  eft  creufé  dahs  la  vafe  , qu’il 
augmente  félon  qu’il  augmente  de  corfiige , & 
qu’il  creufe  plus  bas  lors  que  l’eau  vient  à baiC* 

0 


for.  En  effet,  fi  l’on  vient  à fouiller  dans  h 
vafo  vers  le  mois  de  Juin  , on  trouve  les  vers 
d’où  viennent  les  Ephemeres  , de  differentes 
grandeurs  , d’un , de  deux  &:  de  trois  poulces  y 
félon  la  diverfité  de  leur  âge  , & aufli  de  leurs 
elpeces. 

Il  faut  encores  remarquer  cette  différence , 
qu’aux  vers  de  la  petite  forte  on  ne  voit  au- 
cune apparence  d’ailes  ; au-lieu  que  dans  les 
deux  autres  fortes  elles  font  remarquables  : 
mais  fi  vous  les  mettez  les  uns  & les  autres  fin- 
un  plan  uni  , leur  petit  corps  n’y  eftant  point 
foûtenu,comme  il  l’eft  dans  leurs  trous  , ils  ne 
peuvent  marcher  , 3c  demeurent  fur  le  dos 
fins  fe  pouvoir  remettre^au-lieu  que  dans  leurs 
trous  ils  font  toute  forte  de  mouvemens. 

Les  Pefcheurs  fo  fervent  de  ces  vers  pour 
appafter  leurs  hameçons  ; ils  les  attachent  par 
la  tête,  qui  eft  la  partie  de  leur  corps  la  plus 
forte  ; ils  y vivent  ainlï  attachez  jufques  à deux 
jours , 3c  font  toujours  en  mouvement  : ce  qui 
fiifi  qu’ils  font  fort  propres  pour  forvir  d’ap- 
pal^.On  les  peut  garder  quelque  temps  dans  du 
table  motiillé  ; car  j’ai  confervé  ceux  de  la  plus 
grahde  elpece  quatre  jours  par  ce  moyen 9 3c 
ceux  de  la  plus  petite  en  ont  duré  huit. 

Lors  que  l’on  a mis  fur  du  papier  noir,  3c 
que  l’on  a étendu  fur  fon  dos  ce  petit  infeébe, 
il  eft  mieux  de  l’ouvrir  avec  des  cifeaux  d’une 
pointe  fort  déliée , qu’avec  la  lancette  3 il  en 


3 

fort  une  eau  , qui  eft  fon  fang , ce  qui  eft  de 
mefine  dam  tous  les  infeétes  , excepté  le  vers 
de  terre  dont  le  lang  eft  rouge:  de  fi  Ton  le  done 
enftiite  la  patience  de  feparer  la  peau  des  parties 
qu'elle  couvre  , on  trouve  que  celle  de  deflous 
eft  fort  mince  de  membraneufe  ; de  après  l'a- 
voir  oftée  , l'on  découvre  les  mufcles  ; on  y 
diftingue  ceux  qui  pafsent  avec  leurs  fibres 
droites  d’une  divifion  du  corps  dans  l’autre;  on 
les  diftingue  d'avec  les  autres  qui  vont  de 
travers , de  encore  une  troifiéme  efpece  qui 
fert  pour  le  movvement  des  oiiyes.  Cette  fé- 
condé peau  a fes  fibres  , de  lemble  eftre  atta- 
chée aux  mufcles.  Il  y a une  petite  membrane 
fort  déliée  qui  tient  aux  mufcles  : je  la  prens 
pour  la  membrane  du  ventre , qui  a au  deftous 
d'elle  la  graille  compofée  de  petites  veffies  fort 
déliées  èc  fort  blanches , qui  contiennent  la 
véritable  graille  de  l'Animal  en  forme  d’une 
huile  coulante.  Lors  qu'on  regarde  ces  veffies 
on  les  prendroit  pour  lagraiffe  mefine  , mais 
le  Microfcope  fait  voir  qu'elles  n’en  font  que 
les  bourfes  qui  la  contiennent.  Tab.  iv. 

Plus  les  animaux  font  jeunes , mieux  on  voit 
cette  graillé;  car  elle  eft  femée  çà  de  là  fur 
leurs  membranes3au  contraire  elles  font  ramaf- 
fées  enfemble,  dans  les  animaux  qui  font  plus 
avancez  en  âge.  L'on  y remarque  l'oefophage 
comme  un  petit  filet,  qui  partant  du  bec  vient 
à fermer  la  partie  fuperiçqre  de  l'eftomac.  A 

* n 


4r 

l’endroit  où  il  y eft  attaché  , il  paroift  un  peu 
plus  étroit  : ce  qui  fe  remarque  auffi  à la  par. 
ne  inferieure  de  l’eftomac B5  qui  eft  compofée 
d’une  membrane  fort  fubtile  avec  de  petits 
plis  ou  rides  en  dedans  5 fort  unie  par  dehors, 
principalement  lors  quelle  eft  pleine  de  nour- 
riture , ou  qu’on  y a fait  entrer  de  l’air  par  le 
moyen  d’une  petite  pipe  de  verre  : les  veines 
ôc  les  arteres  ne  s’y  peuvent  pas  diftinguer, 
à-caufe  que  le  lang  qui  y coule , ne  s’y  fait  re- 
marquer que  par  une  couleur  femblable  à celle 
de  l’eau. 

L’eftomac  eft  fourni  de  plufieurs  petits  ca- 
naux qui  fèmblent  des  vaifleaux  pleins  de  làng:  ! 
mais  quand  on  les  examine  avec  le  Microfco- 
pe , on  trouve  que  ce  font  des  branches  des 
poulmons  ou  de  la  Trachée  artere  qui  ft  répan- 
dent dans  Peftomac  ôc  dans  toutes  les  parties 
intérieures  ôc  extérieures  de  l’animal. 

Les  inteftins  marquez  A font  de  trois  dif- 
ferentes ftruftures  : le  graîle  marqué  DD  : 
celuy  qui  eft  épais , marqué  E : & le  droit, 
marqué  F. 

L’on  voit  en  l’inteftin  graîle  des  rides  en 
forme  de  çroiftànt , femblables  aux  valvules 
qu’on  oblerve  dans  Finteftin  épais  des  hom- 
mes , qu’on  a appellées  par  cette  raifon  val-  ) 
vules  annulaires  : lï-bien  que  leurs  jambes  ! 
mefmes  ôc  leurs  petits  ongles  ont  de  ces  vail-  î 
féaux  qui  y portent  J air,  L’inteftin  droit  F en  a I 


aufll  principalement  à deux  mufcles  , qui  fer- 
vent  à le  décharger  de  Tes  excremens, 

La  vafe  qui  luy  fert  de  nourriture , tranfpa- 
roift  au-travers  de  Ton  eftomaç  , & de  fes  in- 
teftins  , & de  tout  le  refte  de  Ton  corps  j mais 
mieux  encore  à l'endroit  du  dos  qu  ailleurs  5 
De.là  vient  qu'il  paroift  à l'endroit  dq  dos  de 
diverfès  couleurs  félon  les  differens  change- 
mens  qui  arrivent  à la  couleur  de  la  vafe  , 
mais  il  11'en  paroift  point  du-tout  dans  cet  in- 
feéte,  ni  dans  les  mouches , dans  les  vers  qui 
font  dans  le  bois  , ni  dans  les  vers  à foye  , &c 
dans  beaucoup  d'autres  infeétes  lors  qu'ils  fe 
trouvent  fur  le  point  de  fe  changer  ; car  en  ce 
temps  ils  font  tous  tranfparens  comme  du  ver- 
te  5 tellement  que  Ton  peut  voir  le  mouve- 
ment de  leurs  in  teftins  au- travers  de  leur  peam 
Et  au-lieu  que  les  hommes  & les  autres  ani- 
maux ri  ont  qu'une  trachée  artere,les  poulmons 
de  ces  infe&es  font  compofez  de  deux  tra- 
chées , dont  les  branches  s'étendent  en  ferpen- 
tant  à toutes  les  parties  5 comme  la  figure  IV< 
les  reprefente. 

La  ftrudture  des  poulmons  dans  tous  les 
infeétes  que  j ai  connus,  confifte  en  un  nombre 
infini  de  petites  parties  roides  & tournées  en 
cercles  en  forme  de  petits  anneaux,  tellement 
jointes  enfèmble  par  le  moven  d’une  petite 
membrane,  qu'ils  peuvent  aifément  retenir  l'air 
& le  rapporter  par  toutes  les  parties  du  corps, 

a iij 


s 

Ce  que  j ai  obfervé  dans  les  vers  à foye, 
me  fait  croire  que  lors  que  le  ver  de  l’Ephe- 
mere  quitte  fa  peau , la  peau  auffi  qui  couvre 
les  poulinons  , fe  change  en  dedans  j car  j’ai 
remarqué  dans  les  vers,  à foye,  que  dans  le  peu 
de  temps  qu’il  met  à quitter  fa  peau  extérieu- 
re , dans  le  mefine  temps  une  centeine  des 
branches  des  poulinons  qu’il  a dans  le  corps, 
compofez  de  petits  anneaux , comme  je  les  ai 
décrits  ci-devant , fe  dépouillent  auffi  de  leur 
peau  ou  membrane.  Je  n’avancerois  point  une 
choie  û incroyable  , fi  je  n’en  avois  efté  con- 
vaincu plufieurs  fois  par  mes  propres  yeux. 

Je  me  fuis  fort  tourmenté  pour  découvrir 
dans  le  ver  de  l’Ephemere  les  ouvertures  ex- 
térieures des  poulmons  ; ils  n’en  ont  point 
dans  le  gofier  ni  dans  la  bouche,  comme  il  ar- 
rive aux  autres  animaux  ; ces  branches  des 
poulmons  diminiient  à-proportion  de  ce  qu’ils 
approchent  de  la  telle.  Après  l’avoir  cherché 
long-temps , je  croi  que  leurs  ouvertures  font 
âux  collez  de  la  poitrine,  comme  je  l’ai  veu 
dans  les  lauterelles,  à-caufe  que  dans  ces  ani- 
maux les  ouvertures  font  plus  aifées  à voir, 
qu’elles  ne  le  font  dans  le  ver  de  l’Ephemere, 
qui  les  a plus  étroites  à-caufe  qu’il  pafse  fa  vie 
dans  l’eau  ôc  dans  la  vafe  : dans  les  vers  à foye 
il  y a dix  de  ces  ouvertures  à chaque  collé,  I 
dont  les  deux  dernieres  ne  fe  voyent  jamais 
mieux  que  lors  que  les  vers  changent  de  peau$ 


Câr  elles  font  marquées  de  petits  poils  noirs, 
Mais  ces  poulmons  fe  voyant  entièrement 
quelques  jours  après  la  mort  de  ces  vers  ; car 
dors  le  relie  des  entrailles  eftant  devenu  noir, 
leurs  poulmons  qui  font  de  couleur  de  perle- 
an  d’argent  , s’y  remarquent  aifément  : outre 
qu’eftant  d’une  matière  dure  & ferme , ils  ne 
aaroiilent  pas  fi  longs  que  le  refte,  & confèr- 
ent plus  long-temps  leur  figure. 

Leur  poitrine  pâroift  toute  tifsiie  de  petits 
/aifleaux  entrecoupez  : mais  pour  voir  s’il  y a 
le  l’air  dedans  , il  ne  faut  que  les  mettre  dans 
me  goutte  d’eau , & les  prellèr  avec  une  épia* 
;le  : car  par- là  l’air  caché  fe  fait  aufïï-toft 
:onnoiftre  par  le  mouvement  qu’il  fait  dans 
eau.  Ainfi , quand  on  les  ouvre  fous  l’eau,  &: 
ju’avec  un  cifeau  Ton  ouvre  ces  poulmons  i 
animal  vient  aulîî^toft  fur  l’eau  : ce  qui  amvd 
luffi  à toutes  les  branches, 

Il  y a encore  un  autre  moyen  de  voir  ces 
>ou!mons.  C’eft  lors  que  l’animal  a efté  feché: 
ar  leurs  petits  vailfeaux  les  tiennent  ouverts, 
.u- lieu  que  les  autres  parties  ont  perdu  leur 
igureen  fechant. L’infinité  de  ces  vaillèaux  qui 
>a(fent  aux  yeux  de  cet  animal  , eft  très  re- 
r arquable  &fingulierej ’avois  plufieurs  autres 
ielfeins  de  ces  vailfeaux , 6e  de  leurs  oüyes  * 
lue  j’ai  perdus.  Je  ne  fçai  point  quel  eft  l\u 
ige  de  cette  partie  velue  marquée  SS , qui 
;ft  fous  les  premières  oüyes  qui  ne  font  point. 


coupées.  Je  ne  fçai  s’il  y en  a de  pareilles  eil 
toutes  les  oüyes.  Je  ne  fçai  non-plus  quelle 
communication  les  oüyes  ont  avec  les  poul- 
nions,  ni  celle  que  les  poulmons  ont  avec  tef 
tàeur  marqué  TT.  Ainfi  je  ne  puis  rien  ajoû-  ; 
ter  à ce  que  la  figure  nous  rêprëfènte , fî  ce  ] 
n’eft  que  je  n’y  ai  pas  reprefenté  toutes  les  ^ 
branches  delà  trachée  artere  qui  vont  au  coeur,  | 
8c  que  de-peur  de  faire  quelque  confufioni 
dans  le  defïein , j’ai  efté  obligé  d’eii  couper  ] 
beaucoup  d’autres; 

Les  parties  qui  font  rCprefentées  dans  mes  I 
figures , n’ont  pas  toutes  la  mefme  proportion  ; 
entr  elles.  J’ai  crû  qu’il  éftoit  mefme  inutile  de  j 
les  y réduire. 

Le  cœur  de  cet  animal  eft  placé  cofnme  ce- 
îuy  des  abeilles  , des  chenilles , & des  vers  de 
bois , au  haut  du  dos , comme  Malpigius  la 
auffi  diligemment  reprefenté.  Mais  fuivant  mes 
expériences,  il  ne  conclud  pas  bien  de-là  qu’il 
y a plus  d’un  cœur  dans  le  ver  à foye.  Je  n ai 
veu  le  mouvement  du  cœur  dans  les  femelles, 
que  confufément* 

La  moiielle  de  l’épine  du  dos  eft  fort  admi- 
rable dans  cet  infèéte , aufli-bien  que  dans  les 
autres  que  j’ai  ouverts.  Elle  eft  compofée  d’on- 
ze renflemens.  Le  premier  eft  le  cerveau  * 
d’où  Ton  voit  fortir  les  deux  nerfs  optiques  ^ 
comme  auffi  les  autres  nerfs  qui  fè  répandent 
dans  lé  corps , qui  font  plus  forts  à l’endroit 


des  mufcles  qui  remuent  les  ailes,  les  oiiyes  Ôc 
les  nageoires.  Lors  qu'on  les  veut  bien  obier- 
ver  dans  leur  état  naturel,  il  faut  foufter  dans 
le  corps  de  ranimai , principalement  dans  ce- 
luy  du  mâle  3 car  étant  enflé  de  la  forte,  on  les 
voit  au-travers  de  ia  peau. 

Clutius  prend  pour  leurs  nageoires  ce  que 
je  nomme  leurs  oiiyes  3 mais  il  le  trompe.  La 
mouelle  du  dos  reçoit  des  branches  de  fartere 
des  poulinons  5 qui  portent  aulîi  au  cerveau  ôc 
aux  nerfs  un  continuel  rafraîchilfement.  Je  ne 
doute  point  que  la  mouelle  ne  reçoive  auiïï  des 
veines  ôc  des  arteres  3 car  j’ai  veu  clairement 
dans  le  ver  à foye  de  petits  vaiflèaux  &c  de  pe- 
tites veines  qui  partaient  du  cœur,  qui  eftoient 
enduites  d'une  humidité  colorée , fans  pouvoir 
juger  fi  c'eftoient  des  veines  ou  des  arteres. 

Les  parties  de  la  génération  font  aufîï  aifées 
à voir  dans  le  ver  de  fEphemere  male,  la  veille 
du  jour  qu’il  doit  changer,  qu'aprés  qu'il  a 
déjà  changé.  Elles  reflèmblent  à la  laite  des 
poiflons , les  taupes  3c  les  couleuvres  ont  ces 
parties  de  mefine.  Elles  font  pleines  d’une  hu- 
midité laiteufe,  qui  eftla'femence  de  l’animal, 
ôc  reçoivent  beaucoup  de  branches  de  l'artere 
des  pou'mons. 

Dans  ia  derniere  capacité  du  ventre  il  y a en* 
core  deux  autres  parties  qui  lèmblent  dépen- 
dre des  vaiflèaux  fpermatiques  avec  lefquels 
elles  ont  une  ouverture  comme  un  e:  mais  je  n’ai 


ïO 

pû  m’en  éclaircir  tout-à-fait,  à-eaufe  que  les 
îlijets  me  manquoient  pour  le  faire. 

Le  changement  de  ce  ver  qui  eft  dans  l'eau* 
en  Ephemere  qui  vole, cil:  fi  fubit  qu’on  n’a  pas 
le  temps  de  le  remarquer.  Si  on  prend  le  ver- 
dans  l’eau , on  ne  fçauroit  dellèrrer  la  main  fi 
promtement,  que  le  changement  n’en  foit  fait; 
à moins  que  d’y  prefler  un  peu  le  ver  à l’endroit 
de  la  poitrine  ; car  par  ce  moyen  on  le  peut 
tirer  de  l’eau  avant  qu’il  foit  changé.  Mais 
comment  peut-on  s’imaginer  le  dépliifement 
de  fes  ailes  ; L’ Ephemere  n’a  point  de  mulcles 
ni  de  ces  tendons  au  milieu , qui  les  pliflent  & 
déplilfent  * comme  nous  les  avons  remarquez 
en  d’autres  infeétes , & dans  le  Perce-oreille , 
qui  couvre  des  ailes  fort  longues  dans  un  petit 
étuy,  où  elles  font  fiartiftement  pliftees,  qu'on 
ne  connoift  pas  qu’il  y en  ait.  Le  Perce- 
oreille  par  le  moyen  des  mufcles  & des  tendons 
qui  font  placez  au  milieu  de  fes  ailes , les  re- 
plie en  un  moment,  & les  étend  de-mefine. 
J’avois  crû  que  cela  fo  pafioit  de  la  mefine 
façon  dans  l’Ephemere  : maintenant  je  croi 
pluftoft , que  c’eft  le  fang  , avec  le  fecours  de 
l’air  , qui  eft  le  principal  relient  de  ce  change- 
ment. Auffi  l’on  y voit  beaucoup  de  petits 
rameaux  de  la  trachée  artere  par  où  l’air  parte 
dans  les  ailes.  L'effet  de  l’air  eft  principale- 
ment de  roidir  les  ailes , Sc  d’en  faire  fortir 
l’humidité  : en  effet , quand  on  coupe  les  ailes 


Il 

de  l’Ephemere  qui  eft  fur  le  point  de  changer, 
& qu’on  les  met  dans  un  verre  d’eau,  peu  de 
temps  après  elles  le  trouvent  tout  étendues, 
fans  qu’il  leur  manque  autre  chofe  que  la  fer- 
meté. J’ai  plufieurs  fois  fait  cette  obfervation, 
& j’r  appris  par-là  la  maniéré  dont  les  ailes 
s'ét  .dent. 

remarquois  dans  l’eau , que  les  gros  plis 
s’  i-alloient  les  premiers , & que  par-là  l’aile 
P trouvoit  dans  fa  longueur  naturelle:  que  les 
plis  qui  font  félon  toute  la  longueur  de  l’aile 
Pc  déployent  après , comme  on  le  peut  voir 
dans  la  Tab.  VI.  qui  a efté  faite  après  nature. 
L’autre  figure  qui  marque  les  ailes  pliées  , a 
efté  faite  avec  un  Microfcope. 

Il  y a d’autres  infe&es  dont  les  ailes  fe  dé- 
ployent d’une  autre  maniéré  ; car  elles  font 
renfermées  dans  leurs  étuis,  & froncées  de  tout 
fens  : c’eft  par  cette  raifon  auffi  qu’elles  met. 
tent  plus  de  temps  à fe  déployer. 

Les  Papillons  ont  les  ailes  encore  autrement 
faites  ; on  n y voit  point  de  plis , ni  de  ten- 
dons,^ de  mufcles-  elles  font  couvertes  dune 
infinité  de  petites  plumes  couchées  les  unes 
fur  les  autres , &c  qui  fe  dégagent  fi  admirable- 
ment lors  que  les  ailes  s’étendent,  que  ce  fer  oit 
la  madere  d’en  écrire  un  Livre  entier.  On  peut 
dire  avec  vérité  ,que  l’entendement  & la  rai- 
fon comprennent  mieux , de  touchent  ( pour 
ainfi  dire  ) mieux  Dieu  dans,  fes  ouvrages , que 


12 

nous  ne  touchons  les  chofes  materielles  de  nos 
mains,  8c  que  toutes  ces  maniérés  font  auffi 
incomprehenlîbles  que  l’ouvrier  qui  les  a 
trouvées. 

L’Ephemere  après  eftre  forti  de  Feau , com- 
me nous  venons  de  dire,  cherche  un  lieu  où  il 
fe  puiffè  mettre,  & le  dévétir  d’une  fine  mem- 
brane  ou  voiie  qui  le  couvre  tout  entier.  Ce 
fécond  changement  fe palfe  dans  l’air:  mais  le 
premier  changement  qui  s’eft  fait  fous  leau, 
le  défigure  bien  davantage  ; car  l’Ephemere  y 
perd  fes  oiiyes  , fi-bien  qu’il  n’en  relie  que 
quelques  petites  marques  ou  points  au  delFous. 
L’Ephemere  perd  auffi  dans  ce  changement 
fes  petites  nageoires , fes  dents  ou  mâchoires , 
la  forme  de  fes  jambes , Fétuy  de  lès  ailes  , 8ç 
fes  queues  : tellement  qu’aprés  ce  changement 
il  n’eft  pas  reconnoiffiable,  Il  eft  impoffible  de 
1 obferver,  à-caufè  de  la  viflefïe  avec  laquelle 
la  chofe  fe  pâlie  lors  quelle  fe  fait  : on  le  peut 
bien  obferver  en  le  diflecant  un  moment  avant 
que  le  changement  fe  falfe,  ou  en  regardant 
avec  foin  cette  petite  peau , où  l’on  trouve  les 
oiiyes  qui  y font  demeurées  ; F on  y voit  8c  les 
points  8c  les  petits  trous  où  eftoient  les  oiiyes; 
les  nerfs  8c  les  veines  s’en  détachent , comme 
un  fruit  meur  tombe  de  fon  arbre. 

Quoy-que  la  plufpârt  des  parties  de  l’Ephe- 
mere  deviennent  plus  longues  dans  ce  premier 
changement,  fes  cornes  font  néanmoins  plus 


petites  qu  elles  neftoient  dans  le  ver.  Le  chan- 
gement qui  arrive  aux  yeux  , eft  aufïï  fort 
confiderable  : dans  le  ver  ils  eftoient  couverts 
d'une  petite  membrane  unie  8c  étendue  com- 
me Talc  ; & après  ce  dépouillement  ils  font 
compofez  de  plufieurs  yeux  qui  font  comme 
un  petit  rézeüil,  les  deux  queues  viennent  une 
fois  aufîi  longues  , 8c  la  queue  du  milieu  dif- 
paroift  tout-à-fait. 

J'ai  trouvé  jufqiies  à fi x 8c  fept  mille  de  ces 
yeux  dans  de  femblables  infeéfces , dans  d'au- 
tres je  les  ai  trouvé  femez  par  tout  le  corpsa 
comme  dans  les  araignées  8c  dans  les  fcorpionss 
mais  il  ne  faut  pas  s’imaginer  que  ces  yeux 
foient  de  la  mefme  ftrtidure  que  ceux  des  hom- 
mes 5 ou  des  autres  animaux.  Vous  n'y  voyez 
point  d'humeurs , ce  font  de  petits  filets  termi- 
nez par  un  hexagone,  qui  de  l’autre  bout  vien- 
nent à aboutir  au  cerveau.  Ainfi  leur  vifion  fe 
doit  faire  autrement  que  la  noftre  : aux  hom- 
mes c'eft  la  réunion  des  rayons  vifiiels  au  fond 
de  l’œil , qui  la  fait  ; 8c  dans  les  infeétes,  ces 
petits  filets  nerveux  efrant  touchez  diverfement 
par  la  lumière,  en  tranfmettent  le  fentiment  au 
cerveau,  comme  je  l’ai  amplement  décrit  dans 
mon  livre  dès  Abeilles. 

Le  fécond  changement  fuit  de  fort  prés  le 
premier , 8c  fe  parte  de  la  forte.  L'Ephemere 
s'arrefte  avec  la  pointe  de  fes  petits  ongles  le 
plus  ferme  qu'il  peut  ; il  luy  prend  un  mouve- 

b iij 


*4 

ment  fèmblable  à celuy  du  friffbn  ; rfuflï-toft  la 
peau  qu’il  a fur  le  milieu  du  dos  s’éclate  ; il  tire 
après  fès  petites  jambes  , la  pointe  de  les  on- 
gles demeurant  toûjours  en  mefine  état , ôc  at- 
tachée à la  peau  qu’il  a quittée.  Les  ailes  fo 
défont  de  leurs  étuis , comme  nous  tirons  nos 
gands  quelquefois  en  les  renverfant;  8c  il  ar- 
rive que  ce  renverfement  de  peau  n’eftant  qu’à 
demi-fait,  l’Ephemere  demeure  comme  pris,  8ç 
fans  qu’on  luy  remarque  aucun  mouvement. 

F i G.  V 1 1. 

Les  queues  en  deviennent  un  tiers  plus  lon- 
gues qu’elles  n’eftoient  dans  le  premier  chan- 
gement ; tellement  que  la  queue  8c  les  jambes 
qui  dans  le  premier  changement  eftoient  ve- 
nues un  tiers  plus  longues , croi lient  encore 
dans  celui-ci  d’un  autre  tiers  : Mais  à-caufe 
que  la  queue  eft  compofée  de  petits  anneaux, 
fon  dépouillement  eft  plus  remarquable  que 
celui  des  jambes. 

On  peut  remarquer  que  les  poils  de  la 
queue,  qui  eftoient  unis  dans  le  ver,  font  fepa- 
rez  les  uns  des  autres , 8c  font  devenus  encore 
plus  déliez  dans  l’Ephemere  qui  en  eft  forti. 

Après  ce  changement,  l’Ephemere  fe  met 
à voler  de  tous  fens  : il  fe  tient  quelquefois  fur 
l’eau  tout  droit  fur  fà  queue,  en  frapant  fes  ailes 
les  unes  contre  les  autres  ; car  là  queue  qui  eft 
creufe  8c  pleine  de  petits  poils , le  foûtient  ai- 
fement  fur  l’eau , comme  il  arrive  à beaucoup 


d’autres  animaux  qui  demeurent  long-temps 
fur  la  furface  de  l’eau  avec  un  pareil  fecours, 
& nommément  à ces  vers  d où  viennent  les 
girofles  mouches  , &aux  vers  des  vaches.  Cet 
air  ne  demeure  pas  toujours  attaché  aux 
que ües  de  l’Ephemere.  Lors  qu’il  en  eft  forti, 
ou  qu’on  les  a fait  fecher,  en  le  preflant  avec 
une  épingle  5 ces  petits  poils  fe  réunifient  en- 
fe  mbleé 

Il  y a encore  une  autre  raifon  qui  les  foü- 
tient  fur  l’eau:  c’eft  qu’ils  ont  une  petite  velîie 
pleine  d’air  dans  le  corps  : car  je  ne  voudrois 
pas  afiiirer  que  leur  eftomac  fut  plein  d’air. 

Le  mâle  change  deux  fois  ; 8c  pour  la  fe- 
melle, je  ne  l’ai  veu  changer  qu’une  fois  : de-là 
vient  peut-eftre  que  la  queüe  de  la  femelle  eft 
d’un  tiers  plus  courte  que  celle  du  mâle;  mais 
il  a les  yeux  deux  fois  plus  gros  qu’elle,  la  cou- 
leur de  fon  corps  plus  tirant  fur  le  rouge , 8c  il 
a quatre  appendices  à fes  queues , que  l’on  ne 
voit  point  dans  la  femelle,  qui  a plus  de  corps 
que  le  mâle  : ce  qui  eft  commun  à tous  les  in- 
fèétes. 

Il  ne  fê  fait  point  d’accouplement  entre  les 
Ephemeres  : la  femelle  jette  fes  oeufs , que  le 
mâle  rend  féconds  en  les  couvrant  de  fa  fe- 
mence. 

On  ne  peut  pas  dire  qu’ils  s’accouplent  lors 
qu’ils  font  vers  ; ils  n’ont  point  le  mouvement 
libre  dans  l’eau  3 s’ils  ne  font  dans  leurs  petits 


i 6 

erous  ; Sc  je  ne  fçai  point  d’infeéte  qui  s’accoü- 
ple  avant  fon dernier  changement,  je n’ai point 
veu  que  ceux-ci  s accouplaflènc  dans  Pair, 
comme  les  Hannetons  le  font. 

La  multiplication  des  Ephemeres  eft  admi- 
rable y mais  celle  des  Limaçons  l’eft  encore 
davantage.  Ils  font  tous  mâles*  & femelles.  Je 
doute  qu'il  y ait  des  hermaphrodites  parmi  les 
hommes  : je  fç ai  que  parmi  les  Abeilles  il  y a 
des  mâles  Sc  des  femelles,  Sc  une  troifiéme  et 
pece  „ qui  n’eft  ni  mâle  ni  femelle  : car  ce  qu’on 
appelle  le  Roy  eft  la  femelle  : & l’Abeille  or- 
dinaire n’eft  ni  mâle  ni  femelle. 

Il  en  eft  de~mefme  des  Fourmis  ; Sc  tous  ces 
animaux  qui  ne  changent  point  de  place  5 ou 
qui  vivent  dans  des  écailles,  doivent  avoir  une 
maniéré  particulière  de  Ce  multiplier  : ce  qui 
doit  s’étendre  auflï  jufques  aux  arbres  & aux 
plantes. 

L’Ephemere  ne  prend  aucune  nourriture 
dans  les  cinq  ou  fix  heures  qui  bornent  le  cours 
de  fa  vie.  Il  f mble  qu’il  n’ait  efté  fait  que 
pour  Ce  multiplier  ; car  lors  qu’il  eft  en  eftat  de 
faire  des  oeufs , ou  de  jetter  G t femence , il 
change  fa  figure  de  ver,  Sc  il  meurt  auflï- toft 
qu’il  les  a jettez. 

Le  mefine  arrive  aux  Papillons  des  vers  à 
foye.  La  chofe  iè  paflè  autrement  aux  Fourmis 
Sc  aux  Abeilles,  dont  la  femelle,  qu’on  ap- 
pelle le  Roi , jette  environ  fix  mille  œufs  en 


*7 

iin  an  : Il  y à une  efpece  entre  les  Fourmis  ôc 
les  Abeilles  uniquement  occupée  à élever 
les  enfans  de  leur  République  : les  maf- 
les  au  contraire  qui  ne  font  point  chargez 
de  ce  foin , meurent  fort  peu  de  temps  après 
qu’ils  ont  jette  leur  femences  5 ôc  ceux  qui  ne 
meurent  pas  de  leur  mort  naturelle  , font 
mis  en  pièces  par  les  autres  Abeilles. 

En  trois  jours  de  terris  on  voit  paroiftre, comme 
j’ai  dit,&  mourir  toute  l’efpece  des  Ephemeres: 
ils  durent  quelquefois  jufques  au  cinquième 
jour,  par  la  raifon  de  quelque  changement  ou 
maladie  qui  eft  arrivée  à,  quelques-uns  de  leur 
efpece , qui  les  a empefchez  de  fe  changer  au 
mefme  temps  que  les  autres.  Et  comme  ils  ne 
changent  pas  toujours  la  veille  de  Saint  Jean, 
mais  quelquefois  mefme  quatorze  ou  quinze 
jours  pluftoft  ou  plus  tard , rien  11e  m’empef- 
çhe  de  croire  qu’il  iie  puiflè  y avoir  cette  dif- 
férence de  temps  entre  les  premiers- venus  &: 
les  derniers  * Les  autres  infeétes  ontde-meime 
un  temps  marqué  pour  leur  changement,  qu’il 
eft  impoflïble  de  retarder.  J’ai  éprouvé  plu- 
fieurs  fois  qu’ils  mour oient  pluftoft  que  de 
manquer  à Je  faire  ; ôc  ces  contraintes  que  je 
leur  ai  fait  fouffrir  pour  ces  expériences,  m’ont 
appris  beaucoup  de  chofes  touchant  l’anato- 
mie 3c  la  maniéré  dont  leurs  parties  fe  plient 
Ôc  fe  déplifsent. 

Quoi-qu’il  ait  pafifé  jufques  ici  pour  confiant 
qu’il  y a des  animaux  qui  viennent  de  la  coitu- 

ç 


ption,  il  faut  dire  néanmoins  que  les  expérien- 
ces de  ce  fiecle  nous  ont  appris  qu'ils  ont  tous 
une  mefme  origine, ôc  qu'ils  viennent  de  leurs 
neufs.  La  femelle  de  lEphcmere , après  eftre 
loi  tic  de  1 eau,  s eftrê  dépouillée,  ôç  avoir  volé 
quelque  temps, jette  les  œufs  fur  l’eau, qui  ne  fe 
peuvent  voir  diftin&ement  qu’avec  laide  dun 
Microlcope  fur  du  papier  noir  ou  bleu.  Quand 
le  malle  les  a mouillez  de  la  femence,ils  defeen- 
dent  311  fond  de  l'eau,  Je  n'entreprendrai  point 
de  dire  combien  de  tems  ils  mettent  à s'cclorc: 
je  n ai  pas  fait  l'experience  d'en  amailer  beau- 
coup , ôc  d’en  mettre  dans  de  l'eau  & de  la 
vaze  pour  m’en  éclaircir  : Je  fç ai  feulement 
que  fi  l'on  fouille  quelque  temps  après  dans 
la  vaze,  on  y trouve ;de  ces  vers  de  differentes 
grandeurs , que  j’ai  décrit  ci-devant , & qu’auf- 
ïi-  toft  qu'ils  font  forcis  de  leurs  œufs, ils  fe  met- 
tent à travailler  ëc  à creufer  leur  maifons, tou- 
jours au  bord  del'eau,&  enforte toutefois  qu'ils, 
ne  loient  pas  éloignez  de  fa  llirface  qu’ils 
puiflènt  refpirer  ôc  remplir  d'air  cette  grande 
quantité  de  poulmons,ou  de  branches  de  trachée 
artere  quon  voit  en  les  diffecant.  En  effet,  j'ai 
remarqué  lors  que  je  les  ai  tenus  dans  de  l'eau 
ôc  du  fable,  qu'ils  fe  tenoient  plus  volontiers 
près  de  la  furface  de  l’èau , qu’au  fond  du  labié: 
mais  il  ne  faut  pas  que  j'oublie  à ce  propos 
ce  que  j’ai  remarqué  fur  les  vers  qui  le  mettent  | 
dans  les  habits.  J'ai  trouvé  qu’ils  font  leurs  1 
maifbns  des  melmes  matières  dont  ils  le  nour-  | 


IJ 

riffent  ; qirils  portent  ces  maifons  partout 
comme  des  limaçons  ou  des  tortues  ; qu’aipfî 
leurs  logemens  font  rapides  d'autant  de  matières 
& de  couleurs  qu’ils  ont  rongé  de  differentes 
étoffes  * que  leurs  excremens font  de  mefine: 
Aufïï  dans  les  excremens  des  infe&es  Fon 
trouve  de  toutes  les  herbes  dont  ils  le  nourrif- 
fent  ; & quand  il  a plu  quelque  temps  , ces  ex- 
cremens font  des  taches  fur  le  linge  , qu'il  n eft 
pas  aifê  d’efter.  Cela  arrive  auffi  dans  les  hoc- 
tes  des  Apoticaires  & des  Herboriftes  ■ & l’on 
prend  fouyent  ces  excremens  pour  les  graines 
des  herbes  que  ces  infèékes  ont  rongées» 

L’on  peut  tirer  quelque  ufiige  de  cette  ob- 
fervation  pour  la  connoiffance  des  couleurs,  & 
pour  nous  délivrer  des  incommodité^  de  quel- 
ques animaux  qui  nous  donnent  de  la  peine  ; 
les  Taupes , par  exemple,  qui  gaftent  tant  les 
prez  &:  les  jardins , fe  nourrirent  de  vers  de 
terre,  comme  on  le  voit  dans  leur  eftomac.  Si 
avec  de  ces  vers  hachez  vous  meflez  de  larfè- 
nie  Sc  du  fang  de  Taupe,  qui  fe  tire  aifément, 
en  leur  donnant  un  coup  fur  le  mufeau  , vous 
les  frites  mourir. 

Dans  le  temps  que  je  travaillais  à cette  Hi~ 
ftoire,  j’ai  obforvé  diverfes  efpeces  d’Epheme- 
res  ; mais  je  n’ai  point  trouvé  celle  dont  Ho- 
fenagel  nous  a lai  lié  le  deflHn.  J en  ai  trouvé 
une  efpece  fort  petite  fur  la  fin  de  l’Efté  de 
l’année  1670.  prés  du  village  de  Slôte,  hors  les 
portes  d’Amfterdam  je  trouvay  les  champs 


couverts  d’une  infinité  de  ces  petits  Ephemefes 
qui  lailfoient  leur  peau  fur  mon  habit,  & vo. 
loient  enfuite  vers  l’eau.  Je  croi  que  le  ver  de 
cette  petite  efpece  ne  fait  pas  là  demeure  dans 
des  trous  & dans  la  vaze , mais  dans  des  fonds 
de  fable  ou  de  pierre:  auffi  a-t-il  la  peau  plus 
dure  que  les  autres  , & qui  approche  de  la  du- 
reté de  celles  des  Crevettes  : & quand  vers  le 
milieu  de  l’Eftë  on  cire  des  bords  du  Rhin  ou 
du  Lech  quelque  pierre , on  y trouve  beau- 
coup de  ces  petits  vers , comme  j’en  ai  trouvé  J 
auffi  fur  les  bords  de  la  Loire  & de  la  Seine , 1 
ôc  d’autres  rivières  de  France.  Je  peux  faire 
voir  en  un  moment  dans  mon  cabinet  tout  ce 
que  j’ai  rapporté  ici  de  ees  vers,  & de  l’Ephec 
mere  qui  en  vient. 

Ceux  qui  compareront  cette  hiftoire  de  l’E-  I 
phemere  de  Monfieur  Sirammerdam  avec  i 
celle  qu’en  ont  fait  Aldrovandus  , Jonfton , 

& Clutius , trouveront  que  l’on  apprend  plus 
en  étudiant  la  nature , qu’en  pallànt  là  vie  fur 
les  livres.  Clutius , par  exemple , nous  donne 
l’Ephemere  décrit  par  Dortmannus  lùr  la  mé- 
moire qui  luy  en  eftoit  demeurée  : Goudart  en 
donne  la  copie  lùr  ce  qu’il  en  a trouvé  dans 
Clutius , & confelïe  qu’il  n’en  a jamais  veu; 
Noftre  Académicien  au  contraire  en  rapporte 
plus  d’oblèrvationluyfeul  que  tous  les  autres,  j 
&c  fuivant  les  maximes  de  là  Compagnie  ne 
rapporte  gueres  que  ce  qu’il  a obfervé. 


I 


TABLE  IV.  FIG.  I.  L'EPHEMERE. 

Jÿ.T  TaJÏv- 


TABLE  II. 

FIGVRE  I. 

A Le  mâle  qui  a les  jeux  deux  fois  pim 
gros  que  la  femelle. 

B Ses  petites  cornes  Avec  leurs  articu- 
lations. 

C Les  mâchoires  dures  comme  des  dents , 
avec  lefquelles  ils  fouillent  & creufent 
dans  la  terre. 

D Ses  pattes . 

E Les  boutons  ou  petits  étuis  oit  font  en- 
fermées fes  ailes. 

ï Ses  oujes  qui  font  comme  de  petits 
mufcles  & fourées  d’une  infinité  de  petits 
poils , toujours  en  mouvement  , & qui 
fervent  à rafraîchir  le  fang , comme  les 
oujes  des  poijfons. 

G Ses  trois  petites  queues  velues  avec 
leurs  appendices. 

FIGVRE  II. 

Les  trous  que  le  Ver  de  V Ephemere  fe 
fait  dans  le  vafe  , oit  il  fe  cache  & fi 
nourït  , les  uns  plus  grands , les  autres 
plus  petits , & plus  ou  moins  creux,  fé- 
lon que  l'eau  monte  ou  baiffe. 


TABLE  VL 

Comme  fi s longues  ailes  , qui  ejloient 
renfermées  dans  des  étuis,  fort  petits , fe 
âéplijfcnt  dans  le  premier  changement , & 
s et  en  dent  en  longueur  & en  largeur, 
ïig.  IIy  III,  & lp\  dans  Xable  III. 
elles  font , repref entées  comme  elles  font 
dans  les  étuis . 


table  vil 

figvre  i. 

Comment  F Ephcmere  fait  fin  fécond 
changement,  ce  qui  fie  pajfe  plus  lente- 
ment que  l attire  qu  il  a fait  auparavant- 
dans  l'eau. 

FIGVRE  II. 

Le  mâle  qui  tient  encore  â fit  féconde 
peau  y dont  il  ne  s'eft  pas  tout  à fait  dé- 
pouillé. 


Tab&j, 


n 


FïG.  I.  La  dtf(mS$^F^fBemere  a 
quittée  dans  le  changement  eju  il  4 fait  ? 
i 'prés  e sir  e/or ti  dej^t£ 


s 


TABLE  III. 

A ^ Les  poumons  de  l' Ephemere , ou  plu- 
tôt deux  trachées  arteres  compofées  â*une 
infinité  de  petits  anneaux'  rotdes  (fi  tour- 
nés en  fpirale , qui  defcendent  en  fer  ten- 
tant le  long  de  fies  cofiés , aujji  bien  dans 
le  V er%  que  dans  /’ Ephemere, (fi  qui  portent 
C air  à toutes  les  autres  parties  de  l’animal. 

B B Branches  qui  partent  des  troncs  A A 
qui  portent  l'air  au  cerveau  (fi  aux  nerfs, 

cc  Autres  branches  qui  vont  aux  mufcles 
de  la  poitrine  >• 

E E Celles  qui  vont  a la  mette  lie  de  l’épine 
du  dos  ; 

FF  Celles  qui  vont  aux  parties  fier  mat i- 
ques  du  mâle  , l’un  de  ces  vaijfeaux  , eft 
reprefente  dans  fa  fituation  (fi  grandeur 
naturelle , Ion  a dépeint  plus  grand  que 
le  naturel , celuy  qui  n'ejî  pas  dans  fa  Jî- 
tuation. 

G Celles  qui  vont  aux  oüyes  de  l' 'animal , 
la  figure  n'en  reprefente  que  deux  , 
les  dix  autres  font  coupées  pour  laifier 


•voir  les  dix  nageoires  de  dejfcus  R R. 

Celles  qui  portent  l’ air  à la  graiffe, aux  II'I 
membranes  & à la  peau  de  l’ Ephemere  K K 

Les  nerfs  femblables  a de  petites  <uei-  GG 
nés  d'argent. 

Autres  nerfs  de  me  fine  cbuleur , qui  P P 
•vont  aux  eüyes  r r de  l'animal. 

La  partie  du  milieu  de  ces  canaux  d'air  qq 
qui  paroijfent  noirs  en  cet  endroit  , & ■ 
blancs  ,&  tranfparens  dans  le  refie. 

Les  cinq  nageoires  de  ce  coté  qui  font  RR- 
fourées  de  petits  poils  d’un  jaune  foncé 
& doré. 

'Vue petite  plume  composée  de  dijferens  s S 
poils  fou-s  la  première  partie  des  ouïes  ; je 
ne  fçay  fi  cette  partie  fe  rencontre  fous 
les  autres  ouyes. 

La  moue  lie  dé  ou  partent  les  nerfs  , qui  yy 
font  répandus  dans  tout  le  corps  , & qui 
luy  donnent  le  fentiment  & le  movement. 

Endroits  où  la  moüelle  efi  foute  nue  en‘ 
fa  place  par  des  ligamens. 

Les  nerfs  optiques  qui  partent  du  cer-  zz 
•veau , ou  du  commencement  de  la  moüelle 
du  dos , a l’endroit  où  cette  moüelle  com- 


’ ~ 


io 


a.  a 


mence  a par oijlre  en  forme  de  bouton. 

Les  mufles  de  U poitrine  qui  remuent 
es  j am  es e , dans  le  [quelles  on  void  des 
nerfs  qui  viennent  de  la  moue  lie  du  dos 
b.  h Autres  mufcles  qui  remuent  les  allés. 

avec  de  pareils  nerfs  qui  viennent  de  U 
M *»wUt  de  l'épine  du  dos. 

Deux  petites  parties  que  je  juge  être 
les  deux  vaifeaux  fpermatiques  du  male 
J ans  toutefois  l ' affleurer . 
e L’intefin  droit. 

L’Artifcièufe  manière  dont  font  ployées 
les  ailes  dorfqu’ elles  font  enfermées  dans 
eur  petit  etuy  ,•  cet  artifce  ne  paroi (l  que 
dans  le  temps  que  l’animal  fait  fan  chan- 
gement. 

FIG.  IL 

foutes  les  parties  que  nous  venons  de 
décrire , font  reprefentées  dans  cette  fi- 
gure  dans  leur  grandeur  naturelle. 

TABLE  IV. 

figvre  /,  //,  IV,  VIL 
v-'  Branches  de  la  trachée  artere  quipaf- 


ir 

fient  4 l’ovarium  ou  aux  œufs, que  l’on  h) oit 
au  travers  de  la  membrane , qui  enferme 
les  œufs. 

Ces  mêmes  branches  avec  les  œufs  f g.  N N 
VII.  en  firme  de  grappe  de  raifin. 

Celles  qui  vont  au  cœur  , dont  je  n’en  o O 
ay  mis  que  fort  peu  pour  éviter  la  confufon. 

Partie  du  cœur  qui  s’étend  tout  le  tt 
long  du  dos. 

Les  endroits  ou  le  cœur  elî  le  plus  gonflé.  XX 

Les  mufcles  qui  remuent  les  flx  ouyes  c c 
& les  cinq  nageoires , qui font  à chaque 
coflé  de  l'animal. 

Les  œufs  , la  fl  g.  II.  les  reprefente , g 
comme  on  les  voit  fans  microfcope. 

Les  mufcles  de  l'inteflin  droit , qui  fer - 1 1 
vent  a l’excretion  des  excremens. 

FIG.  V. 

Partie  de  Vœfophage  ou  conduit  par  A 
ou  la  nourriture  pajfe  dans  l'eflomach. 

La  bouche  ou  ouverture  in  fi  rieure  de  B 
Teitomach  , par  où  la  nourriture  fi  dé- 
charge dans  les  inteflins.  B 

L'eflomach  où  l'on  void  quelques  peti - c 
tes  brnches  ou  parties  de  la  trachée  ar- 


Il 

tere , comme  elles  font  marquées  dans  U 
première  figure  de  la  ftxiétne  Table. 

D . L inteflingr*tle  qui  eft  comme  un  épan- 
chement ou  continuation  de  l'eftomaeh 
qut  s’étrécit  à mefure  qu’il  défend.  ' 

E L tnJefiin  ePais  » ok  ton  voit  de  Ion- , 
gués  lignes  au  dedans  & au  travers  de 
la  membrane  qui  le  compofe. 

F L Intefin  droit  avec  je  s rides. 

G Valvules  en  forme  de  croijfant  'qui  pa. 
ïoijfent  au  dedans  de  l’inteftin  graîlé. 

FIG.  VI. 

Le  cerveau , U moüetle  du  dos  & 
les  nerfs  qui  en  fartent. 

FIGVRE  ///. 

L’uterus  double  ou  œufs  de  l’Epbemere 
qui  flottent  fur  U furface  de  t eau,  & que 
le  male  couvre  de  fa  fente nce  : car  entre 
ces  animaux  , î’efpece  fe  multiplie  fans 
aucun  accouplement. 


*3 


TABLE  III. 

fjgvre  iii. 

M Aïs  on  d’une  Chenille  que  j’infere 
icy  à caujfè  qu’elle  m’a  paru  merveilleu- 
lè  : elle  eft  bâtie  d’un  grand  nombre  de  petits 
bâtons  longs  , prefque  tous  femblables  en 
grandeur , joints  enfemble  avec  une  colle  fort 
déliée.  Les  trois  premiers  rangs  de  ces  petits 
bâtons  , qui  font  le  fondement  de  cet  admira- 
ble édifice , font  deux  fois  plus  gros  & plus 
longs  que  les  autres.  Il  eft  couvert  par  tout 
d’un  tiflu  épais  & inimitable  , fembiable  à 
une  forte  toile  de  lin  ; par  dedans , il  eft 
tapiffé  ou  enduit  d’un  duvet , d’une  façon 
tres-finguliere. 


HISTOIRE  NATURELLE 

DU  CANCELLUS, 

OU  BERNARD  LTIERMlTE, 


grolTeur  d’une  chaftaigne,&  les  moindres  ne 
pallent  pas  celle  d’un  pois  , mais  toutes  ordi- 
nairement d’une  même  figure  , les  plus  grolîes 
de  celles  que  nôtre  amy  Monfieur  Nieurode 
m’a  envoyées  eft oient  couvertes  d’une  moufiè 
de  mer  qui  eftoit  crue  dellus.  Il  y en  avoit  de 


Reprefentée  par  Figures 


T A b x e L 


È Cancellus  avec  fa  coquille, 
f Les  plus  grandes  coquilles  font  de  la 


A 


A 


X 

petites  polies  comme  une  glace  & plus  entières 
que  les  autres , qui  fe  trouvent  fouvent  rongées 
par  quelque  efpece  de  ver.  Ce  que  Ton  appelle 
coquille  dans  les  animaux  de  ce  genre  , eft  à 
proprement  parler  leur  peau.  Rondelet  qui  la 
décrit,  nous  a voulu  faire  croire  que  cepoilïbn 
qu'il  appelle  Bernard-I'Hermite,fe  loge  toû- 
jours  dans  les  coquilles  d'autruy  ,&  qu'il  n'en 
a point  de  propres , comme  Ariftote  l'avoit 
avancé  : mais  ils  n'ont  pas  vû  que  le  poifïon 
tient  à fa  coquille  à l'endroit  du  fécond  tour 
de  fa  fpirale , par  des  tendons  qui  durcilfent 
comme  ceux  des  pieds  des  poulies  , ces  tendons 
ne  tiennent  à la  coquille  qu'en  un  point , s'en 
détachent  aifemerit,  & l'on  voit  le  jour  au  tra- 
vers, lorfqu'ils  y font  attachés  ; ce  qui  a donné 
fujet  à l'erreur  d'Ariftote  & de  Rondelet , la 
coquille  du  Cancellus  eft  la  véritable  peau  de 
l'animal  qui  croît  avec  luy  à mefure  qu’il  aug- 
mente corfage,  ce  qui  arrive  auffi  aux  lima- 
çons, à ccux-mêmes  qui  fe  trouvent  fi  fouvent 
dans  les  vignobles  aux  environs  de  Paris. 

Cette  coquille  A eft  couverte  d'une  perioft 
ou  membrane , fi  déliée  que  l'on  ne  l'en  peut 
icparer  qu'en  mettant  durant  quelques  jours  la 
coquille  tremper  dans  une  leffive  : car  fi  on  la 
frotte  après  avec  un  peu  d'eau  forte,  ce  perioft 
ou  membrane  s'en  fepare  aifément  ; il  y a des 
coquilles  où  elle  eft  alfez  vifîble,  fans  que 
l'on  fe  ferve  de  cette  diligence. 

A J es  cinq  cercles  ou  tours  de  la  fpirale. 

B Ses  yeux. 

c 5 es  petites  antennes  ou  cornes  avec  des  poils. 


le  bras  droit  avec  fes  pinces. 

Le  bras  gauche  qui  eft  le  plus  petit 
Les  quatre  pieds  anterieurs. 


Table  m 
Le  Cancellas  bers  de  fa  coquille , 


tefte  par  un  petit  anneau  de  même  fubftance  que 
lerefte  de  la  coquille.  La  partie  inferieure  de 

A ') 


4 

l’œil  eft  fort  dure  » la  fuperieure  au  contraire 
eft  tout  à fait  tendre. 

B B Ses  coi  nés  dont  la  figure  ne  vous  rep refente 
pas  mal  l' artifice.  r 

C Le  bras  gauche. 

D Le  bras  droit. 

E E Les  quatre  pieds  de  devant. 

p F Les  pieds  d'après. 

GG  La  quatrième  paire  de  pieds  dans  laquelle  if 
y a cela  de  confiderable  , que  ces  jambes  ou 
pieds  a 1 endroit  marqué  L , font  percez  par 
deux  petits  conduits  ou  canaux  qui  portent 
ou  les  œufs  de  la  femelle J ou  la  femence  du 
mâle, 

H H Trois  antennes  ou  foyes  divifées  par  de  peti- 
tes articulations  aufquelles  les  œufs  font  at- 
tachés ou  collés, 

K Le  point  auquel  fe  réunifient  tous  les  ten- 
dons des  mufcles  du  corps  du  poiflfon  , oui 
tient  toû  jours  attaché  à cet  endroit  de  fa  Co, 
quille  tellement  qu’il  ne  la  peut  quitter. 


tt  • 


Table  JI I, 


— , ■ ! ■ 

LA  queue  composée  dejtax^rticulations;.  a 
Le  velabrum  du  podex  qu'il  peut  courber  b 
en  dedans  5 8c  mettre  a couvert  fous  fa  queue. 

L'in  teft  inuni  reétum.  c 

Trois  o/felets  teftacés  avec  leurs  articula-  d £> 
£ions  des  deux  coftés  de  la  queue. 

Partie  de  l'inteftinum  grêle.  E 

Le  cœur  ou  quelque  partie  analoque  au  coeur,  f 
Ses  apendices  , comme  elles  font  fituées , ce  g G 
qui  eft  tres-remarquable  dans  ce  fujet. 

Le  commencement  des  appendices  dans  la  h H 
poitrine  , qui  fortent  de  deux  conduits  â part. 

Les  apendices  que  l'on  a reprefentées  fous  les  1 1 
lettres  HH  dans  leur  fituation  naturelle,  font 
reprefentées  tout  étendues  fous  les  lettres  1 1 

A iij 


UN  des  pieds  de  la  quatrième  paire  , fi- 
guré à part  plus  grand  que  nature  avec 
le  vas  génitale  qui  le  perce. 

Les  cinq  articulations  de  la  partie  anterieure 
des  pieds. 

A A Les  inflexions  du  vafè  génitale, 
i B B L’endroit  où  il  fe  tourne  en  ipirales, 

C Son  extrémité. 

D L’endroit  où  le  vas  génitale  perce  la  qua- 
trième paire  des  pieds. 





LE  cœur.  ^ 

Quatre  vaifleaux,  qui  de  la  poitrine  paf-  B 
fent  dans  le  cœur. 

Deux  vaifleaux  qui  fortent  du  deffbus  du  q 
cœur. 

Quelques  vaifleaux  décharnés  qui  ce*,1‘î/s*1 — 
lient  Je  fang. 

Une  de  fes  ouyes  ou  bronchiæ. 

La  partie  la  plus  époilïe  des  bronchiæ*  t 
La  diuifion  de  Touye  en  Tes  lamelles.  q 

La  ligne  blanche  que  Y on  voit  au  milieu  , n 
marque  que  les  cartilages  , le  long  defquels  font 
les  vaifleaux  qui  contiennent  le  làng  , font  en 
cet  endroit  plus  époifles  8c  plus  blanches. 


T a i L £ VI. 

AA  T E cerveau. 

® ® jL/  Les  nefs  optiques  dilatés. 

C du  dosCOmmenCemenC  de  Ia  moèIIe  de  réPine 

D f .^  premier  gonflement  ou  nœud  de  la  moelle 
xpinale  avec  les  nerfs  qui  en  fortent. 

* ^lncI  aiures  gonflemens  femblables, 

* £es  nerfs  g1”  fartent  du  tronc  de  la  moelle 
° Vautres  nerfs  qui  fe  croifent* 

H Partie  de  la  coquille  que  l’on  a biffée  fur 
le  nerf  optique  que  1 on  voit  paffer  delfous 
1 La  tunique  cornée. 

K Une  fubftance  femblable  à de  la  gelée  que  l’on 
voit  dans  l'œil,  fur  les  fibres  piramidales  , elle 
a la  ligure  d une  exagone. 

L Les  fibres  pyramidales  dans  une  fituatiôn 
contraire  à la  naturelle. 

M La  partie  noire  des  fibres  pyramidales  qui 
prend  fon  origine  de  la  tunique  Vuée. 

N La  partie  inferieure  de  ces'  fibres  de  cou- 
leur brune. 

O O La  partie  du  milieu  de  ces  fibres  qui  eft 
plus  claire. 

Partie  de  cette  même  fibre  renverfée  veuë 
avec  un  microfcope  3 qui  groffiftoit  d'avanta- 
ge 1 objet  5 avec  fon  fecours  Ton  voit  que  cha- 
que fibre  eft  compofée  de  plufieurs  autres, 
chacune  defquelles  fibres  eft  encore  compofée 
de  petits  globules  réguliers. 


wws-ïm 


£ 


StcàËr 

LE  CABINET 

DE  Mi, 

SVVAMMERDA  M, 
DOCTEUR  EN  MEDECINE, 
O U 

CAT ALOGUE 


De  toutes  fortes  d’infettes  , & de  di~yer- 
fes  préparations  Anatomiques  } que  l’on 
peut  dire  être  un  fupplement  tres-con- 
fiderable  de  l'Hittoire  naturelle  des 
Animaux. 


QU i n z je  Boëtes  de  Mouches  de  di- 
vers païs. 

14.  B.  de  Papillons  qui  ne  volent  que  de 

uit.  1 


A 


z Le  £abtnet 

8.  b.  de  Papillons  qui  ne  volent  que  de 
jour. 

xo.  b.  de  Scarabei, 

j.  b.  de  diverfes  maniérés  de  Nids  que  font 
les  Infedes  , tant  grands  que  petits. 

i.  b.  d’œufs  d’Infedes,  differens  en  figure 
8c  en  couleur. 

i.  B.  de  Vers  & de  Chenilles, 
i.  B.  de  Vcrues  qu’on  voit  fur  les  arbres  & 
fur  leurs  feuilles. 

i.  b.  de  quantité  de  peaux  que  les  Infodes 
quittent  quand  ils  fe  dépouillent. 

i.  b.  où  les  Infedes  font  dans  l’état  où  ils 
fe  trouvent  lorfqu’ils  fartent  de  leurs  chry- 
fallis  ou  coques. 

î.  b.  de  toutes  fortes  de  chryfallis  ou  co- 
ques , ou  font  les  trois  ordres  entiers , dont 
il  a parlé  dans  fon  Livre  des  Infedes, 
i.  Nid  à quatre  étages , fait  par  des  Cala- 
broni  ou  Mouches  guefpes , haut  de  fîx  poul- 
ces,  & large  de  fept,  bafty  fur  des  colom- 
nes. 

/.  b.  de  plufieurs  fortes  de  Sauterelles, 
i.  b.  de  Scarabei  ou  Efcarbots  du  Japon,  & 
autres  endroits  des  Indes. 

i.  b.  de  Scorpions  des  Indes  Orientales  & 
Occidentales;  la  Scoîopendra  8c  le  Phalan- 
gium,  qui  eft  la  plus  grande  forte  d’aragnées, 
8c  autres. 


de  Air.  Snvammerdam . 3 

!.  b.  avec  des  Infectes  aquatiques  , à fça-* 
voirie  Moucheron,  la  Punaife,  1 Efcharbor, 
le  Scorpion  de  nier , le  Pou  d’une  Balaine. 
Diverles  fortes  d ÂiePus  de  mer.  Ét  des  ver- 
mifleaux  qui  demeurent  dans  des  tuyaux , 
avec  plufieurs  autres. 

/.  b d’Ephemeres  , où  Pon  voit  le  ver 
tant  mâle  que  femelle  , avec  la  manié- 
ré dont  il  le  dépoiiillent  dé  leur  première 
deuxième  peau , & toute  Phiftoire  de 
cet  animal,  qui  ne  vit  que  cinq  heures  * 
pendant  lefqudles  il  naift , il  étend  fes  mem- 
b es,  eft  jeune  \ change  deux  fois  fa  peau, 
fait  des  œufs , jette  des  femences  , vieillit  5c 
meurt.  Comme  xm  peut  voir  dans  Phiftoire 
imprimée  chez,.  ^olfang  à Amfterdam  en 
Hollandois,  & dans  la  traduction  que  Pon 
:n  imprime  à Paris. 

r .b»  où  eft  toute  lanatomié  d’un  ver  à foye» 
ni  Ton  démontré  fon  eftomach  j les  rameaux 
le  Palpera  arteria,  la  vefîca  pneumarica,  le 
^enis  les  tefticules , les  velîcules  feminalcs, 
e cœur  , les  vaiffeaux  qui  contiennent  la 
bye,  POvarium  > les  vaiffeaux  qui  conden- 
sât la  colle, qui  fert  pour  coller  les  œufs.  Un 
er  â foye  tout  entier  embaumé:  de  la  manie- 
e comment  la  peau  eft  feparée  du  corps  » 
Sans  fon  dépouillement , Pon  y découvre  les 
aurifications  de  Palpera  arteria , qui  dhan~ 

A ij 


4 Le  Cabinet 

gent  mefmc  en  dedans  le  corps  : avec  beau- 
coup d'autres  parties  tres-curieufement  ob- 
fervéès. 

x i . b.  avec  toute  l’anatomie  d’un  Coiïiis , ou 
grand  ver  qui  ronge  le  bois , & fe  change  en 
Scarabeus  Naficornis  : Ton  y voit  fa  Nym- 
pha  autrement  chryfallide,  ou  cocquej  & 
prcfque  les  mefmes  parties  du  ver  à foye. 

88.  Images  ou  figures  au  vif  d’Infeétes 
étrangères,  d’Afrique^TAmeriquejdu  Japon» 
de  divers  quartiers  des  Indes  Orientales* 


dé  z^îr.  Svuammerdant. 


y 


*§i  *§  ?§{  f$  if$  <%  f§t 

®IVE<RSES  parties  d V 
Corps  Humain , ou  d’autres  * Animaux 
embaumées «. 

UN  Garçon  âgé  dxun  mois  , qui  eft  avec 
toutes  fes  entrailles  dans  une  bouteille 
embaumé  en  un  baume  tranfparant  , ou  il 
eft  depuis  l’an  / 66 5?. 

1.  Embryon  mâle  de  fixmois  * aveclefuni- 
eulus  umbilicalis , qui  eft  encor  attaché  aux 
corps , 3c  à la  placenta , dont  les  veines  font 
remplies  d’une  couleur  rouge,  aulîî  dansun 
baume  tranfparent. 

1.  Embryon  femelle  de  quatre  mois , de 
mefme. 

i>  Embryon  mâle  de  trois  mois  > de  mef- 
mc< 

a.  Serpent  entortillé,  de  mefme. 

2 . Pouffins  avec  Y O varium , de  mefme. 
Les  filets  du  tefticule  d’un  rat , démeslez  , 
embaumés  de  mefme. 

Toutes  les  parties  d’un  ver  à foye , ainft 
qu’elles  font  pliées  deflous  fa  peau  dans  le 
temps,  qu’il  eft  fur  le  point  de  prendre  la  fi- 
gure de  la  Chryfallis  ou  cocque^  préparées 
de  mefme.  A ii j 


£ Le  Cabinet 

Les  VcrjnifTeaux  de  l’Ephemere,  dont  il 
a fait  imprimer  fhiftoire,qui  s’imprimera  en 
François. 

Le  Chorion  d un  Cheval  * qui  eft  de  deux 
pieds  de  longeur  5c  d’un  pied  5c  derny  de  lar- 
geur f dont  les  vaifFaux  font  remplis  de  cire  , 
les  veines  d’une  c/re  rouge,  5c  les  arteres  d'u- 
ne cire  rougeâtre. 

Le  Poulmon  d’unHomnte, où l’afpera arteria, 
Parteria  pulmonalis  , la  vena  pulmonalis  5c 
Parteria  bronchialis , font  préparées  : Pafpera 
arteria  eft  remplie  de  cire  jaune,  farreria  pul- 
monalis d’une  rouge  » la  vena  pulmonalis  , 
d’une  rougeâtre.  On  voit  dans  lafuperfieie 
de  Fafpera  arteria  la  bronchialis,  qui  quoy 
ocelle  foit  extrêmement  petite,  eft  remplie 
g iüiie  couleur  de  feu  : Sc  par  ce  moyen  on  la 
découvre  & dans  les  tuniques  du  poulmon, 
&dans  celles  des  autres  vaifteaux,  car  c’eft 
elle  qui  nourrit  toutes  les  parties  du  poulmon. 
NotaCettc  maniéré  de  préparer  les  parties  eft 
admirable  5c  a eftéinconnue  jufques  à cét 
heure. Mais  ce  qui  eft  le  plus  furprenant, c’eft 
qu'il  n’y  a aucune  ramification  de  fafpera  ar- 
teria , quelque  petite  qu’elle  foit,  qui  ne  fc 

voyer  emplie  de  cire  jaune,  jufques  au  plus 
petites  vcffieSeEn  voicy  la  figure. 


ieMï,  SHVAmerdam. 


7 


>era  arteria, 


Ufte  autre  partie  du  poulraon  d’un  hom- 
me mais  plus  petite  préparée  de  mefme  , avec 
des  cires  de  differentes  couleurs. 

Le  foye  d’un  chat,  ou  la  veine  porte  cft 
préparée  avec  de  la  cire  blanche , & la  veine 
cave  avec  de  la  cire  rouge,  on  y voit  avec  plai- 
de & admiration  , comment  ces  vaifFeauxy 
font  entremêlez. 

Une  fquelette  d’un  embryon  de  fîx  mois , 
ou  les  oflemens  de  l’oüye  & le  circuluj  oflèus 
font  préparez  ,6c  le  meatus  auditorius,  qui 
eft  encores  en  ce  temps-là  une  membrane. 
L’on  y voit  encore  les  cartilages. 

Les  boyaux  ôc  l’eftomach  du  mefme  Em- 
bryon, fans  que  les  inteftins  y foient  diffe« 
rents  en  grandeur. 

Tous  les  vaiiTeaux  du  foye  du  mefme  Em- 
bryon y font  feparés  de  leur  parenchyme , 
collés  fur  du  papier,  3c imbus  d’une  couleur 

A iiij 


B.  fes  VeJJies „ 


S Le  Cabinet 

de  pourpre  ; la  veflie  du  fiel  s* y voit  aiiffî. 

La  matrice  du  mefme  Embryon. 

Un  Embryon  d'un  mois  , confervé  dans 
une  gomme  tranfparente  , mais  fes  parties  ne 
paroiflent  pas  fort  diftinétcs. 

Un  fquelete  d’un  Embryon  de  trois  mois. 

Une  autre  fquelete  d’un  Embryon  de  trois 
mois . avec  le  chorion  , l’atnnion  5c  la  placen- 
ta,, dont  les  plus  petiçs  vaifleaux,  & leurs  ra- 
mifications font feparée  de  fon  parenchyme, 
les  offemensduçraniumen  font  monftrueux. 

La  veine  porte  du  mefme  Embryon,  avec  le 
folliculus  fcllis  jfeparés  de  leur  parenchyme  , 
collés  fur  du  papier,  5c  imbu  d’une  couleur 
de  pourpre. 

L’eftomach  du  mefme  Embryon, 

L’afpera  arteria  d’un  chien. 

Les  vaifleaux  capillaires  dans  l’eftomach 
du  fœtiis  d’une  vache , d’une  couleur  noire. 

Trois  extremitez  de  la  placenta  d’un  fœtus 
vivus , coloré  de  pourpre  couleur  de  rofe,  & 
collé  fur  des  papiers. 

La  tefte  ou  le  cranium  d’un  babiroufle,  anL- 
mal  des  Indes  , moitié  cerf  moitié  pourceau. 

L’épine  du  dos  d’un  oifeau,  ou  tous  le* 
tendons  du  mufcule  facrolumbus  , font  devc«- 
nus  des  os. 

La  fquelete  d’un  Embryon  de  cinq  mo is* 
ou  la  cia  vieille  du  bras  droit  eft  dé- ja  tout  en- 


de  Mr  Suvamwerd'ant.  ^ 

ticrement  os,  ôc  celle  du  bras  gauche  n’eft 
que  membraneufe,ce  qui  eft  une  obfervation 
fort  cuncufei 

Los  fpongieux  de  l’oiiye  d’un  Eléphant* 

L’incus  de  l’oüye  d’un  Eléphant. 

Lorgane  de  l’odorat  d’un  oifèau  Indien 
qu’on  appelle  laur-vogel. 

L'organe  de  l’odorat  d’un  cheval 

La fquelette d’une  Tortue,  ou  toutes  les 
futures  font  dentées,  ôc  c eft  ce  qui  eft  de  plus 
çonfiderable  dans  cét  animal. 

Une  boëte  avec  quantité  de  dens,ou  il  y 
en  a entr’autre  une  d’une  vache  de  mer  , qui 
découvre  évidemment,  que  la  croûte  exté- 
rieur des  dens,  eft  compofée  d’une  infinité  de 
filets , qui  font  rangez  comme  ceux  du  ve- 
lours, d’où  vient  que  la  croûte  extérieure  des 
dents  eft  fi  dure. 

Dans  la  me  fine  boëteil  y e n'a  une  moindre*, 
ou  iln  y a que  des  dents  d’hommes  , depuis 
celles  d un  Embryon  de  fix  mois^  jufques  aux 
dents  parfaites. 

Les  commencemens  des  dents  dans  un  Em- 
bryon d agneau,,  les  oflelets  de  l’oiiyc , & la 
fquelette  d’un  agneau. 

La  mâchoire  inferieure  dun  fœtus , ou  on 
voit  comment  les  dents  fe  pouffent  l’une  f au- 
tre. 

La  fquelette  d’un  agneau  qui  neft  pas 


ïo  Le-- Cabinet* 

plus  grand  que.  d’un  doigt. 

Un  agneau  embaumé  avec  fa  chair, 
i rois  labyrintes.de  1 oiiye  de  1 ’hona  me  avec' 
la  cochlea,  une  route  entiere^autre  ouverte, 
Sc  k troifiéme  préparée*  enforte  que  l’on  y, 
peut  voir  lès,  entrées. 

s tympan  , la  cochlea  , les  oilelets  de 
1 oiiye,  & tout  ce  qui  en  dépend:  comme  aufli 
leftap es  de  forgane  de  1 oiiie  dame  baleine. 

La  fqiielette  d’une  Chauve- fouris  , celle 
d un  oifeaude  Canarie  -,  8c  d’un  autre  oifeau 
nommé  Colibri,  un  de  rifle  de  Curaçao  en- 
tier > avec  fes  plumes  de  couleur  de  fëu , 8c 
d un  verd  qui  brille  : c’eft  le  plus  petit  des  oi- 
feau x connus. 

Le  duétus  thoracicus  tour  entier  d’ un  hom- 
me de  quarenteans,  avec  fon  commencement 
dans  le  mefentere , 8c  fon  infertion  dans  la 
Jivarication  de  laveine  cave  & de  l’axillaire, 
remplis  de  cire  blanche , &les  veines  de  cire 
iouge.  On  y voit  aufli  comment  les  vaifleaux 
lymphatiques  fe  communiquent,  avecle  con- 
duit du  chyle. 

Les  artères  dit  tefticule  d'un  Taureau  ; tant 
celles  que  1 on  appelle  préparatoires,  que  cel- 
les qui  entrent  dans  le  tefticule  mefme  > rem- 
plies de  cire  yerte. 

Les  vafa  preparantia  des  tefticules  d’un  hom- 
uge. 


de  fvf  r.  Stivttmmerdœm.  n 

Pancréas  de  divers  Animaux  : dont  le  fuc 
n’eft  nullement  acide. 

Veficules  feminales.  d’un  homme. 

Le  clitoris  avec  les  jambes  , tant  intérieu- 
res,qu’exterieurs  5comme  il  les  a décrites  dans 
Livre  appeilé  M irœcnlum  natum,  qui  eft  une 
Anatomie  tres-exade  des  parties  de  laFemme. 

Plufieurs  penes  d hommes  préparez  par  Mi\ 
SWammcfdam,  les  uns  d’une  maniéré,  & lç§ 
autres  d’un  autre. 

Le  pénis  d’un  herifon  & celuy  d’un  chien 
Un  Embryon  de  cinq  mois , embaumé,  ou 
ou  1 on  voit  les  vaifiéaux  vmbilicaires,  le  foye 
& les  inteftins. 


La  botirfe  duChat  qui  porte  la  civette  em- 
baumée tres-curieufement. 

LSvefiedu  fiel  d’un  homme  avec  fen  artè- 
res, remplies  de  cire  rouge.  Septpieres  preh 
que  carées,  trouvées  par  Mr.  Swammerdam, 
dans  la  velîcule  du  fiel  d’un  homme. 

Les  ramaux  de  la  veine  porte  , l’artere  hé- 
patique, ôc  les  vaifïèaux  du  fiel . en  leur  fi- 
tuation  naturelle  , le  tout  rempiy  de  cire  ; de 
forte  qu  on  peut  diftingucr  la  veine  porte  qui 
efl:  d’une  couleur  rougeâtre,  l’artcre  ronge  & 
les  conduitsdu  fiel  jaunes,  dont  on  voit  les 
ramificationsqui  s entortillent  tantoft  defius, 
tanroft  defious. 


' Une boè’te avec  quantité  de  boyaux,  tant 


*2  Le  Cainnet 

d’hommes  que  d’autres  animaux.  Dans 
mefme  boëte  eft  auffile  proceflus  peritonei 
ainfî qu il eft  naturellement,  <5e  aufli  comme 
il  eft  étendu  dans  une  rupture , comme  Mr. 
Swammerdam  ia  communiqué  à MivSchra- 
der , qui  en  adonné  la  figure  dans  fon  Livre 
des  obfervatiôs  d’Harveus  réduites  en  ordre. 

Quatre  rattez  des  veaux  , préparées  d’une 
maniéré  differente , avec  kurs  vaifleaux  & 
parenchymesdes  vaifleaux  font  remplis  de  ci" 
re  rouge  & rougeâtre  , & le  parenchyme  eft 
comme  une  éponge , &c. 

Les  filets  dont  font  compofez  les  cefticules, 
tant  des  hommes  que  des  rats,  en  cette  prépa- 
ration , on  donne  un  corps  à ces  filets , fans 
que  la  figure  fe  change. 

Deux  cœurs  l’un  d’un  homme , & l’autre 
d’un  veau  , embaumez , & préparez  à la  ma- 
uiere  de  Mr.  Stenon.  Le  foramen  oval , en- 
cores  un  peu  ouvert,,  en  un  homme  de  trente 
deux  ans. 

Quelques  morceaux  des  bronchiæ  ou  oüycs 
de  deux  ou  trois  fortes  de  poiflons , remplies 
de  cire. 

Les  arteres  du  cerveau, préparées  & feparées 
de  leur  parenchyme , à la  maniéré  ordinaire. 

Un  petit  morceau  de  la  peau  d’un  fœtus  , 
ou  il  a préparé  les  vaifleaux  capillaires,  qu’on 
trouve  dans  la  cuticule,  & qui  font  çaufe  que 


dt  Air.  Suwammerd/tm.  jj 

peau  du  foetus  eft  rougeâtre  lorsqu’il  vient 
au  monde , la  tuba  d’un  mouton. 

Le  fonds,  le  col,  les  tubes ■& les  arteres 
d une  matrice  , dont  les  arteres  font  rem* 
plies  de  cire  rouge.Deux  autres  matrices,pre- 
parées  à la  maniéré  ordinaire  > &c. 

La  matrice  d une  vierge  ou  font  préparez 
les  tubæ  fallopianæ , les  ïigamens,  lavagmas 
& les  veines  avec  les  arteres,  qui  font  rem- 
plies  d’une  cire  rouge  ôc  rougeâtre  : de  forte 
qu’on  petit  voir  les  vaifleaux  capillaires,  plus 
déliez  que  des  cheveux,  tant  dans  le  corps  de 
la  matrice,  que  ça  & là  dans  fes  membranes* 
On  voit  encore  que  lesveines  ont  leurs  arteres* 
dans  fovarium  il  y a quelques  oeufs  prépa- 
rez. 

La  placenta  uterina  d une  accouchée  $ dont 
le  funiculus  umbilicalis*  avec  tous  fes  entor- 
tillemens  eft  entier,  ou  l’arteres  & les  veines , 
qui  la  compofent , font  remplies  d’une  cire 
differente  , qui  a pénétré  jufques  auxextre- 
mitezde  la  placenta.  Le  funiculus  eft  long  de 
feize  poulces. 

Un  autre  placenta  uterina , dont  les  arteres 
ôc  veines  font  de  la  mefme  maniéré  remplies 
de  cire,  fans  que  le  parenchyme  en  foit  ôté* 
Neuf  oeufs  d une  femme  dont  quelques 
uns  ont  encor  leurs  vaifleaux. 

Une  tuba  fallopiana  9 avec  partie  du  muf-* 


* 4 Le  Cabinet 

cuie  d un  homme,  préparez  d’ùn  autre  ma~ 

nierc. 

î/iie  des  placent ulæ  d une  vache,  remplie  de 

cire. 

Partie  de  lamnion  d'un  cheval,  dcc. 

Le  Rémora  avec  quelques  autres  .animaux. 
Des  pouliiions  de  grenouilles , dont  les 
arteres  dans  la  partie  convexe,  Se  les  veines 
dans  la  partie  concave,font  remplies  de  mer- 
cure. 

Quelques  grenouille, s embaumées. 

Vue  boeté  avec  des  écrevices  très- rares. 

Le  nid  d’un  colibri , avec  fafquelette  , & 
un  autre  aveefes  plumes. 

VneboeteaVec  plitfieurs  chofes  de  mer* 
Vne  autre  boete  avec  des  écrevices  , de  un 
kucre  efpece  de  Rémora. 

Vne  boete  avec  des  Lézards  volants  aportés 
des  Indes. 

Üne  autre  avec  la  Salamandre  aquatique,  5c. 
autres  chofes. 

Vne  boete  avec  des  éroilles  de  mer  joul’ôn 
voit  entr’autres  la  Stella  arborefeens  de  rôii« 
delet. 

Vne  autre  avec  des  oeufs  de  divers  oifeaax. 
Vne  pareille  avec  quantité  d’oeufs,  ou  il  y a 
un  nid  de  eotton  , que  des  oifeaux  des  IndeS 
attachent  au  branches  des  arbres. 

Vne  boete  de  diverses  plumes  de  differentes 
Couleurs. 


de  2Wr.  StiVAmmerdam.  15 

Encor  une  boece  avec  des  écreviflfes , ou  il 
7 a entr 'autres  raretez  un  petit  poiflon  , que 
1 on  trouve  fur  les  plus  hautes  montagnes. 

Vne  boite  avec  des  fueilles , donnes  fi- 
bres font  decou  vertes,  &feparées  de  leur  pa- 
re  ne  hy  me.  r 

Vne  boeteavec  des  fquclettes  de  grenoiiil- 
les,  & quelques  autres  de  leurs  parties. 

Vne  grande  boete  avec  des  coquilles  diïïb- 
quees  & anatomi fées  de  diverles  maniérés 
u irrerentes , pour  faire  voir  leur  ihudlure  fi- 
gure intérieure,  & la  diverfité  de  leurs  entor- 
tiiiemens  admirables. 

Quantité  d œufs  de  limaçons  de  cette  gran- 
deur  o oo  OOO,  lefquels  M.  SWammerdam, 
a ure  hors  de  1 uterus,du  limaçon  vivipare. 

es  parties'du  Corail , fur  des  morceaux  de 
verre,pour  faire  voir  leur  Urudure  , fes bou- 
iescryftalhnes,  comme  on  le, peut  voir  dans  fa 
Lettre  adre/ïee  au  Sr,  Bocconi. 

Vn  inje&ion  d’eftain  dans  le  poulmon  d un 
agneau  tres-curieufe  , un  autre  ïnie&ion  faite 
ans  le  pores , des  rofeaux  ou  cannes  d’Inde. 

dm,Vie^?Cte  rVCC  deS  aiSulllons  de  mouches 
amief&iesvefies  qui  contienent  le  venin  «de 
leurs  aiguillons.  i 

C’eft-Jà  Je  CataJogue  des  chofcs  que  il  a ra- 
maüees  , & d un  nombre  confiderable  de 
préparations  Anatomiques  quil  a faites  en 
leize  ans  de  temps. 


Le  Cabinet*  &c. 


t6 


Oïü  L k 


CE  Cabinet  de  Air.  Suvam 
mtr-dam , tire  Jôn  principal  mérité  de 
ce  quil  y a mit  de  Jôn  indujlrie, 
de  Je  s préparations  t- Anatomiques  , ! 
celuy  de  JèuCdionJteur  (on  Perè,  qui 
efl  maintenant  à vandre  à^AmJler- 
dam  ejl  peut  être  un  des  plus  grands 
qui  fait  en  i Europe , il  y avoit  mis 
tout  ce  qui  efl  venu  de  plus  curieux 
des  Indes  Orientales  & Occidenta- 
les, dans  l’efpace  de  cinquante  ans  f 
quil  a employé  à le  faire .